Politique

Guinée équatoriale : le prix Obiang Nguema validé à l’Unesco

Le président Obiang Nguema a toujours dénoncé un "deux poids deux mesures" dans la controverse. © Eric Feferberg/AFP

Le prix de l'Unesco doté par la Fondation Obiang Nguema Mbasago pour la préservation de la Vie a été finalement validé vendredi 8 mars. Au prix d'une controverse de plusieurs années, dont la Guinée équatoriale se serait bien passée.

Le 8 mars, par 33 voix contre 18 et 7 abstentions, la création du « Prix international Unesco-Guinée équatoriale pour la recherche en sciences de la vie » a finalement été approuvée. La répartition des suffrages traduit l’ampleur et la portée de la polémique suscitée par cette nouvelle distinction : les quatorze États d’Afrique siégeant au Conseil ont voté unanimement en sa faveur, tandis que les treize États d’Europe occidentale et les États-Unis s’y sont tous opposés.

Les pays du continent ont manifesté ainsi leur soutien au chef d’État équato-guinéen, président en exercice de l’Union africaine jusqu’au début 2012, et au seul prix Unesco doté par un pays africain. Déjà empêtrée dans de graves difficultés financières, l’Unesco se serait bien passée de la polémique sans précédent sur la création de ce prix proposé par la Fondation Obiang Nguema Mbasago pour la préservation de la Vie, dont les statuts avaient pourtant été approuvés par le Conseil exécutif de l’organisation en 2008. Doté de 3 millions d’euros, celui-ci a pour but de récompenser la recherche en sciences de la vie.

Indignation des ONG

Mais depuis le début, la création du prix a déclenché l’indignation de nombreuses ONG et de personnalités qui l’ont dénoncé comme contraire à la mission de l’agence. « Le prix UNESCO-Obiang est entaché de façon irréversible par son association avec la répression et la corruption de haut niveau du gouvernement du président Obiang », a affirmé l’archevêque sud-africain Desmond Tutu, lauréat du Prix Nobel de la Paix.

La création – ou l’abolition – du prix a donc été l’un des enjeux majeurs de la 189e session du Conseil exécutif, qui s’est clôt vendredi. Le 27 février, premier jour de la réunion, un communiqué a été publié par les sept ONG mobilisée pour sa suppression (APDHE, Asociación Pro Derechos Humanos de Espan, Association Sherpa, Committee to Protect Journalists, EG Justice, Global Witness, Human Rights Watch, Open Society Justice Initiative) : « Des centaines de personnes et des dizaines d’organisations, dont un grand nombre proviennent de pays africains, se sont opposées à ce prix controversé et ont appelé à ce que le don de trois millions de dollars US attaché au prix soit plutôt utilisé pour atténuer la pauvreté généralisée en Guinée équatoriale, pays riche en pétrole. »

L’ordre du jour avait fixé l’examen de ce point sensible au 7 mars, mais il a été à nouveau repoussé au lendemain et le vote a eu lieu sans débat préalable. De nombreux États occidentaux avaient fini par s’opposer au prix et les discussions promettaient d’être houleuses. Avant le vote, la Bulgare Irina Bokova, directrice générale de l’Unesco a finalement pris la parole et s’est déclarée « profondément déçue par cette situation », soulignant que « pour la première fois un prix divisait les États-membres au lieu de les unir ».

Changement de nom

En 2010, la mobilisation des ONG avait amené la directrice générale de l’Unesco, à suspendre la remise du prix pour s’en remettre au suffrage du Conseil exécutif, l’organe décisionnel de l’agence. Mais lors de sa précédente réunion en septembre 2011, ses 58 membres avaient préféré reporter l’examen de la question à la session suivante, qui s’est ainsi tenue du 27 février au 9 mars.

Un atermoiement qui traduit le malaise suscité par ce nouveau prix parmi les États-membres. Pensant clore la controverse, le gouvernement guinéen avait proposé en novembre 2011 de le rebaptiser Prix Unesco-Guinée équatoriale – et non plus Prix Unesco-Obiang, au pouvoir en Guinée équatoriale depuis 1979 – mais aussi de le faire financer par le Trésor public. Un changement de nom qui s’est donc traduit dans les faits. Mais cela « ne dissipe pas les doutes sur les origines des fonds qui financent le prix », avait estimé Desmond Tutu.

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Par Laurent de Saint Périer

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