Politique

Église africaine : le coup de gueule des archevêques

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Le cardinal nigérian de Lagos, Anthony Okogie, le 11 avril 2005 au Vatican.

Le cardinal nigérian de Lagos, Anthony Okogie, le 11 avril 2005 au Vatican. © AFP

Le message du pape Benoît XVI, n’est pas tombé dans les oreilles de sourds. Quelques semaines après le voyage du souverain pontife au Bénin, des archevêques africains ont décidé de passer à l’offensive. En multipliant les condamnations à propos des violences religieuses et la corruption.

Alors que chrétiens et musulmans soufflent le vent de la discorde sur le Nigeria, le cardinal de Lagos, Anthony Okogie, et l’archevêque d’Abuja, John Onaiyekan, nient l’existence d’une quelconque guerre de religion et multiplient les appels au calme. De leur point de vue, il y a un seul responsable du chaos dans le  pays : le gouvernement, incapable de prendre de bonnes mesures économiques.

Echos de Rome

Une nouvelle posture qui intervient quelques semaines après la visite béninoise du pape Benoît XVI au mois de novembre. Celui-ci avait remis aux évêques l’exhortation du synode africain de 2009 leur recommandant de s’engager pour la réconciliation, la justice et la paix, au-delà des clivages ethniques.

Le synode de 2009 est un document dont la rédaction a été influencée par le génocide du Rwanda en 1994 où les réflexes ethniques l’avaient emporté sur le dialogue, même dans le haut clergé. Afin que cela ne se reproduise pas, Rome souhaite introduire de la clarté dans l’engagement politique de l’Église et recommande un engagement non partisan pour former les jeunes générations à la bonne gouvernance et rappeler des valeurs de l’Évangile.

Et la voix de Benoît XVI semble avoir trouvé des caisses de résonnances un peu partout sur le continent, comme en RDC, où la réélection de Joseph Kabila dans ses fonctions a été entachée par les accusations de fraudes. Aux voix contestataires de l’opposition s’est ainsi jointe celle du cardinal Laurent Monsengwo, qui n’a pas hésité, dès décembre, a qualifier les conditions du scrutin comme n’étant pas « conformes ni à la vérité ni à la justice ». Dans un climat social et politique sous haute tension, la conférence épiscopale a lancé jeudi dernier une missive au titre explicite : « Le courage de la vérité ». Si elle ne demande pas l’annulation des élections présidentielle et législatives, elle appelle néanmoins à ce que les erreurs de la commission électorale soient « corrigées ».

Au même moment, au Burkina Faso, l’archevêque de Ouagadougou, Philippe Ouédraogo, s’est opposé officiellement à une révision de la Constitution qui pourrait conduire Blaise Compaoré à briguer un nouveau mandat. Au Sénégal, c’est le cardinal sénégalais Adrien Sarr qui s’est illustré en critiquant un gouvernement  impuissant à œuvrer pour la paix en Casamance, tandis qu’au Cameroun, le cardinal retraité Christian Tumi n’a pas hésité pas à dénoncer la corruption du régime de Paul Biya, justifiant par les actes son prix de l’intégrité décerné par l’ONG Transparency International (TI).

« Problématiques complexes »

Pour Mario Giro, expert africain de la Communauté Sant’Egidio, l’Église africaine, « qui a oeuvré fortement à la démocratisation des années 90, a encore un grand rôle à jouer pour les droits de l’homme et la justice économique ».

Mais le père togolais Ballong Wen Mewuda de Radio Vatican n’est pas aussi optimiste. S’il reconnaît que le prestige de patriarches peut parfois sérieusement bousculer les dictateurs, leur rôle, selon lui, relève souvent de la « mission impossible ». « L’évêque doit être la voix des sans voix et dire à la société ce qui ne va pas. La génération des évêques actuels en est plus consciente, mais les problématiques sont souvent plus complexes qu’après les indépendances », ajoute-il.

Et ces dernières années, ce sont bien les affaires de corruption et de mœurs qui ont éclaboussé l’Église. Liens de parenté, appartenance ethniques ou tout simplement mallettes de billets ont pu conduire un bon nombre d’homme de foi à franchir la ligne rouge. C’est ainsi que les anciens archevêques de Cotonou et de Bangui, Marcel Honorat Agboton et Paulin Pomodimo, ont été démis de leur fonction.

« La qualité a chuté »

« Malgré des exemples de courage, la qualité moyenne des évêques a chuté, alors que le rôle des laïcs est plus positif. Les grandes figures des années 90 ont disparu. Ils ont des problèmes de discipline, le Vatican est en train de faire un nettoyage », juge une source proche du Vatican qui a requis l’anonymat.

Ainsi au Gabon les évêques sont souvent jugés trop proches du président Ali Bongo, et en Côte d’Ivoire, pendant la crise postélectorale, ils sont apparus divisés, à l’image du pays. Dans certains pays, le Vatican a même été contraint de nommer des évêques blancs, faute de candidats de confiance.

(Avec AFP)
 

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