Politique

Algérie : vote d’une loi accusée de limiter la représentativité féminine

Un vote à main levée au Parlement algérien, en 2008. © Fayez Nureldine/AFP

La nouvelle loi sur la représentation des femmes en politique a été votée au Parlement algérien, jeudi 3 novembre. Alors que le projet initial prévoyait une large avancée dans ce domaine, notamment grâce à l’instauration d’un quota de 30% de femmes inscrites sur les listes électorales, le texte adopté à plutôt des airs de réforme avortée.

Alors que le président Abdelaziz Bouteflika souhaitait réaliser des progrès dans le domaine de la représentation politiques des femmes, la nouvelle loi adoptée jeudi 3 novembre par le Parlement algérien est accusée par des militantes féministes de passer complètement à côté de son objectif.

Un premier projet de loi prévoyait l’instauration d’un quota de 30% de femmes inscrites sur les listes électorales. Mais dans le nouveau texte, cette mesure de discrimination positive a été rejetée – tout comme celle insistant sur la nécessité de les placer en tête de liste ou de leur accorder un pourcentage minimum sur le nombre de sièges remportés.

« Le texte du président a été vidé de son sens. S’il voulait imposer un quota de 30%, c’est parce qu’il connaissait la mentalité des hommes », s’insurge Halima Lakehal, députée du Front de libération national (FLN). « Cette loi est une discrimination territoriale et sexuelle à l’encontre des femmes », renchérit Amina Gharbi Bounab, une représentante de ce même parti.

Le chiffre initial de 30% de femmes était conforme à la convention des Nations unies sur l’élimination des discriminations envers les femmes. Mais le nouveau texte a opté pour une seconde option : un taux de représentativité des femmes variable selon les circonscriptions.

Le taux est ainsi de 20% pour les wilayas (préfecture) ayant quatre sièges à l’Assemblée nationale, 30% pour plus de 5 sièges, 35% pour 14 sièges et plus, et enfin 40% pour plus de 32 sièges. La communauté algérienne à l’étranger a, quant à elle, droit à un pourcentage de 50%. Au total, la nouvelle loi instaure un taux de 20% pour 14 des 48 wilayas que compte l’Algérie.

Les femmes "à l’avant-garde"

Une majorité absolue a voté ce texte à main levé. En tout, 213 députés étaient physiquement présents sur 389 et 113 autres avaient signé des procurations. Les députés du Mouvement de la société pour la paix (parti islamiste qui compte 51 députés), et du Parti des Travailleurs (26 sièges) se sont abstenus. Quant au parti d’opposition Rassemblement pour la culture et la démocratie, les 19 membres ont gelé depuis des mois leurs activités au sein de l’Assemblée.

« Les femmes sont à l’avant-garde pour tout, elles sont sorties dans la rue pour crier "halte au terrorisme", font la campagne électorale des partis, ont le sens civique et sont plus nombreuses dans les bureaux de vote que les hommes et c’est eux (les hommes) qui récoltent les lauriers », s’est insurgé Halima Lakehal.

La nouvelle loi, qui devrait être désormais votée au Sénat et être appliquée aux prochaines législatives du printemps 2012, était l’un des points phares des réformes promises par le chef d’État. Si le texte a soulevé une vive polémique, le ministre de la Justice Tayeb Belaiz rappelait lors des débats sur le projet initial que « la solution est de légiférer et d’instaurer un quota de 30% », aux vues de la trop faible représentation des femmes en politique, 50 ans après l’indépendance. Il n’a visiblement pas convaincu la classe politique algérienne dans son ensemble.

 

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