Médias

Tunisie : le directeur de « Attounissia » comparaît jeudi pour publication d’une photo de femme nue

La Une du journal Attounissia qui a causé l'arrestation de trois journalistes tunisiens. © D.R

Nasreddine Ben Saïda, le directeur du journal "Attounissia" arrêté pour avoir publié une photo de femme nue en couverture, comparaîtra devant la justice tunisienne jeudi 23 février. Les associations déplorent l’absence de liberté de la presse et réclament la libération immédiate du journaliste qui a entamé depuis samedi une grève de la faim.

« L’affaire est politique. On veut mettre la main sur la presse et lui confisquer sa liberté, surtout que notre journal est réputé pour son intégrité, sa crédibilité et sa neutralité ». C’est en ces termes que s’est exprimé Habib Guizani, le rédacteur en chef d’Attounissia, le journal tunisien dont le directeur comparaîtra jeudi  23 février devant la justice tunisienne.

Depuis le 15 février, Nasreddine Ben Saïda est détenu pour avoir publié en Une de son journal, une photo présentant le footballeur du Real Madrid, Sami Khedira (d’origine tunisienne) posant avec sa compagne, nue dans ses bras. La réaction ne s’est pas fait attendre. « Le scénario de notre arrestation a été bien orchestré », raconte, sur le site internet Tekiano, Habib Guizani, qui a lui aussi été arrêté. « On nous a dépouillés de nos affaires (…) et on a insisté à ce que le journaliste ayant traité l’article et la photo soit présent avec nous. Après avoir rédigé un procès d’arrestation, on nous a conduits, tous les trois, au centre de détention de Bouchoucha, escortés par des agents de la police, les mains menottées, comme des criminels », poursuit-il.

À l’origine publiée dans la version allemande du magazine GQ, cette photo du footballeur du Real Madrid Sami Khedira (d’origine tunisienne) posant avec sa compagne nue dans ses bras, avait été reproduite à la Une de Attounissia.

Après avoir été interrogé le lendemain par un juge d’instruction au tribunal de première instance de Tunis, le rédacteur en chef a été relâché ainsi que le journaliste. Le directeur, qui a entamé une grève de la faim samedi dernier, est quant à lui toujours détenu.

"Une première depuis l’indépendance"

« C’est un grave incident et un vrai scandale pour la justice tunisienne ! » a déploré mardi Khaled Krichi, l’avocat du prévenu, s’étonnant de « l’introduction de la justice et de la sécurité dans cette affaire ». « Nous sommes contre la publication de cette photo qui est contre nos principes arabo-musulmans mais il ne faut pas criminaliser un tel acte », a-t-il ajouté.

L’arrestation d’un journaliste pour publication d’une photo – « une première depuis l’indépendance », rappelle Habib Guizani -, intervient sur la base du code pénal dans son article 121 ter, qui prévoit de six mois à cinq ans d’emprisonnement et une amende de 120 à 1 200 dinars (environ 60 à 600 euros) en cas « d’atteinte aux bonnes mœurs portant des risques de troubles à l’ordre public ». La Fédération internationale des journalistes (FIJ), qui représente 600 000 journalistes, a fustigé l’utilisation de cet article du code pénal qui va à l’encontre du code de la presse.

"Sanction disproportionnée"

« L’article 2 du Code de la presse, entré en vigueur en novembre dernier, stipule clairement l’abolition des textes précédents tels que l’article 121 ter mis en place par le régime Ben Ali », s’insurge la Fédération dans une lettre adressée au « Triumvirat » qui dirige actuellement le pays, Moncef Marzouki, Hamadi Jebali et Moustapha Ben Jaafar. L’association a appelé à la libération immédiate de Nasreddine Ben Saïda, à la suite de l’organisation Reporters sans frontières (RSF) qui a demandé dès samedi à la justice de relâcher le prévenu.

« L’emprisonnement d’un journaliste pour la publication d’une photo est une sanction disproportionnée et inadmissible (..) il est plus que jamais temps que le gouvernement tunisien assume ses responsabilités et commence à activer les lois relatives à la liberté de la presse », demande la FIJ. « L’affaire de "Attounissia" a dévoilé le vrai visage du gouvernement actuel qui veut imposer un diktat multidimensionnel sur le peuple tunisien », conclut de son côté Habib Guizani.

 

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