Société

Les camouflettes de Brazzaville : un « sex in the city » à la congolaise

Par - Ifrikia Kengué, à Brazzaville
Mis à jour le 3 octobre 2011 à 08:49

Depuis quelques temps, certaines ngandas de Brazzaville – buvettes très prisées par les Congolais – ont de nouvelles excroissances au nom intriguant, les « camouflettes ». Des chambres où les clients peuvent venir discrètement étancher une soif… sexuelle, celle-là. Visite guidée dans le monde secret de la « double-détente ».

C’est à Mougali, au cœur du quartier le plus populaire de Brazzaville, que sont apparues des ngandas d’un genre nouveau, les « camouflettes ». Comme dans la plupart des cas, ce sont des parcelles banales qui abritent ces établissements. Mais c’est au bord de la Mfoa, un ruisseau qui traverse la ville et que certains surnomment « la  Seine », que la maison mère ou originelle, tient enseigne, clôturée de tôles ondulées. Un panneau triangulaire anodin affiche en grand « La Camouflette ».

Passé le petit portail en tôle, on retrouve l’ambiance habituelle des ngandas congolaises. Un hangar sied dans la grande cour. La musique y est diffuse et l’éclairage tamisé. Même en journée l’ambiance est très feutrée, la discrétion est le maître-mot. Des couples installés dans des coins sombres consomment des boissons. À côté, un corridor, formé par une haie de fleurs, qui part d’une entrée dérobée pour déboucher sur une maison à quatre chambres, passe par le comptoir.

Disponibles pour une heure et demie, à raison de 2000 F CFA, ces chambres restent sobres. Posters coquins de femmes asiatiques ou de stars de la pop en petites tenues sur des poses lascives, un lit fait, un petit coin toilette avec un seau d’eau, une savonnette, et du papier toilette pout tout aménagement. Un décor familier de presque toutes les « camouflettes » de Brazzaville pour un accès réservé exclusivement au public adulte.

Hommes ou femmes mariés

« On sait tous que les hôtels, auberges ou tout autres endroits de passe sont utilisés par des amants, et comme la plupart de ces personnes préfèrent passer incognito, parce que ce sont souvent des hommes ou des femmes mariés, on a pensé faire plus discret », explique le gérant du lieu.

L’existence de ces endroits est souvent connue des seuls habitués. Bien que les hôtels à moindre coût et les auberges foisonnent désormais dans tout le pays, les camouflettes leur sont référées pour leur discrétion et leur proximité.

Beaucoup apprécient ces endroits du fait qu’on ne les présente pas en tant que tel. Il en va souvent de la perspicacité des clients. Certains n’hésitent plus à demander si la buvette dans laquelle ils se trouvent n’aurait pas « certaines dispositions ».

Séduit par la connotation de cachette que renferme ce néologisme, les adeptes des « camouflettes » emploient désormais cette expression pour désigner tout lieu discret de « double-détente » – l’autre nom pour « sexe et alcool ».

«C’est le lieu idéal pour se relaxer avec sa copine, son amie, c’est fait pour ça. Et comme il y a une demande, c’est normal qu’il y ait des offres. Ça n’empiète pas sur la vie des gens. Ça ne choque pas les gens. Quand c’est réglementé par une sorte de code moral, pour moi c’est cool », explique Duchemin, sans doute un adepte des lieux.

"Endroits de luxure"

Pourtant plusieurs voix s’élèvent contre la profusion de ces lieux et les décrivent comme l’expression de la dépravation des mœurs. Pour les religieux par exemple, les camouflettes incitent à l’infidélité conjugale et à la fornication. C’est ainsi que plusieurs églises multiplient les prêches décriant ces « endroits de luxure ».

Quoiqu’il en soit, critiquées ou approuvées, les « camouflettes » sont en pleine expansion à Brazzaville, comme, sans doute, un peu partout en Afrique. Elles sont l’expression de sociétés qui, ici comme ailleurs, ont éprouvé l’adage : « Vivons heureux, vivons cachés ! »