Politique

Côte d’Ivoire : la réconciliation dans l’impasse après le transfèrement de Gbagbo à la CPI

Le Front popualire ivoirien (FPI) a annoncé qu’il se retirait de « tout processus de réconciliation » après le transfèrement de Laurent Gbagbo à la CPI. La coalition pro-Ouattara risque de se retrouver seule aux législatives du 11 décembre. Et pendant que les politiciens se déchirent, les Ivoiriens attendent avec impatience la reprise économique.

Mis à jour le 2 décembre 2011 à 08:43

Des manifestants pro-Gbagbo à Abidjan, en mars 2011. © AFP

Le camp Ouattara est-il devenu arrogant ? Le pouvoir rend-il aveugle ? Ou le camp Gbagbo est-il définitivement extrémiste ? Quelles que soient les réponses à ces questions, c’est un fait : la réconciliation est complètement bloquée en Côte d’Ivoire depuis le transfèrement et l’incarcération, mercredi, de Laurent Gbagbo au centre de détention de la CPI, en banlieue de La Haye.

Pour protester contre « ce véritable hold-up politico-juridique de transfèrement », le Front populaire ivoirien (FPI) de Gbagbo a annoncé le soir même qu’il suspendait sa participation à « tout processus de réconciliation ». « De la part du FPI, c’est une position de principe qui est logique », déclare une source diplomatique occidentale, qui juge que l’essentiel réside « dans la durée » de cette attitude.

Clé de voûte

En arrivant au pouvoir en Côte d’Ivoire, Alassane Ouattara avait trois priorités : remettre en route l’économie, pacifier, réconcilier. S’il a enregistré des succès pour les deux premières, la dernière n’est toujours pas atteinte. Et c’est la clé de voûte de l’édifice.

Lors des législatives du 11 décembre, le camp présidentiel risque de se retrouver absolument seul aux commandes de la Côte d’Ivoire. Les partis proches de Gbagbo réclamaient la libération de leur leader, et celle de dizaines de personnalités détenues dans l’attente de leur jugement. Finalement, le 10 novembre, une vingtaine de seconds couteaux avaient été libérée. Pas assez pour changer le mot d’ordre de boycott des élections par le FPI, mais environ 160 membres du partis étaient prêts à se présenter en indépendants. Ils ont fait machine arrière depuis le transfèrement de Gbagbo.

Mais le camp de Gbagbo n’est pas homogène. « On n’est pas tous d’accord sur la marche à suivre », confirme un haut responsable de l’ex-coalition au pouvoir, qui explique que son camp est partagé entre « durs » et « modérés ». Il estime que « c’est le pouvoir qui donnera le tempo » de la réconciliation, avec « quelques grands gestes d’apaisement » comme la libération de ténors du régime déchu. « Mais je ne crois pas que les autorités en aient envie, ajoute-t-il.

Réconciliation et prospérité

Le dialogue est-il définiivement rompu ? Côté gouvernement, on rejette toute la faute sur le FPI. Pour le Premier ministre Guillaume Soro c’est « l’absence de repentance » du FPI et son refus de « concourir à l’apaisement général et à la réconciliation nationale » qui ont, selon lui, scellé le destin judiciaire de son chef.

Le pouvoir semble penser que la réconciliation découlera désormais du redressement économique en cours. « Elle ne va pas se faire par des discours (…). Elle dépend énormément de l’amélioration des conditions de vie des populations », juge un conseiller de Soro. C’est aussi, un brin schématiquement, l’avis du chanteur Tiken Jah Fakoly. Mais beaucoup d’Ivoiriens – même s’ils sont d’accord avec le raisonnement précédent – pensent que ce dernier doit être inversé pour qu’il soit porteur de prospérité à long terme : sans réconciliation pas de stabilité, estiment-ils, et sans stabilité pas de croissance durable. L’avenir donnera raison aux uns… ou aux autres.

(Avec AFP)