Politique

Nouvelles du front libyen, Mahmoud Jibril et les islamistes du CNT

Syrte et Bani Walid, les derniers bastions de Mouammar Kadhafi offrent beaucoup plus de résistance que prévu aux combattants du CNT. Mais c’est surtout la montée en puissance des islamistes au sein du CNT qui pourrait menacer la cohésion des nouvelles autorités, comme semble le montrer l’annonce faite par Mahmoud Djibril de son prochain retrait du gouvernement.

Mis à jour le 30 septembre 2011 à 10:44

Combattants du CNT bombardant des positions pro-Kaddafi à l’ouest de Syrte, le 29 septembre 2011. © AFP

Mis à jour à 11h47

Alors que des combats acharnés se poursuivent à Syrte et à Bani Walid, les deux dernier bastions de Mouammar Kadhafi assiégés depuis deux semaines, le porte-parole de l’ex-« Guide » libyen aurait été capturé par des combattants du Conseil national de transition (CNT). C’est du moins ce qu’affirme le commandant d’une brigade du CNT du front de la ville natale de Kadhafi Moustapha ben Dardef, information confirmée par un autre commandant, Mohammed al-Marimi : « Moussa Ibrahim [en photo ci-dessous, NDLR] a été capturé par les révolutionnaires de Misrata [qui participent aux combats, NDLR] alors qu’il roulait à bord d’une voiture hors de Syrte ».

Mais, comme souvent, rien n’est vraiment sûr en zone de guerre où règne la plus grande confusion, et un porte-parole du Conseil militaire de Misrata, Adel Ibrahim, a relativisé la nouvelle : « Nous ne pouvons confirmer qu’il a été arrêté », a-t-il affirmé jeudi soir.

« Moussa Ibrahim n’a pas été arrêté, il s’agit d’une rumeur mensongère destinée à détourner l’attention des mouvements des rebelles (…) et de leur échec face à la force des héros de Syrte », a affirmé pour sa part le site de la chaîne de télévision Allibiya, qui a arrêté d’émettre depuis la chute de Tripoli en août.

Pour le CNT, une chose reste cependant certaine : deux des fils Kadhafi ont été localisés.

« Ce dont nous sommes sûrs c’est que Seif el-Islam Kadhafi est à Bani Walid et que son frère Mootassim est à Syrte », a affirmé le colonel Ahmed Bani. Par ailleurs, les autorités nigériennes ont confirmé que Saadi Kadhafi était maintenu en résidence surveillée à Niamey, et informé Interpol, qui avait émis une notice rouge contre lui, qu’elles ne voulaient pas l’extrader « pour l’instant ».

Forte résistance

Pendant ce temps, les combats ont tendance à s’enliser en raison de la forte résistance offerte par les pro-Kadhafi. Jeudi, des avions de l’Otan ont survolé Syrte toute la journée. Environ 500 personnes seraient sortis de la ville, selon le CNT qui affirme capturer une dizaine de soldats loyalistes chaque jour.

« Cela ne va pas être facile de prendre Syrte. On pensait qu’on le ferait vendredi, maintenant je n’y crois plus. Mootassim (Kadhafi) est à l’intérieur et dirige ses hommes. Ils ont des armes lourdes et des tireurs embusqués, qui nous compliquent la tâche », a déclaré un commandant du CNT.

Dans l’oasis au relief accidenté de Bani Walid, le scénario est plus sombre : les pro-CNT n’ont pas avancé d’un pouce depuis quelques jours. Walid Khaimej, un capitaine, a même demandé « plus d’aide de l’Otan » qui semble se concentre pour l’instant sur Syrte.

La surprise de Mahmoud Jibril

Mais les principaux problème du CNT ne vient probablement pas de la situation militaire, ni de la traque de Kadhafi, mais de ses propres divisions. Le libéral Mahmoud Jibril, qui dirige le bureau exécutif du Conseil national de transition (CNT), est ainsi confronté à une vive opposition des islamistes. Et il a surpris en annonçant qu’il ne ferait pas partie du prochain exécutif libyen. « J’espère que nous libérerons bientôt Syrte et Bani Walid pour commencer les négociations sur la formation du gouvernement de transition, dont je ne ferai pas partie », a-t-il déclaré au cours d’une conférence de presse à Tripoli.

Enfin, l’ancien Premier ministre libyen Al-Baghdadi Al-Mahmoudi, détenu en Tunisie après que Tripoli a émis un mandat d’amener contre lui, ne semble vraiment pas enchanté par la perspective d’un retour au pays natal. Il a entamé une grève de la faim pour exiger sa libération, a annoncé son avocat Mabrouk Kourchid.

(Avec AFP)