Politique

Côte d’Ivoire : affaire Guiai Bi Poin, les dessous d’une libération

Pourquoi le général Guiai Bi Poin a-t-il été arrêté avant d’être inculpé de crimes économiques – un chef d’accusation presque bénin pour un sécurocrate du régime Gbagbo ? De quelles négociations internes au pouvoir de Ouattara a-t-il été l’objet ? Et quel avenir désormais pour l’ancien commandant du très redouté Cecos ? Éléments de réponse.

Mis à jour le 28 décembre 2011 à 16:56

Guiai Bi Poin devrait finir sa carrière en toute dignité dans l’administration Ouattara. © D.R.

Après cinq mois passés dans les geôles de la maison d’arrêt et de correction d’Abidjan (Maca), le général de gendarmerie Georges Guiai Bi Poin, ex-commandant du Centre de commandement des opérations de sécurité (Cecos), l’unité d’élite gardienne du régime de l’ex-président ivoirien Laurent Gbagbo, a recouvré la liberté mardi soir, à la suite d’une audition expéditive au cabinet de la magistrate Makouéni Cissé, doyenne des juges d’instruction du tribunal de première instance d’Abidjan-Plateau.

Mis aux arrêts le 20 août sur instructions du colonel Vako Bamba, commandant en second de la gendarmerie nationale, le général Guiai Bi Poin, surnommé « le Blanc » ou, du temps de Gbagbo, « le chérif » d’Abidjan, passera les fêtes de fin d’année auprès des siens. Même si cette remise en liberté n’est que conditionnelle, elle soulève de nombreuses questions.

Charnier

Le jour de son arrestation en août, les autorités de la gendarmerie avaient fait état de la présence d’un charnier à l’école de gendarmerie d’Abidjan, dont Guiai Bi Poin était le directeur. Mais l’Opération des Nations Unies en Côte d’Ivoire (ONUCI) et la Force Licorne, opération de l’armée française dans le pays, n’avaient pas réussi à certifier la véracité des faits qui avaient été rapportés. Sur quelle base l’ont-ils donc été ?

Finalement, les charges imputées à l’ancien patron du Cecos seront requalifiées en crimes économiques (atteinte à l’économie nationale, vols à main armée…), et il sera dans un premier temps incarcéré au camp des commandos de la gendarmerie de Koumassi (quartier sud d’Abidjan), avant d’être transféré à la Maca. Une détention qui était intervenue au moment où le Chef de l’État Alassane Ouattara et son Premier ministre Guillaume Soro étaient à l’étranger, et qui avait fait des vagues au sein du pouvoir. Car Guiai Bi Poin fait partie des officiers de l’armée ivoirienne proches de Laurent Gbagbo qui avaient conclu un « deal »  avec le nouveau régime, en échange d’une collaboration étroite. Lors de l’arrestation de Guiai Bi Poin, Soro avait donné des instructions particulières pour qu’il soit bien traité et l’un de ses conseillers avait même rassuré l’intéressé au téléphone.

Voie de garage

« Le général Guiai Bi Poin a été arrêté par méprise, explique un conseiller de Guillaume Soro qui a requis l’anonymat. Avec les généraux Edouard Kassaraté [ex-commandant supérieur de la gendarmerie, NDLR], Philippe Mangou [ancien chef d’état major des armées, NDLR], ils ont fait allégeance et promis de collaborer. Donc, ils ne devaient pas être inquiétés. Nous n’avons pas compris pourquoi il a été arrêté, mais il fallait laisser faire la justice sans immixtion du politique », assure-t-il.

Aujourd’hui, quel est l’avenir pour Guiai Bi Poin ? S’il n’est plus inquiété par la justice, il devrait  retourner à son poste de l’inspection au ministère de la défense. Une espèce de « garage » pour les officiers en fin de carrière.

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Par Baudelaire Mieu, à Abdjan