Politique

Candidature d’Abdoulaye Wade : cinq « sages » en première ligne au Sénégal

Wade est sûr que la validation de sa candidature par le Conseil constitutionnel est aquise. © Filippo Montegorte/AFP

Les membres du Conseil constitutionnel se sont prononcés vendredi sur la validité de la candidature du président sortant, Abdoulaye Wade, à l’élection présidentielle du 26 février prochain. Retour sur le parcours de ces cinq "sages", dont la plupart sont soupçonnés par l'opposition sénégalaise d'accointance avec le pouvoir.

Mis à jour à 23 heures 40

Après plusieurs mois de débats sur la validité ou non de la candidature d’Abdoulaye Wade, les cinq membres du Conseil Constitutionnel ont tranché ce vendredi 27 janvier : Abdoulaye Wade sera bien candidat à la présidentielle du 26 février prochain. Fin du suspense. Ces derniers mois, le débat politique avait tourné de manière quasi exclusive autour de cette seule question : Wade peut-il se représenter ?

Les cinq « sages » devaient en décider dans une ambiance électrique (pour éviter toute pression, le ministère de l’Intérieur avait interdit les manifestations publiques à compter de vendredi matin, mais a fait finalement marche arrière en les autorisant). Pas de quoi les effrayer, assurait pourtant un de leurs conseillers : « Il y a là trois magistrats très expérimentés, un inspecteur général et un universitaire, et tous, à l’exception d’un, qui a 56 ans, ont plus de 60 ans. Autant dire que la pression, ils connaissent ». Mais l’opposition veut voir dans le parcours de chacun d’entre eux une preuve de leur allégeance au pouvoir.

Il en va ainsi de Siricondy Diallo : cet inspecteur général d’État a été nommé en 2006 au Conseil Constitutionnel. C’est lorsqu’il dirigeait l’Inspection générale, c’est lui qui a eu à vérifier les dépenses effectuées par Idrissa Seck, alors Premier ministre, à l’occasion des chantiers de Thiès – un rapport qui lui vaudra à ce dernier de passer sept mois en prison, avant d’être blanchi. Ouvert au dialogue, il assure ne pas subir de pression.

Mouhamed Sonko est dans la même situation que Diallo : difficile de savoir vers quel camp politique il penche, même si l’opposition l’a déjà classé dans celui de Wade. Nommé en 2009, ce magistrat, ancien président du Conseil d’État, a longtemps fréquenté les ministères (souvent en tant que conseiller) à l’époque socialiste. Il est dépeint par ses confrères de la magistrature comme un homme soucieux de sa carrière.

Malick Chimère Diouf peine lui aussi à se défaire de l’image du magistrat aux ordres. Il fut l’avocat général qui requit, en 1993, la peine capitale contre Clédor Sène dans l’affaire relative à l’assassinat de Me Babacar Sèye, le vice-président du Conseil constitutionnel abattu en plein Dakar. Sa carrière, jugent ses détracteurs, est entachée par son manque de pugnacité pour connaître la vérité sur les commanditaires de cet assassinat politique.

On sait que notre décision mécontentera forcément un camp. Mais on tranchera en notre âme et conscience.

Isaac Yankhoba Ndiaye, Membre du Conseil constitutionel

Les deux derniers sont les plus exposés. De par leur fonction, et surtout de par leur réputation. Isaac Yankhoba Ndiaye est le seul à recueillir les faveurs de l’opposition – à tort ou à raison. Le vice-président du Conseil est le doyen de la faculté de droit à l’université Cheikh Anta Diop, mais c’est le plus jeune des cinq « sages ». Nommé en 2009, il jouit d’une image d’homme intègre et indépendant. « C’est un esprit libre », convient un de ses collègues à l’université. C’est aussi le plus compétent en matière de droit constitutionnel (bien qu’il n’en soit pas un spécialiste), et il fut chargé, il y a quelques mois, d’étudier avant l’heure le cas Wade. « On sait que notre décision mécontentera forcément un camp », glisse-t-il en privé. « Mais on tranchera en notre âme et conscience ».

Quant à Cheikh Tidiane Diakhaté, le président du Conseil, il attire tous les regards, tous les commentaires et toutes les suspicions. La pression, celui qui a été nommé à la tête de l’institution en août 2010 a appris à la dompter. Ces vingt dernières années, tous les dossiers chauds sont passés entre ses mains de magistrat : l’assassinat de Me Babacar Sèye, en 1993, et le massacre des policiers au boulevard du Centenaire en 1994 (en sa qualité de juge d’instruction), deux affaires qui avaient valu à Wade, alors dans l’opposition, de passer quelques jours en prison ; l’affaire des chantiers de Thiès en 2005 (en tant que président de la Haute cour de justice) qui fut à l’origine de la chute d’Idrissa Seck ; les élections locales contestées par l’opposition en 2009 (qu’il a eu à superviser en tant que président de la Cour d’appel de Dakar)… Ses détracteurs disent de lui qu’il a toujours servi avec zèle les pouvoirs en place. « Il a la réputation d’un magistrat aux ordres », soutient un juriste. Lui nie toute accointance avec Wade. Homme très pieux, selon ses proches, il assure en outre ne pas pouvoir peser sur les autres membres du Conseil.

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Par Rémi Carayol, à Dakar

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