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Cet article est issu du dossier «Maroc : législatives anticipées 2011»

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Politique

Maroc – Législatives 2011 : vote sous surveillance au Sahara

Des soldats marocains hissant le drapeau du royaume à Laâyoune, au Sahara.

Des soldats marocains hissant le drapeau du royaume à Laâyoune, au Sahara. © AFP/Abdelhak Senna

Une participation massive aux élections est souvent expliquée par le facteur tribal au Sahara. Après la récente poussée de violences interethniques, elle sera l’un des enjeux des législatives marocaines anticipées du 25 novembre.

En 2007, le Sahara enregistrait les taux de participation les plus élevés des législatives : 62 % dans la province méridionale de Oued Eddahab-Lagouira, 58 % dans celle de Guelmim-Es Smara (Est), et tout juste 51 % dans la province de Laâyoune-Boujdour. Une fois ces taux comparés aux 37 % enregistrés au niveau national, on voit combien l’engouement est véritable.

Rebelote lors du scrutin de juillet 2011, avec plus de 92 % de participation. Il y a donc bien une exception sahraouie. Autorisés à voter pour la Constitution, mais pas pour les législatives comme celles anticipées du 25 novembre prochain, les militaires de tous corps – Forces armées royales, forces auxiliaires, compagnies mobiles – votent en rangs serrés et gonflent la participation au référendum. Mais c’est le critère tribal qui est avancé pour justifier la forte mobilisation lors des élections de la Chambre des représentants. Comme dans les zones rurales, on y voterait en fonction de l’appartenance communautaire : les Reguibat à Laâyoune, les Ouled Dlim à Dakhla. Une explication tentante mais imparfaite.

Réseaux de clientèle

Les candidats mènent d’abord une campagne locale, non idéologique, et les partis s’appuient sur des notables capables d’activer des réseaux de clientèle. Par coutume, les têtes de liste sont réservées à des Sahraouis, autochtones de préférence. Pourtant, la référence tribale n’est que l’une des variables d’un vote qui reste très urbain au Sahara. En réalité, la population y est loin d’être monolithique.

Dans les grandes villes cohabitent un fond de peuplement autochtone, des Sahraouis originaires d’autres régions (parmi lesquels les Sahraouis du Nord, des alentours de Sidi Ifni) et des Marocains du Nord venus travailler sur place. Difficile dans ce cas de baser une stratégie électorale sur le critère unique d’appartenance à la tribu.

La chercheuse Victoria Veguilla, qui a suivi les campagnes électorales de 2002 et 2007 à Dakhla, souligne à quel point l’origine des candidats demeure une condition nécessaire mais insuffisante de la réussite électorale. À Dakhla, la tribu Ouled Dlim est dominante, même si la moitié de la population y est issue du nord du Maroc. Cette dernière, qui ne partage donc pas le sentiment d’appartenance à la tribu, vote pour une autre raison. En 2002, Victoria Veguella relève ainsi que « les quatre candidats élus sont propriétaires d’unités de congélation de poisson », principale activité économique. Un secteur qui emploie surtout des habitants originaires du nord du Maroc. Sans être nécessairement tribal, le vote est certainement clientéliste.

Circulation des élites

Exemple avec Hassan Derham, député sortant de la ville de Laâyoune, aujourd’hui candidat à Dakhla. Ce notable élu en 2002 sous les couleurs de l’Alliance des libertés (une petite formation disparue depuis), reconduit en 2007 pour le compte de l’Union socialiste des forces populaires (USFP, gauche), était donné partant pour le Rassemblement national des indépendants (RNI, centre). Membre du bureau politique de l’USFP, il est très discret au niveau national. À Dakhla, c’est un acteur majeur de l’économie de la pêche et de l’agriculture. Même issu de la tribu des Ait Baâmrane, majoritaire dans la région de Sidi Ifni, son ancrage local est suffisant pour lui permettre de rafler l’un des deux sièges réservés à la circonscription de Oued Eddahab.

La circulation des élites sahraouies, si elle se confirme, est une donnée à surveiller. Depuis 2007, la région a été marquée par des prurits de violence : à Sidi Ifni en juin 2008, à Laâyoune en novembre 2010 et à Dakhla en février puis en septembre 2011. Au-delà de la revendication séparatiste, la raison principale remonte aux tensions latentes entre populations autochtones et Marocains du Nord.

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