Diplomatie

WikiLeaks – Burkina Faso : le voyage de Compaoré en Israël jette un froid avec la Libye de Kadhafi

| Par Jeune Afrique

Le câble daté du 23 juin 2008 (08OUAGADOUGOU547) relate l’évolution des relations entre le Burkina Faso de Blaise Compaoré et la Libye de Mouammar Kadhafi. Et le froid qu’a jeté le voyage du premier en Israël. Traduction des principaux passages du document.

Résumé : 1) Autrefois très étroites, les relations entre le président Blaise Compaoré et Mouammar Kadhafi se sont récemment détériorées. Le voyage de Blaise Compaoré en Israël, son manque de soutien aux projets de Kadhafi pour une « union des États d’Afrique » et pour « une communauté des pays du Sahel et du Sahara » et ses déclarations sur le manque de respect de Kadhafi envers ses homologues ont montré le désir de Compaoré de prendre ses distances vis-à-vis de Kadhafi. Compaoré a été galvanisé par la reconnaissance de la communauté internationale d’un rôle de leadership du Burkina Faso en Afrique. (…)

3) Au cours de la rencontre [entre le président Blaise Compaoré, le 13 juin et l’ambassadrice américaine Jeanine Jackson pour parler du constant soutien du Burkina Faso à la position des États-Unis sur le Zimbabwe, NDLR], Compaoré semblait soucieux à l’idée d’évoquer ses relations avec le « Guide » Mouammar Kadhafi. Il a dit qu’il y avait certainement eu des malentendus à cause de sa visite en Israël. Kadhafi a « franchement désapprouvé » cette visite et a menacé de ne plus se rendre au Burkina Faso ou de ne plus inviter Compaoré en Libye. Compaoré a ri, disant qu’il avait ignoré cette menace et était parti en Israël malgré tout. Il a aussi ajouté que le président du Togo Faure Gnassingbe l’a consulté pour savoir s’il pouvait se rendre en Israël puisqu’il avait reçu les mêmes menaces de la part de Kadhafi ; Compaoré lui a conseillé : « Tu es jeune, n’y vas pas, moi j’y vais en tant que leader le mieux établi de la région » et en tant que représentant de la Cedeao. Note et commentaire : Gnassingbe n’est finalement pas allé en Israël mais à envoyé à sa place un ministre pour le représenter. Djibril Bassolé, ministre des Affaires étrangères du Burkina Faso, en route pour l’Europe et les États-Unis, s’est arrêté à Tripoli le 8 juin [2008], en partie pour réconcilier les deux pays. »

4) L’ambassadeur a demandé à Compaoré s’il avait déjà rencontré le fils de Kadhafi, Seif el-Islam. Compaoré lui a répondu l’avoir rencontré à plusieurs reprises et l’a décrit comme « une personne plus digne de confiance que son père ». Seif a récemment proposé à Compaoré des projets pour le Burkina Faso, bien conçus et présentés, et a ensuite demandé à Compaoré d’essayer de convaincre son père de les accepter. Le président Compaoré a aussi confié à l’ambassadeur que Kadhafi devrait renouer le dialogue avec Israël car c’est la meilleure solution. Il a supposé qu’il y aura de sérieux problèmes au sein de la famille de Kadhafi pour sa « succession » après sa mort – le fait est que Kadhafi a deux femmes et huit enfants.

5) Le président Compaoré a pris part au Cen-Sad, passant 24 heures à Cotonou, mais a intentionnellement manqué la réception officielle d’accueil des représentant au sommet. D’après la presse locale à Ouagadougou, Kadhafi a appelé au démantèlement de la plupart des organisations régionales africaines – arguant qu’elles avaient échoué – afin de favoriser le Cen-Sad, un organisme financé et contrôlé par la Libye. Kadhafi a invité ceux qui souhaitent profiter de ses investissements et financements à joindre le Cen-Sad. Il a ajouté que ceux qui s’opposent à ses projets d’un gouvernement africain sont « des ignorants et des traîtres » qui « travaillent pour les Occidentaux ». La presse locale a décrit le discours de Kadhafi comme « irrespectueux » de ses homologues, qu’il « traite comme des enfants ». Compaoré était particulièrement irrité par les attaques de Kadhafi contre les organisations régionales, selon des témoignages ». (…)

7) La démission du ministre de l’Agriculture et confident de longue date de Compaoré, Salif Diallo, qui a aussi servi de relais entre le gouvernement de Compaoré et la Libye, a aussi contribué à détériorer les relations entre le Burkina Faso et la Libye. » (…)

Retrouvez le câble original en anglais, ici.

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