Politique

Ces Palestiniens qui disent non à l’initiative de Mahmoud Abbas à l’ONU

Pendant que l'Autorité paletinienne s'agite à l'ONU, la colonisation israélienne continue.

Pendant que l'Autorité paletinienne s'agite à l'ONU, la colonisation israélienne continue. © AFP

Les opinions au sein de la communauté palestinienne sont plus partagées qu’il n’y paraît sur la reconnaissance immédiate d’un État palestinien par les Nations unies. Selon les détracteurs de l’initiative qui doit être présentée le 23 septembre au Conseil de sécurité, celle-ci serait même un vrai danger pour le droit des Palestiniens.

Alors qu’il divise la communauté internationale, le projet de création d’un État souverain, présenté cette semaine à l’Assemblée générale de l’ONU et soumis au vote du Conseil de Sécurité le 23 septembre, semble ne pas faire consensus au sein même de la population palestinienne. « Nous ne sommes pas opposés à la création d’un État en tant que principe ou stratégie, c’est l’initiative prise par l’Autorité palestinienne que nous rejetons », affirme Andrew Dalack, porte-parole de l’US Palestinian Community Network (USPCN), une association de près d’un millier de Palestiniens résidant aux États-Unis.

Un son de cloche différent qui parvient difficilement à « fissurer le discours hégémonique de l’Autorité palestinienne », assure-t-on au Palestinian Youth Movement (PYM), un regroupement de plus de 300 jeunes Palestiniens à travers le monde. Pris entre deux feux, les trouble-fête sont même accusés de faire le jeu d’Israël. Car d’après un sondage réalisé le 19 septembre par le Palestinian Center for Policy and Survey Research (PSR), 83% des habitants de Cisjordanie et de la Bande de Gaza soutiennent l’entreprise conduite par Mahmoud Abbas, président de l’Autorité palestinienne et son Premier ministre Salam Fayyad.

"Campagne de propagande"

Mais selon les détracteurs de la candidature à un siège onusien, le sondage du PSR n’est qu’un leurre. Ils en veulent pour preuve que le fait que celui-ci n’est pas représentatif de l’ensemble de la population palestinienne. De fait, plus de 60% des Palestiniens vivent en dehors des Territoires occupés. Le sondage, accusent-ils, serait aussi biaisé par le travail de sape de médias muselés. « Ici, les gens sont exposés à outrance à une campagne de propagande qui vend l’initiative de septembre à coups de spots publicitaires, d’affichage et même de messages sur les téléphones portables », explique Ibrahim Shikaki, militant du PYM à Ramallah.

Il y a de fortes chances pour que l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), unique représentant de tout le peuple palestinien, soit dissoute.

« Si les Palestiniens des Territoires occupés ont longtemps boudé l’enjeu de ce vote, la tribune de Guy Goodwin-Gill [professeur de droit à Oxford, NDLR] publiée dans le Guardian du 10 août, a servi d’électrochoc », poursuit Shikaki. Selon Goodwin-Gill, le projet « Palestine194 », qui consiste à faire de la Palestine le 194e État membre des Nations unies, nuirait à bon nombre de droits du peuple palestinien. Comme par exemple celui au retour des réfugiés, consacré par la résolution 194, elle-même adoptée en 1948 par le Conseil de Sécurité. Si la reconnaissance de l’État palestinien est consentie, il y a de fortes chances pour que l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), unique représentant de tout le peuple palestinien, reconnu par la communauté internationale depuis 1974, soit dissoute, prévient Goodwin-Gill. Plus de sept millions de réfugiés seraient alors laissés pour compte.

L’opposition la plus sérieuse à « Palestine194 » vient essentiellement de la diaspora. Le 15 septembre une marche en direction du siège de l’ONU était organisée à New York par l’USPCN. Objectif : dénoncer une initiative « subversive », déclare Andrew Dalack. Cofondateur du site d’information américain Electronic intifada, Ali Abunamah va dans le même sens. « L’Autorité joue à la roulette russe avec nos droits en se présentant à l’ONU. Elle réduit notre cause à l’obtention d’un siège onusien. Or nous n’avons pas besoin d’une nouvelle résolution, mais que celles déjà prises soient enfin appliquées », considère-t-il. En outre, le vote à l’ONU, aussi ambitieux soit-il, ne s’attaque pas à l’essentiel. « La préoccupation des Palestiniens n’est pas d’avoir des ambassadeurs ou même des passeports, c’est l’occupation juive », assène un membre de PYM, qui préfère garder l’anonymat.

Tandis que les médias ont les yeux rivés sur New York, les Israéliens poursuivent et intensifient la colonisation de Jérusalem-Est. La construction de 1 600 nouveaux logements dans ce qui est censé devenir la capitale du futur État palestinien a été annoncée en août. Le collectif PYM met aussi en garde contre l’arrivée d’activistes violents recrutés par la Ligue de défense juive (LDJ), une organisation d’extrême droite pourtant interdite en Israël. Une situation qui pourrait provoquer l’embrasement des Territoires occupés.

"La rue pourrait gronder plus vite"

Pour Ibrahim Shikaki du PYM, l’initiative du 23 septembre est l’acte désespéré d’une petite élite qui essaye à tout prix de se maintenir au pouvoir. « Elle bénéficie de l’élan de sympathie pour le peuple palestinien, qui fait suite au drame de la « flottille de la liberté » en mai 2010 et à des années de résistance sur le terrain. Ce n’est en rien grâce à son travail », critique-t-on au PYM.

Le journaliste et écrivain Ali Abunamah va même plus loin. « L’Autorité palestinienne n’a pas de mandat et donc aucune légitimité à agir », fustige-t-il. Désabusés, les adversaires de la doctrine de Salam Fayyad ont perdu toute confiance en leurs dirigeants. « Peu importe ce qu’on obtiendra de ce vote, le statut d’observateur permanent ou la création d’un État, la leçon que je tire de tout cela concerne la faiblesse du leadership palestinien », déclare un membre de PYM. Une faiblesse mise à nue par les fuites dans Al-Jazira et le Guardian en janvier révélant l’ampleur des concessions accordées à Israël dans le cadre du processus de paix.

« Palestine194 se veut un nouvel Oslo. Mais si Oslo a tenu une dizaine d’années avant le soulèvement du peuple palestinien, la rue pourrait gronder plus vite cette fois », avertit-on au PYM. L’Autorité palestinienne est prévenue…  

"Blue Chair", la chanson qui raille l’Autorité palestinienne 

Un groupe de jeunes activiste Palestiniens a mis en ligne le 17 septembre la vidéo d’une chanson sarcastique, "Blue chair". Le titre est un clin d’œil au siège onusien brigué par l’Autorité palestinienne. Présentée comme une affabulatrice, les paroles moquent l’Autorité palestinienne pour ses promesses non tenues et le statu quo dans les négociations de paix. 

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