Politique

« Le 17 octobre des Algériens » : un livre inédit pour témoigner de la répression meurtrière à Paris en 1961

À quelques jours de la date anniversaire du 17 octobre 1961, jour de la répression meurtrière d’une manifestation à Paris d’Algériens réclamant l’indépendance, les éditions de La Découverte publient un ouvrage inédit pour commémorer un drame qui a été occulté pendant des décennies.

Par
Mis à jour le 13 octobre 2011 à 10:38

Des Algériens appréhendés par la police, lors de la manifestation du 17 octobre 1961 à Paris. © AFP

Le 17 octobre 1961, 200 Algériens manifestant pour l’indépendance de l’Algérie perdent la vie dans les rue de Paris après une répression policière d’une rare violence. À quelques jours de ce triste anniversaire, les Éditions La Découverte ont réuni dans un même volume le manuscrit intégral de Marcel Péju (1922-2005) et Paulette Péju (1919-1979) Le 17 octobre des Algériens complété par des notes et une étude parue depuis, et un texte de l’historien Gilles Manceron, La triple occultation d’un massacre.

"Permis de tuer"

Marcel et Paulette Péju, tous deux journalistes, font partis des rares personnalités qui avaient à l’époque condamné le massacre. Les deux journalistes avaient recueilli à chaud des témoignages d’Algériens. Ce texte accablant que les auteurs devaient faire paraître à l’été 1962, est publié pour la première fois. Illustre collaborateur de Jeune Afrique, Marcel Péju est décédé à Paris le 4 décembre 2005 à l’âge de 83 ans.

Une étude de Gilles Manceron, vice-président de la Ligue des droits de l’homme jusqu’en juin 2011, accompagne l’œuvre des Péju. Il y écrit que Maurice Papon, alors préfet de Police de Paris, appuyé dans le gouvernement par ceux qui désapprouvaient les choix du général de Gaulle dans les négociations en cours pour l’indépendance de l’Algérie, a orchestré la répression en donnant aux policiers une sorte de « permis de tuer ».

Gilles Manceron analyse également la dissimulation de ce drame par ses responsables au sein de l’État français, et le silence des premiers responsables de l’Algérie indépendante, les organisateurs de la manifestation du 17 octobre étant devenus leurs opposants.

"Le plus grand massacre de gens du peuple"

Un témoignage inédit et une publication engagée pour un éditeur qui considère le 17 octobre 1961 comme étant « le plus grand massacre de gens du peuple depuis la Semaine sanglante de 1871 », pendant la Commune de Paris.

Le 17 octobre 1961, des dizaines de milliers d’Algériens manifestant sans armes ont été violemment réprimés par des policiers aux ordres du préfet Maurice Papon, faisant de trois morts (version officielle de l’époque) à plus de deux cents, selon les travaux d’historiens. Pendant une trentaine d’années, ce drame a été « oublié ».

(Avec AFP)