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Cet article est issu du dossier «Présidentielle camerounaise : Paul Biya, jusqu'à quand ?»

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Politique

Congrès du RDPC : quand Paul Biya « rassemble » pour mieux régner au Cameroun

Paul Biya, au pouvoir depuis 29 ans, se présente à la prochaine élection présidentielle.

Paul Biya, au pouvoir depuis 29 ans, se présente à la prochaine élection présidentielle. © AFP

En dépit des réticences d’une partie de son entourage, Paul Biya a accepté d’organiser ces 15 et 16 septembre à Yaoundé, un congrès de son propre parti, le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC). Ce sera le troisième du genre en 25 ans d’existence !

Dans un climat suffoquant d’hypocrisie, des caciques du RDPC ont essayé de convaincre le président du Cameroun, Paul Biya, qu’il n’en avait pas besoin. Quelques barons ont bougonné qu’une investiture solennelle du parti n’était pas nécessaire quand on est le candidat « naturel » du parti. D’ailleurs, le suspense de sa candidature a pris fin il y a quelques jours avec le dépôt de son dossier de candidature à Elections Cameroon (Elecam). Pourquoi, donc, organiser de coûteuses assises en pleine rentrée scolaire et sous les grandes pluies ?

Bien qu’issu du même moule que ses conseillers, le « Grand Camarade » Biya n’a pas écouté les appels de ses courtisans. Pourtant, en un sens, ces derniers avaient raison : le vrai sujet, celui dont tout le monde parle au Cameroun, celui qui fait les grands titres des journaux « d’opposition » et que personne n’ose évoquer en sa présence, c’est bien l’après Biya. Pas sa candidature, et encore moins son investiture…

Démonstration de force

Mais le président sortant, au pouvoir depuis 29 ans, a modifié la Constitution pour se représenter. Un congrès lui sert avant tout à faire une démonstration de force destinée aux partenaires étrangers qui critiquent ouvertement sa « longévité » au pouvoir. Il s’agit de montrer à ceux qui en doutent encore qu’il ira à la présidentielle du 9 octobre prochain avec le soutien franc, sinon massif de la machine à gagner qu’il a créée en 1986 à Bamenda.

En interne, on attend des clarifications, sinon des signaux forts. Faut-il s’attendre à un rajeunissement des organes ? Qui va « monter » au bureau politique du parti, et qui va tomber en disgrâce ? Le président va-t-il tenter d’arrêter la guerre des clans qui fait rage dans son parti et jusque dans son entourage à propos de sa succession ? À moins que, partisan du laisser-dire et du laisser-faire, il ne favorise, non sans cynisme, un « darwinisme » politique qui sera fatal aux vaincus…

Ce sera aussi le baptême de feu de René Emmanuel Sadi, le fidèle lieutenant de Biya, dont on dit qu’il est le « dauphin » depuis qu’il a été intronisé à la tête du comité central du RDPC. Sous surveillance, on compte ses hommes, guette ses moindres faux-pas… Ambiance.

WikiLeaks

Si les Camerounais avaient encore un doute sur le climat délétère qui règne au sommet de l’État, tout est désormais clair. Depuis une dizaine de jours, les journaux s’abreuvent à la source WikiLeaks et dévoilent à longueur de pages la teneur des conversations tenues dans le secret des entretiens accordés par les ambassadeurs américains aux grands commis de l’État.

Selon l’un des câbles, Marafa Hamidou Yaya, le très discret ministre d’État chargé de l’Administration territoriale, a avoué son ambition présidentielle après Biya. Amadou Ali, vice-Premier ministre chargé de la Justice est l’autre baron musulman du Grand nord en difficulté. Un câble de WikiLeaks lui prête une théorie sur les contours de la dévolution ethnique du pouvoir.

Alternance chrétien-musulman ?

Selon les Américains, le taiseux Garde des sceaux exclut que le successeur de Biya soit natif du groupe Beti-Bulu dont le président est lui-même issu. Pas question d’accepter un Bamiléké, ni un anglophone… Qui l’eût cru ?

Le fameux axe Nord-Sud, cette règle non écrite qui consacrerait l’alternance entre chrétiens du sud et musulman du nord, sur le modèle Biya-Ahidjo n’est pas qu’un fantasme issu d’esprits retors… Le notable kanuri disqualifie également les Bamiléké, communément considérés comme « détenteurs » d’une grande partie de l’économie, donc trop riches pour gouverner. Au-dessus de la mêlée Paul Biya attend son heure pour riposter, ce qu’il fera à coup sûr lors du discours qu’il prononcera au congrès.

Pour l’instant, la guerre des clans au RDPC n’a pas profité à l’opposition. Biya a même glané quelques points dans l’opinion pour ne pas figurer sur les petits papiers de Robert Bourgi, l’avocat franco-libanais qui s’épanche sur la Françafrique

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