Société

Pape Diouf : « Le Sénégal à la CAN 2012, un échec collectif »

Mis à jour le 1 février 2012 à 08:15

L’ancien président franco-sénégalais de l’Olympique de Marseille (OM) a été surpris par la brutale élimination des Lions de la Teranga dès le premier tour de la CAN 2012. Mais Pape Diouf, qui commente la compétition pour Orange est favorable au maintien d’Amara Traoré à la tête du Sénégal, à condition de tirer les conséquences de cet échec.

Jeune Afrique : Pape Diouf, même dans vos pires cauchemars, une sortie de route aussi rapide était-elle envisageable ?

Pape Diouf : J’ai été comme tout le monde très surpris par cette élimination. Le Sénégal était un des favoris de la CAN, et au bout de deux rencontres, il était déjà hors-course. Et chronologiquement, il a été le premier des favoris à être éliminé, avant le Maroc. D’où un certain retentissement…

Dès le premier match, contre la Zambie (1-2), le Sénégal a semblé à côté de son sujet. A-t-il pris son adversaire de haut ?

C’est ce qu’a déclaré le défenseur Souleymane Diawara après la rencontre. Cette explication vaut ce qu’elle vaut. Le Sénégal était favori, mais le football reste le jeu du Diable, et il aime ne pas donner raison aux pronostics des hommes. Mais le Sénégal a aussi manqué de réussite, tant contre la Zambie que la Guinée Équatoriale (1-2). Ces deux matchs, il peut ne pas les perdre. Et cela aurait pu changer la suite des évènements…

Mais il existe d’autres raisons à cet échec !

Le football reste le jeu du Diable, et il aime ne pas donner raison aux pronostics des hommes.

Peut-être que certains joueurs n’étaient pas assez affûtés. Je pense à Mamadou Niang, qui a opté pour un championnat mineur, celui du Qatar. On a vu que d’autres manquaient de rythme, d’explosivité. En fait, le Sénégal, après sa défaite contre la Zambie, était comme un boxeur sonné. Il ne s’attendait tellement pas à une telle entrée en matière ! Et très vite, il s’est retrouvé avec une grosse pression. Il lui a manqué une vraie capacité de réaction.

Aujourd’hui, c’est le sort d’Amara Traoré, le sélectionneur, qui pose question. Êtes-vous favorable à son maintien à la tête des Lions ?

L’échec n’est pas celui d’un homme, mais d’un collectif tout entier. Bien sûr, la responsabilité du sélectionneur est accrue. Je suis d’autant plus à l’aise pour parler du cas Traoré que j’avais milité pour qu’il soit nommé sélectionneur [en décembre 2009, NDLR]. Et je persiste à croire que c’est un très bon entraîneur. Il a fait du bon travail à la tête des Lions, mais il doit analyser les raisons de cet échec. Sur certaines images, je l’ai vu désemparé, c’est vrai. S’il peut rester à son poste, tant mieux. Si c’est le cas, j’espère qu’il  pourra travailler sereinement.

Amara Traoré a des qualités, je pense qu’il faut lui faire confiance.

L’Afrique est paradoxale : elle réclame  des sélectionneurs locaux, mais au premier faux-pas, elle ne veut plus d’eux !

Vous avez raison. L’impatience et l’empressement des médias, des supporteurs et des officiels sont des problèmes. Et personnellement, je suis convaincu qu’il faut laisser leur chance aux locaux. Le Sénégal a des échéances importantes avec les éliminatoires de la Coupe du Monde 2014, la CAN 2013… Amara Traoré a des qualités, je pense qu’il faut lui faire confiance.

Les tensions qui règnent au Sénégal, à l’approche de l’élection présidentielle de fin février, ont-elles pu jouer un rôle sur l’échec des Lions ?

Si le Sénégal avait gagné la CAN, ce succès aurait été récupéré politiquement.

Auprès des joueurs, je ne pense pas. Même si, avant le départ de l’équipe, le président Wade avait mis une certaine pression sur elle. J’imagine que si elle avait gagné la CAN, ce succès aurait été récupéré politiquement.

Avez-vous été approché pour éventuellement jouer un rôle auprès de la sélection ?

Approché, non. Mais je sais qu’on parle de moi à la fédération ou au ministère des Sports… Ce n’est pas la première fois, cela flatte l’égo, mais j’habite en France depuis quarante ans. Cela n’ira pas plus loin.

Quel est votre favori pour la CAN ?

La Côte d’Ivoire et le Ghana me semblent supérieurs. Mais il peut y avoir une surprise, avec le Gabon, la Guinée Equatoriale ou la Zambie, qui joue très bien…

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Propos recueillis par Alexis BIllebault