Politique

Les États-Unis pour « un Maghreb fort et unifié »

Du 24 au 26 février 2012, Hillary Clinton se rend en Tunisie, en Algérie et au Maroc. © AFP

Ambassadeurs des États-Unis à Rabat et Alger, Samuel L. Kaplan et Henry S. Ensher évoquent les enjeux de la politique américaine dans le Maghreb au moment où Hillary Clinton est en visite dans la région, passant par la Tunisie, l’Algérie et le Maroc. Interview croisée.

Juriste de formation, Samuel L. Kaplan est en poste à Rabat depuis 2009 en qualité d’ambassadeur et de représentant personnel du président Barack Obama. Nommé il y a moins d’un an dans la capitale algérienne, Henry S. Ensher avait auparavant passé dix années en Afghanistan et en Irak. Jeune Afrique les a encontrés dans la résidence de l’ambassadeur sur les hauteurs d’Alger. À l’heure ou la secrétaire d’État Hillary Clinton entame une mini-tournée maghrébine, de Tunis à Rabat en passant par Alger, les deux diplomates reviennent sur l’actualité qui prévaut sur la scène maghrébine.

Jeune Afrique : Quelle est la nature des relations qu’entretiennent les États-Unis avec le Maroc et l’Algérie ?

Samuel L. Kaplan : Les relations entre le Maroc et les États-Unis sont excellentes. Les Marocains n’hésitent pas à rappeler que leur pays a été le premier à reconnaître les États-Unis suite à l’adoption de la déclaration d’indépendance. Nos deux pays sont donc liés par une longue amitié. Nos gouvernements respectifs travaillent sur plusieurs dossiers, notamment la lutte antiterroriste et la coopération en matière de défense. Le Maroc est notre allié stratégique. Les principes de base de la démocratie existent au Maroc. C’est ce qui fait de ce pays une monarchie démocratique. Des progrès ont été réalisés, bien qu’il reste encore des défis à relever.

Les principes de base de la démocratie existent au Maroc. C’est ce qui fait de ce pays une monarchie démocratique.

Henry S. Ensher : Les relations entre l’Algérie et les États-Unis d’Amérique sont correctes. Le rôle de l’ambassade  ne se limite pas à représenter le gouvernement, nous représentons également le peuple américain. C’est pourquoi l’ambassade des États-Unis à Alger accorde un grand intérêt à la société civile algérienne.

Le réformes engagées au Maroc n’ont pas permis l’instauration d’une monarchie constitutionnelle, comme le revendique une partie de l’opinion publique…

SLK : Je ne pense pas que le Maroc puisse accéder un jour au statut de monarchie constitutionnelle. Dans cette dernière, le roi ne dispose que d’un pouvoir symbolique. Il serait difficile d’imaginer cela au Maroc. La nouvelle Constitution assure un partage du pouvoir entre le roi et le gouvernement. Aujourd’hui, les Marocains appellent leur concept « monarchie démocratique ». Je reconnais que je n’ai jamais entendu ce terme auparavant. Reste que le roi est très respecté et les marocains souhaitent que le monarque garde le pouvoir. Mais ils souhaitent également qu’il partage certaines de ses prérogatives avec le gouvernement. Le roi est le leader religieux du pays, on lui attribue aussi la qualité de « Commandeur des Croyants ». Il est également le chef des Forces armées. Je ne pense pas que Mohamed VI renoncerait un jour à ces deux fonctions.

En Algérie, on annonce une victoire des islamistes aux élections législatives du 10 mai 2012. Actuellement, la désignation du pouvoir exécutif est du ressort exclusif du chef de l’État. Pensez-vous que le président Bouteflika doit désigner un Premier ministre même s’il est issu du courant islamiste ?

HSE : Je suis sûr que le gouvernement et le peuple algériens ne souhaiteraient pas qu’un étranger fasse une analyse ou des prévisions sur un scrutin. Le plus important c’est d’avoir une participation massive et que ces élections soient libres, équitables et transparentes. Nous nous félicitons de la décision du gouvernement algérien d’inviter des observateurs étrangers. Nous soutenons le principe consistant à permettre aux Algériens d’avoir le gouvernement qu’ils souhaitent. L’essentiel est que le processus soit démocratique et non-violent.

