Politique

Françafrique : Hollande ou Sarkozy, le grand débat

À deux mois de l’élection présidentielle, Alain Juppé, ministre des Affaires étrangères de Nicolas Sarkozy, et l’académicien Jean-Christophe Rufin, partisan de François Hollande, croisent le fer dans le n°2668 de Jeune Afrique, à paraître lundi 26 février. Enjeu du duel : le cadavre de la Françafrique…

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Mis à jour le 24 février 2012 à 14:28

Une interview à triple détente à lire dans le dernier numéro de Jeune Afrique, avec celle d’Alain Juppé. Il y a tout d’abord le ministre des Affaires étrangères qui livre ses vérités, et dresse un bilan plutôt flatteur de son année passée au Quai d’Orsay. Une année placée sous le signe de l’interventionnisme en Afrique. La Libye : « Notre seule priorité était de porter secours à la population de Benghazi. » La Côte d’Ivoire : « Nous sommes très fiers de l’ovation réservée à Sarkozy lors de l’investiture de Ouattara. » Les islamistes au Maghreb, qu’il s’agisse du Conseil national de transition (CNT) libyen, du parti Ennahdha en Tunisie ou du Parti de la justice et du développement (PJD) au Maroc : « Des gens avec qui on peut parler. »

Il y a aussi le chef de la diplomatie française qui envoie des messages à Blaise Compaoré – « qui m’a assuré au téléphone que rempiler n’était pas dans ses intentions » – ou bien encore à Abdoulaye Wade  – « il y a dans toute démocratie des moments où il faut bien organiser un passage de générations ».

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"Soit la France achève la décolonisation", soit elle est "balayée"

Et puis il y a Alain Juppé, parti à la bataille pour le candidat à la présidentielle, Nicolas Sarkozy. Morceaux choisis : « L’apport du candidat socialiste dans le débat international est proche de zéro. (…) Les rares prises de position de François Hollande ou de son porte-parole Laurent Fabius ne sont qu’un mauvais copier-coller de ce que nous faisons. »

Face au ministre, un académicien donne la réplique. Jean-Christophe Rufin est une sorte de Romain Gary des temps moderne. Médecin de formation, humanitaire par engagement, écrivain par passion, il aura été diplomate en Afrique, le temps d’un séjour à Dakar de près de trois ans comme ambassadeur, avant qu’Abdoulaye Wade ne demande et obtienne son départ, en juin 2010. En cause, son franc-parler sur la gouvernance du président sénégalais.

De cette expérience, M.Rufin a notamment tiré un roman, Katiba, et quelques certitudes. La Françafrique a encore de beaux restes, et les promesses sarkoziennes de rupture se sont perdues dans les entrelacs des réseaux remontant jusqu’à l’Elysée. Pour autant, celui qui fut un conseiller écouté de Martine Aubry durant la primaire socialiste s’interroge sur les capacités de François Hollande à mener une autre politique africaine. « Il n’est pas encore possible de le dire car ni l’équipe de campagne, ni ses déclarations ne sont véritablement convaincantes. » Et de conclure : « Soit la France achève la décolonisation et mène en Afrique une politique cohérente avec les autres européens, respectant la démocratie là où elle existe et soutenant ceux qui se battent pour l’établir là où elle fait défaut, et elle a un avenir en Afrique ; soit elle tente de s’accrocher à ses vieux réseaux d’affairistes et d’autocrates, et elle sera balayée. » Voilà un programme convaincant.

 

Lire "France-Afrique : le grand débat" dans J.A. n° 2668, en kiosques du 26 février au 4 mars 2012.