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Cet article est issu du dossier «Présidentielle et législatives 2011 en RDC»

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Elections

Les élections en RDC vues de l’autre rive du fleuve Congo, à Brazzaville

Contrairement à Kinshasa, le calme règne à Brazzaville, comme ici devant la gare centrale... © Ifrikia Kengué, pour jeuneafrique.com

Le climat délétère qui règne autour des élections présidentielle et législatives en RDC soulève de vives craintes de violences électorales. Une appréhension particulièrement palpable de l’autre côté du fleuve Congo, à Brazzaville, où l'on craint un afflux massif de réfugiés. Reportage.

Quelle sera l’issue des élections présidentielle et législatives en République démocratique du Congo (RDC) ? À Brazzaville on a les yeux rivés sur Kinshasa. Et pour cause : depuis quelques mois, la crainte des violences électorales pousse de nombreux Kinois de l’autre côté du fleuve, notamment à Bacongo, quartier du 2e arrondissement de Brazzaville.

« J’ai préféré venir à Brazza avec la petite famille juste après l’annonce des élections, parce qu’il y a beaucoup d’insécurité pendant cette période», témoigne Papy, un Kinois habitant un squatt à la Main Bleue, un quartier de Bacongo. « Ce sont surtout des hauts-fonctionnaires kinois qui font traverser leur famille de ce côté-ci », précise Parfait, un bagagiste du Beach de Brazzaville. Une appréhension partagée par une grande partie des Brazzavillois qui ont encore en mémoire les troubles ayant suivis les première élections de 2006, qui avaient légitimé Joseph Kabila au pouvoir en RDC.

Intimité congolaise

A priori, dans les rues de Brazzaville, les Congolais semblent se désintéresser des événements de l’autre côté du fleuve. En apparence seulement, car les deux pays, qui ont les capitales les plus proches du monde (excepté Rome et le Vatican), nourrissent de par leur proximité et leur histoire des liens intimes et fraternels. Qu’on en juge : quatre chaînes sur cinq captées à Brazzaville émettent de Kinshasa. C’est donc par la force des choses que les brazzavillois vivent au rythme de l’ambiance électorale de leurs voisins. D’autant qu’ils ont une même langue en partage : le lingala.

Les joutes verbales de certains candidats au cours des débats télévisés, et leurs différents clips musicaux – sans compter les « mabanga » (dédicaces d’artistes) – diffusés à longueur de journée sur les ondes les laissent quelque peu médusés ou amusés. « C’est à se demander si les électeurs n’ont plus qu’à choisir entre les meilleurs morceaux, ou les meilleurs clips des candidats », ironise Brice Mampouya, fonctionnaire.

Dans les rues de Brazza, les débats vont bon train. Chacun y va de son pronostic ou de son analyse. Pour la plupart des gens, l’élection présidentielle à un tour est qualifiée de « mort subite » : « Ça n’a rien d’excitant, c’est à quitte ou double. Et dans ce cas-ci, il n’y a véritablement pas d’enjeu. Ce sont les législatives qui à mon avis devrait requérir plus l’attention », estime Dacilda Pambou, agent municipal.

Mme Kabila superstar

À la question de savoir qui remportera la présidentielle, de nombreux brazzavillois évoquent une simple formalité – avec ou sans transparence – pour le président sortant Josehh Kabila. Même s’ils n’affectionnent pas particulière ce dernier, ils semblent être conquis par la simplicité et les œuvres sociales très médiatisées de son épouse, Olive Lembé Kabila, Première dame populaire dans les deux capitales. « À mon avis c’est cette dame de cœur qui devrait diriger ce pays », confie Prisca, couturière.

D’autres raisons entretiennent une certaine sollicitude vis-à-vis de Kabila. À Brazzaville, on s’indigne souvent des attaques qui visent l’actuel chef de l’État, accusé d’être rwandais. « Ça commence à bien faire, à chaque fois qu’il y a des élections, il faut qu’on soulève des questions d’origine : qui est congolais, qui ne l’est pas ?… Il est temps qu’on arrête de s’appesantir sur ce genre de questions en Afrique. On est tous plus ou moins des étrangers ici, puisque nous sommes souvent le fruit des migrations… », analyse Mlle Robie Solo, une juriste révoltée par ces procès en « congolarité ».

Opposition discréditée

Le principal challenger de Kabila, Étienne Tshisekedi ne semble plus avoir beaucoup la cote auprès des brazzavillois après ses déclarations sévèrement condamnées par la communauté internationale. « S’autoproclamer président de la république et appeler ses partisans à « casser les portes des prisons » n’est pas très responsable de la part d’un vieux loup comme lui », s’indigne Louis Moumbounou, médiathécaire. Plus sévère encore, Christian Ngouma, professeur de lycée, lance : « C’est un aventurier, il est trop vieux et trop fatigué pour gérer ce pays aux dimensions continentales ».

Au-delà de ce désaveu du Sphinx de Limete, c’est toute la posture de l’opposition qui est critiquée. « Elle a manqué de cohérence, elle n’avait qu’à faire une coalition pour présenter un candidat unique afin de maximiser ses chances », estime Chris Itoua, informaticien. Onze candidats, en effet, briguent la présidence. « Maintenant ce n’est plus qu’une opposition « du ventre », poursuit Itoua. On se positionne, on fait un grand tapage pour se faire remarquer pour qu’après on vous donne votre part du gâteau. Prenez le cas Vital Kamhere, il a été au pouvoir, à l’approche des élections, il se positionne contre Kabila, à la fin vous verrez qu’il ira se réconcilier avec son ancien patron ! »

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Par Ifrikia Kengué, à Brazzaville

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