Politique

Présidence de la Cedeao : OPA bienveillante de Ouattara et Compaoré

Par - Pascal Airault
Mis à jour le 9 février 2012 à 14:10

Le futur président de la Cedeao doit être élu lors du prochain sommet des chefs d’État de l’institution, le 16 février à Abuja. Selon nos informations, le président ivoirien Alassane Outatara serait assuré de remporter le poste tandis que la présidence de la Commission reviendrait au Burkinabé Kadré Désiré Ouédraogo. Sauf surprise de dernière minute…

Le prochain sommet des chefs d’État de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), le 16 février à Abuja, devrait élire les nouveaux dirigeants de l’institution après plus de deux ans de suspens. Deux noms reviennent en boucle dans les cercles diplomatiques ouest-africains : le président ivoirien Alassane Ouattara pour la présidence de l’institution, et l’ancien Premier ministre burkinabè Kadré Désiré Ouédraogo pour celle de la Commission.

Ainsi prendrait fin, sauf nouveau coup de théâtre, la bataille que se livrent le Bénin et le Burkina Faso pour la présidence de la Commission, provisoirement occupée par le Ghanéen James Victor Gbeho depuis le départ de son compatriote Mohamed Ibn Chambas, début 2010. Pour rappel, le sommet extraordinaire de l’institution à Abuja, 18 octobre dernier, a débouché sur une impasse. Le président Abdoulaye Wade, qui lorgnait ce poste, s’est retiré de la course après avoir obtenu la présidence de la Commission de l’UEMOA, confié à Cheikh Hadjibou Soumaré, l’ancien Premier ministre sénégalais. Mais son homologue béninois, Boni Yayi, a plaidé pour une rotation par ordre alphabétique en faisant valoir que son pays n’avait jamais occupé de fonction dirigeante au sein de la Cedeao. Il proposait Jean-Marie Ehouzou, un ancien ministre des Affaires étrangères.

Goodluck Jonathan arbitre

En compétition depuis plus d’un an et demi avec le Sénégal pour l’obtention de la présidence de la Commission de la Cedeao, Blaise Compaoré a alors fait échouer la nomination du Béninois Ehouzou pour y installer Kadré Désiré Ouédraogo (en photo ci-dessous), l’ancien Premier ministre du Burkina (1996-2000), qui avait déjà occupé les fonctions de Secrétaire exécutif adjoint chargé des Affaires économiques à la Cedeao en 1985. N’ayant pas réussi à accorder leurs violons au cours de cette rencontre, les chefs d’État avaient finalement demandé à Goodluck Jonathan, président en exercice de la Cedeao, de jouer les arbitres en recevant les différentes parties afin qu’une issue soit trouvée lors d’un sommet qui devait se tenir en décembre dernier, mais a été reporté au 16 février.

C’est finalement dans le secret du huis clos des chefs d’État et de gouvernement de la Cedeao qui s’est tenu en marge du sommet de l’Union africaine, les 30 et 31 à Addis Abeba en Éthiopie, que l’avenir de l’institution ouest-africaine s’est dessiné. Le président ghanéen, John Atta Mills, a joué les bon offices et Boni Yayi a, semble t-il, accepté de retirer la candidature d’Ehouzou. Auparavant, la diplomatie burkinabé s’était mis à son service pour qu’il obtienne le poste de président en exercice de l’Union africaine.

Le Burkinabè Kadré Désiré Ouédraogo devrait donc hériter du poste de président de la commission de la Cedeao. Actuellement ambassadeur du Burkina auprès de la Commission européenne à Bruxelles, il est rompu au partenariat Afrique-Europe et se montre un fervent partisan des projets d’intégration. Le Bénin aurait quant à lui obtenu l’assurance de récupérer le poste à la fin du mandat de Ouédraogo.

Intense lobbying de la Côte d’Ivoire

Selon plusieurs sources concordantes, le huis clos d’Addis Abeba a également servi à désigner le successeur de Goodluck Jonathan, à la présidence en exercice de la Cedeao. Et il y a donc de (très) grandes chances qu’Alassane Ouattara prenne les rênes de l’institution. Depuis l’arrivée au pouvoir de Ouattara, la diplomatie ivoirienne compte jouer un rôle de leadership dans la sous-région et à fait preuve d’un intense lobbying pour obtenir le poste.

Le nouvel attelage Burkina-Côte d’Ivoire, qui a reçu l’assentiment du président nigérian Goodluck Jonathan, aura du travail pour mobiliser quinze pays aux richesses très hétérogènes autour de sujets porteurs. Les institutions chargées d’administrer la Cedeao ont plus de vingt ans de moyenne d’âge et peinent à remplir leurs principales missions. Les ressortissants de la Communauté peuvent certes circuler librement d’un pays à l’autre mais sont souvent exposés au racket des forces de l’ordre et à de multiples tracasseries.

Les ambitions de Ouattara et Compaoré

Sans compter que les échanges entre les États membres représentent moins de 10 % de leur commerce contre plus de 70 % pour l’Europe. La coopération monétaire peine à sortir des cartons des technocrates, les marchés et institutions financières sont opaques, la force armée de la Cedeao, l’Ecomog, a eu des résultats mitigés…

L’ambition de Ouattara et de Compaoré est de relancer les projets d’intégration (routes reliant les différentes capitales, interconnexion électrique, union douanière…) et faire de ce marché de près de 300 millions d’habitants – potentiellement la 20e puissance économique mondiale – un espace à même d’attirer les investisseurs privés du monde entier. Pour cela, ils devront sérieusement améliorer l’environnement économique de la zone et harmoniser les systèmes judiciaires pour rassurer et sécuriser les hommes d’affaires.