Politique

Réconciliation en Côte d’Ivoire : Ouattara installe la commission Banny

Mis à jour le 29 septembre 2011 à 09:38

La cérémonie d’installation de la Commission dialogue, vérité et réconciliation de Côte d’Ivoire s’est déroulée mercredi 28 septembre en présence de nombreuses personnalités ivoiriennes et ouest-africaines. Dont Soumaïla Cissé (UEMOA) et Abdoulaye Bio-Tchané (FMI), interrogés par jeuneafrique.com.

Pas de flonflons ni de trompette mais de la sobriété et de la dignité pour l’installation de la Commission dialogue, vérité et réconciliation (CDVR), le 28 septembre à Yamoussoukro, capitale politique de Côte d’Ivoire. Présidée par le président Alassane Ouattara en présence du Premier ministre, Guillaume Soro, la cérémonie s’est déroulée à la Fondation Félix Houphouët-Boigny pour la recherche de la paix.

Soumaïla Cissé, président de la commission de l’UEMOA

« C’est un nouveau départ pour la Côte d’Ivoire. Il y a eu trop de mort, trop de victimes, trop de souffrances pour qu’on ne remette pas définitivement en cause tous les communautarismes. C’est aussi un coup de fouet formidable aux projets d’intégration en Afrique de l’Ouest. Ça va faciliter la circulation des biens et des personnes dans notre espace, accélérer les projets de transport, d’infrastructures et d’énergie… La Côte d’Ivoire était considérée comme un nœud empêchant le bon déroulement de toutes ces initiatives. Le dialogue entamé ici va permettre de dénouer ce nœud et de rapprocher davantage les peuples. »

Les organisateurs ont commencé par diffuser des paroles du père de l’indépendance ivoirienne appelant à la sagesse. Le chef de l’État a ensuite remis à l’ex-Premier ministre Charles Konan Banny, président de la CDVR, l’ordonnance de sa charge devant neuf des dix membres de la commission.

Seul manquait à l’appel le joueur de football de Chelsea, Didier Drogba, retenu par son club pour jouer en Ligue des champions à Valence en Espagne. Il est attendu à Abidjan la semaine prochaine. De nombreux membres d’institutions, responsables militaires, préfets, chefs coutumiers, le corps diplomatique et des personnalités de la sous région, comme l’ancien président Ghanéen John Kufuor, le Malien Soumaïla Cissé, sur le point de quitter la présidence de la Commission de l’UEMOA, et le béninois Abdoulaye Bio-Tchané, ex-président de la BOAD, avaient fait le déplacement.

 

Paul Koffi Koffi, ministre ivoirien délégué à la Défense

« La réconciliation des frères d’armes a débuté par la fusion des deux armées, la mise en place d’un commandement unique, la reprise des nominations et des affectations dans les différents corps. La cohabitation sur le terrain se passe bien puisque les policiers, les gendarmes et les militaires ont recommencé à travailler ensemble. Le Premier ministre, Guillaume Soro, procédera à partir de vendredi à l’installation des fonctionnaires de police, de gendarmerie, des douanes et des eaux et forêts dans la zone autrefois sous contrôle des Forces nouvelles (FN). Les militaires pourront également participer au travail de la Commission dialogue, vérité et réconciliation (CDVR) en respectant toutefois les procédures en vigueur dans l’armée. »

Le travail de cette commission doit permettre de panser les plaies des différentes crises ivoiriennes, dont la dernière qui a provoqué la mort d’au moins 3 000 personnes. « Ce n’est pas notre premier coup d’essai, a insisté Charles Konan Banny en appelant à tirer les leçons du passé. Notre commission doit accoucher de la vérité en favorisant un dialogue franc, sincère, inclusif, équilibré… »

À l’issue de son mandat de deux ans, elle doit favoriser, après avoir vidé les rancœurs, la mise en œuvre d’une justice de réparation dédommageant les victimes. Elle permettra également d’instaurer un outil de veille et des mécanismes de règlement des conflits en s’appuyant notamment sur les rites et les traditions locales. Le président Ouattara a souhaité, pour sa part, l’on règle une bonne fois pour toutes les grandes questions liées au foncier rural, à l’immigration, à l’identité nationale, aux violences faites aux populations… « Faisons de l’exercice de réconciliation un thérapie nationale », a t-il conclu en demandant à tous ses compatriotes de se pardonner.

Abdoulaye Bio-Tchané, ancien président de la BOAD et directeur Afrique du FMI

« Historiquement, les ouest-africains venaient se ressourcer en Côte d’Ivoire, commercer et participer au développement national. Si la réconciliation aboutit, ce pays redeviendra la plateforme économique régionale qu’il était avant la crise. Il y a dans ce pays toutes les ressources naturelles et humaines nécessaires. L’Europe, les États-Unis, la Chine, les pays émergents… vont également  regarder d’un œil beaucoup plus favorable l’Afrique de l’ouest. C’est un signal très encourageant pour les investisseurs. Dès 2012, la croissance ivoirienne devrait atteindre 8,9 %. Ce phénomène de rebond va servir de locomotive aux économies de la région. »