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Cet article est issu du dossier «Présidentielle camerounaise : Paul Biya, jusqu'à quand ?»

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Politique

Présidentielle au Cameroun : trois partis d’opposition favorables à l’annulation du scrutin

Samuel Fonkam Azu'u, le président d'Elecam, le 10 octobre 2011 à Yaoundé. © AFP

Les nombreuses irrégularités et fraudes présumées relevées sur le terrain pendant l'élection présidentielle camerounaise du 9 octobre poussent au moins trois partis de l'opposition à demander l'annulation du scrutin. Mais pour Elecam et la France, ce dernier s'est déroulé de manière "acceptable", "sans dysfonctionnement majeur".

La proclamation des résultats, même partiels, n’est pas intervenue que déjà plusieurs voix s’élèvent dans l’opposition pour réclamer l’annulation de l’élection présidentielle du 9 octobre au Cameroun. En cause : les nombreuses suspicions de fraude et les irrégularités multiples relevées par plusieurs observateurs.

Au moins trois opposants, dont deux comptent déposer des requêtes en justice, se sont exprimé en ce sens. « Nous sommes favorables à l’annulation du scrutin », a ainsi affirmé Joshua Osih, vice-président du Social Democratic Front (SDF), le principal parti d’opposition du candidat John Fru Ndi. Le vote « ne peut pas donner de légitimité au vainqueur, y compris le SDF qui reste en course pour le gagner », a ajouté Osih pour qui l’élection s’est déroulée dans une « cacophonie totale ».

Même son de cloche au Mouvement africain pour la démocratie et la nouvelle indépendance (Manidem) de Anicet Ekanè, qui « compte d’ailleurs déposer une requête dans ce sens demain (mercredi) à la Cour suprême ». Enfin, Albert Dzongang du parti La Dynamique – un des vingt-trois candidats en lice pour la magistrature suprême, estime qu’« il n’y a pas eu d’élection » et promet également de « déposer demain (mercredi) une requête dans laquelle nous exigeons l’annulation » du scrutin.

Madeleine Afité témoigne de fraudes

Les suspicions de fraude ont été renforcées hier par les déclarations de l’égérie de la société civile camerounaise, Madeleine Afité qui a affirmé avoir assisté à des bourrages d’urnes ayant pour but de minimiser le taux d’abstention. « J’ai vu un monsieur portant une carte (badge) Elecam (Election Cameroon, commission électorale) (…) il donnait des lots (de cartes d’électeurs) aux enfants (qui) allaient émarger sans carte d’identité » dans un bureau de vote du quartier Bessangue à Douala.

« Ce n’était pas pour voter RDPC (Rassemblement démocratique du peuple camerounais, au pouvoir) », reprend-elle, mais parce que « les urnes étaient vides. C’était le problème du taux de participation. Il fallait qu’il y ait des bulletins dans les urnes ». De fait, les observateurs et les journalistes présents ont noté une faible affluence, et une campagne électorale ayant suscité très peu de mobilisation des Camerounais. « Les électeurs boudent la présidentielle » soulignait même le quotidien privé Mutations.

Le scutin "acceptable" pour la France

De son côté Elecam s’est félicité du bon déroulement du scrutin et n’a noté « aucun dysfonctionnement majeur », a déclaré son président Samuel Fonkam Azu’u. Dans son sillage, la France a jugé le déroulement du scrutin « acceptable » par la voix de son ministre des Affaires étrangères, Alain Juppé. Quant à l’équipe d’observateurs du Commonwealth à Yaoundé, elle a estimé avec plus de précaution et de neutralité que le scrutin avait été exempt de « coercition » et souligné qu’il y avait un « bon nombre de plaintes » sur l’organisation du scrutin.

En clair, tout indique que le président Paul Biya (78 ans), au pouvoir depuis 1982, sera réélu pour son sixième mandat, cette fois de 7 ans. « Paul Biya en pole position », titrait mardi L’Action, le journal du RDPC, sans apporter aucune preuve : « Quelques heures après la fermeture des bureaux, les premiers échos du terrain ne laissent aucun doute sur la victoire du candidat », affirmait-il.

Pour la plupart des Camerounais, l’issue des résultats ne fait aucun doute. « On est pas trop concernés par le vote. De toute façon, on sait bien que le président va gagner il n’y a rien qui change, donc nous on est tranquilles », dit Clarisse, 29 ans, commerçante au centre de Douala. « Ici rien ne change, il n’est pas question que les gens aillent dans la rue (…) On sait que le président sera réélu et voilà, il y a la paix »,  soulignait Justin Temola, chômeur de Douala.

(Avec AFP)

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