Un Maghreb fort économiquement et unifié est dans l’intérêt des Etats-Unis, surtout en matière de coopération sécuritaire.

SLK : Je me permets une précision à ce sujet. Le Maroc a connu un progrès au sujet du rôle du Premier ministre. Auparavant, le roi désignait le Premier ministre sans pour autant que ce dernier soit forcément issu du parti majoritaire à l’Assemblée. Désormais, cette disposition est inscrite dans la nouvelle Constitution.
Nous assistons depuis quelques mois à un rapprochement entre le Maroc et l’Algérie. On annonce une réouverture imminente des frontières entre les pays. Cette réouverture pourrait-elle coïncider avec la visite maghrébine d’Hillary Clinton ?

SLK : Les efforts pour un rapprochement entre les deux pays sont encourageants. Les rapports entre l’Algérie et le Maroc sont diplomatiquement corrects. Il est important que l’amitié entre les deux pays soit renforcée. Mais je souligne que nous ne sommes que des observateurs. Uniquement des observateurs. Cependant, nous n’avons aucune information sur le fait que la visite de Mme Clinton puisse coïncider avec la réouverture de la frontière algéro-marocaine.

HSE : Le gouvernement américain soutien le rapprochement entre les deux pays, notamment dans le cadre de l’Union du Maghreb Arabe (UMA). Un Maghreb fort économiquement et unifié est dans l’intérêt des Etats-Unis, surtout en matière de coopération sécuritaire.

Dans un espace aussi restreint que le Maghreb, pensez-vous qu’il y ait de la place pour deux leaders ?

SLK : (rires) je pense qu’il y a de la place pour quatre, cinq leaders…

HSE : Partenaires, je préfère le terme partenaires. La relation entre les pays du Maghreb doit être basée sur un consensus et des intérêts communs.

Pour lutter activement contre le terrorisme, les pays de la sous-région du Sahel ont lancé un Comité d’état-major opérationnel conjoint (Cemoc). Selon vous, le Maroc doit-il intégrer cette initiative ?

S’il y a deux pays qui ont les ressources pour coopérer, ce sont bien l’Algérie et le Maroc.

SLK : Encore une fois, nous affirmons que c’est aux pays de la région de décider avec quel partenaire, quel pays ils doivent coopérer. Mais s’il y a deux pays qui ont les ressources pour coopérer, ce sont bien l’Algérie et le Maroc. Ils ont l’expertise, les équipements et entretiennent des rapports avec des services de renseignements au niveau mondial. Le plus important n’est pas d’être membre du Cemoc, ou de toute autre institution ou association. L’essentiel consiste à trouver les moyens nécessaires pour travailler ensemble.

L’Algérie est opposée à l’entrée du Maroc au Cemoc car ce dernier n’a pas de lien direct avec le Sahel. Il y a aussi le problème de la drogue qui servirait au financement d’Aqmi…

HSE : Dans une telle situation, les éléments les plus importants sont l’engagement et le dialogue entre les deux parties. À titre d’exemple, les relations qu’entretiennent les États-Unis avec le Mexique sont extrêmement importantes mais difficiles en même temps. Le dialogue est le seul moyen pour faire face à ces difficultés. C’est ce qui doit prévaloir entre le Maroc et l’Algérie.

Pour ce qui est du dossier du Sahara occidental, pensez-vous que son règlement doit passer par l’application stricte des résolutions des Nations Unies ou bien faut-il privilégier une solution « négociée »?

SLK : Bien entendu. Nous soutenons l’application des résolutions des Nations Unies et nous soutenons les négociations pour parvenir à une solution mutuellement acceptable, pacifique et durable. C’est la solution la plus logique.

______

Par Tarek Hafid, à Alger
 

Newsletter :
déjà 250 000 inscrits !

Recevez chaque jour par email,
les actus Jeune Afrique à ne pas manquer !

Votre magazine JEUNE AFRIQUE

consultable sur smartphone, PC et tablette

Couverture

Profitez de tous nos contenus exclusifs en illimité !

Abonnez-vous à partir de 7,99€

Déjà abonné(e) ? Accédez au kiosque

Abonnez-vous à la version papier

Fermer

Je me connecte