Justice

Tchad : Hissène Habré jugé au Rwanda ?

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Des supporters de Hissène Habré manifestent à Dakar, le 10 juillet 2011.

Des supporters de Hissène Habré manifestent à Dakar, le 10 juillet 2011. © AFP/Archives, Moussa Sow

Le Tchad étudie actuellement une proposition de l’Union africaine, selon laquelle le Rwanda serait prêt à accueillir le procès de l’ancien chef d’État Hissène Habré, accusé de crimes contre l’humanité et de torture. Mais les victimes craignent que cela traine en longueur.

« Depuis le mois d’août nous avons reçu une correspondance de l’Union africaine, dans laquelle, elle nous informait de la disponibilité du Rwanda d’accueillir sur son sol le procès de l’ancien président Hissène Habré », a déclaré lundi un haut fonctionnaire tchadien des Affaires étrangères sous le couvert de l’anonymat.

Proposition rejetée par les victimes

Saisi par l’Union africaine, le Tchad serait donc en train d’étudier la possibilité de transférer le procès du dictateur déchu au Rwanda. « Nous ne nous sommes pas prononcés sur cette correspondance que nous avons transmis au ministre de la Justice », a précisé la même source.

La proposition rwandaise a été confirmée par le ministre de la Justice Abdoulaye Fadoul Sabre. « L’option de juger Hissène Habré en Afrique nous avait séduit en son temps, maintenant il reste à discuter les modalités pratiques avant que le Tchad ne se prononce », a-t-il dit.

Une proposition rejetée par les victimes de l’ancien président tchadien. L’association des victimes redoute que le procès de Hissène Habré, accusé de crimes contre l’humanité, de crimes de guerre et de torture, tarde à être mis en place.

Option belge « privilégiée »

« C’est dilatoire, ça ne nous enchante pas cette nouvelle trouvaille de l’Union africaine », a expliqué Clément Abaïfouta, le président de l’Association des victimes contre la répression politique au Tchad (AVCRP). « Nous avons peur que cette proposition de l’Union africaine ne nous traîne encore en longueur. La solution proche est là, tout est prêt pour que Habré soit jugé en Belgique », a-t-il ajouté. Le ministère belge des Affaires étrangères avait proposé, le 10 juillet, que l’ancien chef d’État  soit extradé en Belgique, tout comme le gouvernement tchadien qui au même moment avait demandé que l’option belge soit « privilégiée ».

« Nous nous sommes déjà prononcés en son temps pour que l’ancien président soit jugé en Belgique », a déclaré à ce propos Abdoulaye Fadoul Sabre.

Les victimes s’éteignent « une à une »

Hissène Habré vit aujourd’hui à Dakar, au Sénégal, depuis sa chute en 1990. Le procès aurait dû se tenir dans ce pays d’accueil de l’ex-dictateur, puisque le Sénégal avait accepté, suite à une demande de l’UA, de le juger. Mais rien n’avait été organisé.

Nouveau rebondissement en juillet dernier, lorsque l’actuel président du Sénégal, Abdoulaye Wade, avait annoncé vouloir extrader Hissène Habré au Tchad, où il a été condamné à mort par contumace, avant de revenir sur cette décision 48 heures après.

La Haut commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, Navi Pillay, avait estimé que cette extradition pouvait être « une violation du droit international », dans la mesure où l’ancien président risquait d’être « soumis à la torture » au Tchad.
« Le plus urgent pour nous c’est que le procès se tienne parce que les victimes sont en train de s’éteindre une à une », a conclu le ministre de la Justice tchadien.

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