Justice

Exécution de Troy Davis : « Que Dieu vous bénisse »

Troy Davis a été exécuté le 21 septembre à 23h08. © DR

Condamné à la peine de mort, Troy Davis a été exécuté hier dans la nuit au pénitencier de Jackson en Géorgie (États-Unis). Comble de la cruauté, il a attendu quatre heures dans le couloir de la mort avant de recevoir l’injection létale. Juste avant de mourir, il a clamé son innocence et souhaité que la vérité soit rétablie.

Il y a quelque chose de profondément choquant dans ce qui vient de se passer au pénitencier de Jackson en Géorgie. Troy Davis, condamné à mort pour le meurtre d’un officier de police en 1989, devait initialement être exécuté à 19 h 00 heure locale. Sanglé sur sa chaise dans le couloir de la mort, il attend qu’un bourreau lui administre l’injection mortelle. Une demi-heure plus tard, la Cour suprême de Géorgie annonce qu’elle demande un délai supplémentaire avant de prononcer son verdict. Quatre heures passent, autant dire une éternité. La Cour annonce enfin sa décision. A 23h08, Troy Davis est exécuté par injection létale.

On a du mal à imaginer ce qu’a vécu Troy Davis durant ces longues heures d’attente. Il a forcément pensé qu’il allait s’en sortir, comme les fois précédentes… Le 17 juillet 2007, l’afro-américain bénéficie d’un recours en grâce et est sauvé la veille de son exécution. L’année suivante, son exécution est programmée le  23 septembre 2008 à 19 heures. Deux heures avant l’injection mortelle, la Cour suprême décide d’une suspension provisoire. Un mois plus tard, Troy Davis est une nouvelle fois condamné à mort. Il doit être exécuté le 27 octobre. Le 24, la Cour d’appel suspend encore une fois son exécution. Difficile à concevoir, mais ce processus cruel et profondément inhumain est loin d’être un cas isolé dans les États américains qui appliquent encore la peine de mort.

Hier, la Cour suprême de Géorgie a donc joué à nouveau avec la vie de Troy Davis.  Durant quatre heures, ses membres ont hésité, débattu, délibéré, disposant du droit de vie ou de mort sur un homme dont la culpabilité est loin d’être établie. Pendant ce temps-là, Davis est dans le couloir de la mort, suspendu à leur décision. Cette fois-ci, il ne s’en sortira pas.

Doutes sur sa culpabilité

Au-delà de l’aspect inhumain du procédé – dont l’Union européenne a déploré l’exécution – cette nouvelle hésitation dissimule surtout les doutes de la Cour suprême sur la culpabilité de Troy Davis. Et confirme que la Géorgie n’a pas respecté la présomption d’innocence, principe angulaire d’un État de droit selon lequel tout individu est innocent tant que sa culpabilité n’a pas été prouvée.

Et celle de Troy Davis n’a jamais été prouvée. Aucun élément ne permet aujourd’hui de confirmer l’identité de l’homme qui a assassiné le policier Mark MacPhail sur un parking de Savannah en 1989. Sur les neuf témoins qui avaient reconnu Troy Davis comme l’auteur des coups de feu lors de son procès, sept se sont par la suite rétractés, avouant avoir subi des pressions de la police pour l’accuser. Enfin, à tout cela s’ajoute une absence de preuves matérielles, puisque l’arme du crime n’a jamais été retrouvée et aucune empreinte digitale ou ADN relevée.

Dans le couloir de la mort depuis 20 ans

Avec l’énergie du désespoir, l’avocat de Troy Davis, a réclamé une nouvelle suspension de l’exécution en assurant avoir « de nouvelles preuves » exonérant son client. La requête déposée mercredi matin par Me Brian Kammer citait notamment « un faux témoignage » du médecin légiste qui a autopsié le corps du policier décédé. Peine perdue, la requête a été rejetée successivement en première instance, par la Cour suprême de Géorgie et enfin par la Cour suprême des États-Unis. La veille, le comité des grâces de Géorgie avait rejeté un précédent recours, ouvrant la voie à l’exécution.

Troy Davis s’est adressé par écrit à ses partisans depuis le couloir de la mort où il se trouvait depuis 20 ans, affirmant que « le combat pour la justice » ne s’arrêterait pas avec lui. Avant son exécution, il a une nouvelle fois clamé son innocence. « Ce qui est arrivé cette nuit n’est pas de ma faute. Je n’avais pas d’arme », a-t-il répété une dernière fois. « Tout ce que je demande, c’est qu’on se penche à nouveau sur cette affaire pour qu’on découvre enfin la vérité », a-t-il ajouté avant de conclure dignement : « A ceux qui s’apprêtent à m’ôter la vie, que Dieu vous bénisse ». 

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