Politique

Côte d’Ivoire : une Commission réconciliation pour « entendre tout le monde »

La Commission dialogue, vérité et réconciliation (CDVR) sera inaugurée mercredi à Yamoussoukro. Elle aura comme objectif d’entendre « tout le monde », d’engager le dialogue et de chercher les responsables des évènements qui ont ensanglantés le pays.

Mis à jour le 28 septembre 2011 à 12:26

Nous avons besoin de connaître la vérité, même si elle n’est pas belle », clamait mi-septembre l’ex-Premier ministre Charles Konan Banny. Entendre les victimes et bourreaux des différents camps, chercher les responsables, guérir la Côte d’Ivoire de ses maux, cette mission colossale doit commencer dès aujourd’hui, par l’installation de la Commission dialogue, vérité et réconciliation par le président Alassane Ouattara.

Dirigée par Charles Konan Banny (voir photo ci-dessous), cette instance a comme objectif de panser les plaies d’un État meurtri par une crise postélectorale sanglante au début de l’année 2011. Elle sera intronisée mercredi à Yamoussoukro, considérée comme une ville symbole, puisqu’elle est la capitale politique fondée par Félix Houphouët-Boigny (au pouvoir de 1960 à 1993), le « père de la Nation ».

Un homme dont Charles Konan Banny se dit d’ailleurs l’héritier, et avec lequel il possède des liens familiaux. « CKB » avait soutenu, lors de l’élection présidentielle, le candidat Henri Konan Bédié, avant de se rallier au second tour à Alassane Ouattara à la faveur d’une alliance entre leurs partis. Mais il a tenu à « rassurer » le camp Gbagbo, en multipliant les rencontres, tentant de prouver son objectivité et sa légitimité à diriger cette commission.

Drogba absent  ?

Outre « CKB », l’instance compte parmi ses rangs 11 membres, parmi lesquels un religieux chrétien et un musulman et cinq représentants des grandes régions du pays. Une star a également tenu à apporter son concours à cette initiative. Le célèbre footballeur Didier Drogba, vice président de la Commission, représente les Ivoiriens de l’étranger, mais sa présence en ce jour d’inauguration de la commission reste incertaine selon l’un de ses proches.

Charles Konan Banny et Didier Drogba, le 20 septembre 2011 à Londres

La CDVR ivoirienne est inspirée de la commission mise en place en Afrique du Sud, après la fin de l’apartheid. Elle disposera d’un mandat de deux ans, un temps restreint pour parvenir à des résultats probants, après une décennie d’affrontements religieux et ethniques, de violence et de coups d’États. La réconciliation reste dans ce pays, dont l’économie semble se relever peu à peu, le défi le plus difficile à surmonter

Si Alassane Ouattara a promis, à plusieurs reprises, vouloir accorder le « pardon » aux dignitaires de Laurent Gbagbo, dont le refus de reconnaître sa défaite à l’élection ivoirienne avait provoqué une crise politique et sociale très grave, beaucoup s’interrogent quant à la tenue de cette promesse. D’autant que le régime actuel a engagé des poursuites contre les dignitaires de l’ancien régime, notamment Laurent Gbagbo et son épouse Simone, ainsi que des dizaines d’autres responsables civils et militaires, tous placés en détention provisoire. Le pouvoir espère que la Cour pénale internationale jugera au plus vite le président déchu.

Commission d’enquête

De leur côté, les proches de Gbagbo veulent eux aussi régler leur compte. Ils ont demandé mardi à l’ONU la création d’une « commission internationale d’enquête » remontant jusqu’à septembre 2002 et au putsch manqué de la rébellion rangée par la suite derrière Alassane Ouattara.

Le gouvernement Ouattara doit également faire face aux critiques des ONG internationales, qui s’indignent que personne, dans ce camp, n’ait encore été inquiété, alors que l’ONU a déploré des crimes contre l’humanité commis par les deux camps.

Réconcilier les Ivoiriens sera donc une lourde tâche à mener, même si le président a promis une instance « indépendante » qui « entendra tout le monde ». Outre les dignitaires des deux camps, la commission devra aussi s’adresser au peuple ivoirien.

« Il faut que cette commission aille vers les Ivoiriens pour leur parler. Qu’elle aille dans les villes, les villages, les hameaux. Qu’elle ne reste pas dans les maisons climatisées. Qu’elle aille expliquer aux uns et aux autres que nous avons commis des erreurs.», estime le chanteur Tiken Jah Fakoly, dans un entretien publié sur Abidjan.net.

(Avec AFP)