Politique

Révolution tunisienne : une fête du 14 janvier teintée d’inquiétude

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Des milliers de personnes sont rassemblées le 14 janvier 2012, avenue Bourguiba à Tunis.

Des milliers de personnes sont rassemblées le 14 janvier 2012, avenue Bourguiba à Tunis. © AFP

Le premier anniversaire de la révolution tunisienne se déroule sous haute tension. Malgré les avancées démocratiques, le ras le bol général se fait sentir en Tunisie, sur fond de divisions politiques et politiciennes.

Aquis indéniable de la révolution, la Tunisie a été le premier pays arabe à entrer en démocratie. Mais un an après la chute de la dictature de Ben Ali, la plupart des Tunisiens n’ont pas vraiment le cœur à la fête. Avec une situation économique critique, le nouveau gouvernement issu des urnes est confronté aux revendications des régions intérieures du pays en matière de réduction de la fracture sociale et de plein emploi. Kasserine, Thala, Sidi Bouzid, ou Gafsa ne veulent plus de promesses et somment l’exécutif de leur répondre par des actions à effets immédiats.

Le Premier ministre Hamadi Jebali, lors de son discours d’investiture avait annoncé 600 000 emplois d’ici à 2015, mais la relance de la machine économique reste tributaire du retour au calme dans les régions. « Annoncer une croissance de 4,5 % alors que les indicateurs économiques sont en chute libre et que les effets de la crise mondiale se font sentir est imprudent », souligne Olfa Arem, vice présidente de l’association « Engagement citoyen » qui travaille sur le développement durable des régions tunisiennes.

Confusion

Autre motif d’inquiétude pour les Tunisiens : la confusion semée dans les esprits par une nouveauté démocratique, le pluralisme politique. Le lent démarrage des travaux de l’Assemblée Constituante, élue depuis le 23 octobre, inquiète la société civile qui tient à ce que la rédaction de la Constitution n’excède pas une année comme prévu, tandis qu’une partie de l’opinion publique est critique à l’encontre du gouvernement, composé principalement par des membres du parti islamiste Ennahdha, majoritaire aux élections, mais aussi du Congrès pour la république (du président tunisien Moncef Marzouki) et d’Ettakatol (du président de l’Assemblée nationale Mustapha Ben Jaafar).

Nombreux sont ceux qui accusent l’exécutif d’être partisan et de confondre activisme et action gouvernementale. L’apprentissage de la gouvernance ne se fait pas sans mal et les maladresses sont légions. On reproche notamment au gouvernement de ne pas prendre de décisions fermes face à l’émergence de groupuscules islamistes dans l’espace public ; de n’avoir pas statué sur le blocage, depuis six semaines, de la faculté de la Manouba par des salafistes exigeant l’autorisation du port du niqab ; et de n’avoir reconnu l’existence d’un fief salafiste, à Sejnane, au nord du pays, seulement après que la Ligue tunisienne des droits de l’homme (LTDH) et la presse aient dénoncé les agressions de dizaines de citoyens.

Indépendance des médias

Outre la question salafiste, on suspecte le gouvernement de tenter de dépasser ses prérogatives et de réduire l’indépendance des médias publics en nommant non seulement de nouveaux directeurs mais aussi des rédacteurs en chef. La police et les magistrats sont également mécontents. Au moment où ils amorcent la mise en œuvre de leurs réformes, les autorités font planer le doute quant à leur probité. Les forces de l’ordre n’acceptent pas par exemple le limogeage du colonel Moncef Lajimi, en charge des brigades d’intervention spéciales, et les magistrats refusent d’être taxés de laxisme après avoir relâché, faute de preuves, les auteurs supposés du saccage du siège du Gouvernorat de Jendouba, le 3 janvier.

Chacun manifeste sa colère dans la rue, mais les tensions sont fortement exacerbées par la présence du service d’ordre d’Ennahdha lors des manifestations. « Où sont les forces de l’ordre républicaines ? Cette milice n’a pas à intervenir contre les manifestants », fustigent régulièrement les membres de la société civile. Mais l’opinion publique s’inquiète surtout d’un exécutif censé accompagner les travaux de la Constituante et qui se revendique de la légitimité des urnes pour entamer des programmes qui ressemblent plus à des plans quinquennaux qu’à une politique d’urgence à durée limitée.

En coulisses, les opposants estiment cependant que le Gouvernement montre des signes de faiblesses en ne prenant pas position sur la question salafiste, ou en multipliant les ballons d’essai et en se rétractant sur de nombreux sujets. La bonne entente entre les trois partis alliés à la tête de l’État semble en outre n’être qu’apparente. « Pour être crédible, une certaine cohérence est nécessaire ainsi que de la fermeté », fustige par exemple un membre du Congrès pour la république (CPR).
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Par Frida Dahmani, à Tunis

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