Politique

France – Algérie : Sarkoy réitère son refus de la repentance

Mis à jour le 9 mars 2012 à 12:45

En visite à Nice dans le sud de la France, le président et candidat à la présidentielle française Nicolas Sarkozy s’est adressé aux Harkis et aux rapatriés d’Algérie, à quelques jours du 50e anniversaire de la signature des accords d’Évian. Interrogé par le journal « Nice Matin », le chef d’État avait donné dans la matinée un avant-goût de son discours… plutôt éloquent.

« Où est la responsabilité de la France ? D’avoir été une puissance coloniale ou d’avoir accepté un processus de décolonisation en Algérie comme toutes les puissances coloniales ont, partout, été contraintes de le faire ? La France ne peut pas être coupable de tout et de son contraire. La France assume son Histoire, c’est tout », a déclaré le président français Nicolas Sarkozy dans les colonnes du quotidien Nice Matin daté du vendredi 9 décembre. Des propos qui interviennent à quelques jours du 50e anniversaire des accords d’Évian, lesquels ont mis fin à la guerre d’Algérie, mais aussi à quelques heures de la visite du  chef de l’État et candidat à la présidentielle française à Nice, ce vendredi. Il devait y rencontrer des rapatriés et des harkis, qu’il a qualifié d’« acteurs mais aussi (les) victimes de cette période de notre histoire », même si « la guerre a aussi meurtri les Algériens ».

« On a parqué les harkis dans des baraquements, on a demandé aux pieds-noirs de se faire oublier et de n’embarrasser personne de leurs souvenirs. Ce que je suis venu dire, ici à Nice, c’est que les harkis comme les rapatriés incarnent une partie de la mémoire de notre pays et que cette mémoire doit être connue et qu’elle a droit au respect », a ajouté le président. Un message dans la lignée de la proposition de loi du parti présidentiel, adoptée par l’Assemblée nationale le 20 février.

"Carte électorale"

La loi prévoit que les formations supplétives sont considérées comme faisant partie des forces armées. Et donc qu’au regard de l’application de la loi de 1881 sur la liberté de la presse – qui punit la diffamation et les injures – les associations de défense des harkis et de leurs descendants peuvent se porter partie civile et réclamer 12 000 euros d’amende pour insulte ou 45 000 euros pour diffamation.

Ces abus, ces atrocités ont été et doivent être condamnés, mais la France ne peut pas se repentir d’avoir conduit cette guerre.

La proposition de loi avait suscité la colère de l’autre côté de la méditerranée. Elle « ne vise qu’à imposer l’image d’un colonialisme civilisé », avait estimé le Premier ministre algérien Ahmed Ouyahia. « 50 ans après l’indépendance, ils glorifient dans une tentative électoraliste les harkis après les avoir parqués et oubliés un demi-siècle. Nous avons nos martyrs, vous avez vos traîtres ! », avait-il clamé à Oran le 18 février, lors de la célébration du 15e anniversaire de la création de son parti. « Le colonialisme français a été sauvage et barbare, du début jusqu’à sa fin et l’Histoire ne peut et ne doit retenir que ces aspects », avait-il ajouté, fustigeant l’utilisation de l’Histoire comme « carte électorale ».

Pas sûr que les propos du président français dans Nice Matin plaisent d’avantage en Algérie, malgré un plaidoyer pour la franchise. « Nous devons regarder ce passé en face. Il fait partie de notre Histoire, rien ni personne ne pourra l’effacer », a martelé le président français. Avant d’ajouter ces quelques mots au sujet de la responsabilité française dans les massacres en Algérie : « Des atrocités ont été commises de part et d’autre, a-t-il concédé. Ces abus, ces atrocités ont été et doivent être condamnés, mais la France ne peut pas se repentir d’avoir conduit cette guerre ».