Politique

Tunisie : Moncef Marzouki, le discours d’un président

Par - Frida Dahmani, à Tunis
Mis à jour le 13 décembre 2011 à 19:44

Élu sans surprise au poste de président, Moncef Marzouki a tenu mardi son discours d’investiture devant l’Assemblée constituante. Non sans provoquer une certaine indignation des défenseurs des droits des femmes. Explications.

Très attendu, le discours d’investiture du nouveau président de la république tunisienne, Moncef Marzouki se voulait un moment fort de la mise en place d’une légitimité institutionnelle. Des propos en apparence fédérateurs, qui ont cependant laissé perplexes de nombreux Tunisiens politisés.

Moncef Marzouki a tenu à rappeler que le peuple tunisien a été à l’origine de la première révolution arabe pacifique et démocratique, arabo-musulmane et dénuée d’idéologie. Il s’est également présenté comme le promoteur des droits des femmes. Mais il en a choqué plus d’une en déclarant qu’il protégerait aussi bien les femmes en niqab, celles portant le hijab et les « safirat ». Or ce terme désigne à l’origine les femmes non voilées et par un glissement sémantique, celles qui ne respectent pas la religion et qui sont « trop libres » aux yeux de la société.

Venant d’un défenseur des droits de l’homme qui maîtrise parfaitement la langue arabe, le qualificatif a été perçu comme un signal envoyé aux islamistes d’Ennahdha, majoritaires à la Constituante. Mais pour la société civile, il s’agit plutôt d’un véritable signal d’alarme.

Prérogatives limitées

Marzouki a également fait allusion à l’opposition qui avait refusé de voter pour protester contre les manœuvres de la majorité au sein de la Constituante, en les invitant à prendre une part active à la nouvelle Assemblée et à ne pas se contenter d’un rôle d’observateur. Le reste du discours a porté sur des considérations assez générales au sujet des perspectives du pays et de la nécessité de remettre de l’ordre dans la maison Tunisie, notamment au niveau socio-économique.

Mais Marzouki n’a évoqué aucune piste concrète pour remédier à ces problèmes. Un manque qui souligne que les prérogatives du nouveau chef de l’État, telles que définies par la petite Constitution, sont très limitées. Hamadi Jebali, qui sera chargé mercredi de constituer un nouvel exécutif, deviendra de fait le réel homme fort du pays. Le décryptage de son discours sera essentiel pour comprendre l’orientation que prendra la Tunisie dans les prochains mois, en marge de l’écriture d’une Constitution par l’Assemblée.

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Par Frida Dahmani, à Tunis