Politique

Tunisie : le gouvernement face au défi de la relance économique

Quelque 100 jours après la formation du gouvernement de Hamadi Jebali, la période de grâce généralement accordée à tout nouvel exécutif arrive à expiration. Et contrairement aux promesses, force est de reconnaître que les impulsions économiques et sociales ne sont pas au rendez-vous. Explications.

Mis à jour le 14 mars 2012 à 17:23

Il faut se rendre à l’évidence : sans réelle expérience de la gouvernance, l’exécutif tunisien semble aujourd’hui en panne de stratégie à court terme pour relancer l’économie et honorer deux ambitieuses promesses : la création de 40 000 emplois et une croissance de 3,5 % pour 2012. Et la prolifération des portefeuilles gouvernementaux (50) répartis entre trois formations politiques, ne facilite guère la prise de décisions.

Mais ce n’est pas tant une divergence sur les objectifs que le manque de capitaux qui freine la relance. « Le vrai blocage est l’absence de confiance chez les investisseurs et opérateurs économiques. Tant que le gouvernement ne se sera pas attaqué au problème des extrémistes et n’aura pas affirmé sa volonté et son engagement à assurer la sécurité des personnes et des transactions, rien ne permettra de relancer la machine », explique Radhi Meddeb, président du groupe tunisien Engineering.

Loi de finances complémentaire

Autre problème : la faiblesse des investissements publics. L’arrivée des islamistes au pouvoir, la paralysie de secteurs clés tels que la production de phosphate et le tourisme ne rassurent pas les bailleurs de fonds internationaux. En l’absence de signaux forts lancés à Davos ou à Bruxelles en matière de vision économique et d’engagement démocratique par le gouvernement, les promesses de soutien financier émanant essentiellement du Qatar et de l’Union Européenne n’ont pas été concrétisées. Conséquence : le gouvernement tunisien a dû revoir sa copie avec un projet de loi de finances complémentaire pour 2012, qui doit être prochainement approuvé par la Constituante.

 « Nous avons perdu trop de temps pour discuter cette loi de finances complémentaire. Au lieu de ponctionner les revenus des catégories moyennes et faibles, il faudrait que les nantis contribuent pour cette année », souligne l’économiste Mahmoud Ben Romdhane. Car avec une série d’augmentations des prix du carburant et des taxes sur les services, la reprise de la consommation est d’ores et déjà compromise, d’autant que le panier de la ménagère a déjà subi une hausse de près de 20 % depuis deux mois.

Pour Radhi Meddeb, c’est le manque de vision du gouvernement qui pose problème. « Prises individuellement, les mesures retenues sont bonnes. Mais il ne s’agit ni d’un programme de relance ni d’une politique économique, et encore moins un projet de société ». Et d’ajouter que « l’approfondissement du déséquilibre budgétaire et de l’endettement, avec une croissance qui ne sera jamais de 3,5% comme annoncé, risque d’entraîner la dévaluation rampante du dinar et la reprise de l’inflation. »

Attentisme ?

Unanimes à fustiger l’attentisme du gouvernement Jebali, les experts divergent sur les explications d’un tel manque de réactivité. Manque de compétence ? Peur de l’échec ? Volonté de temporiser pour mieux implanter Ennahdha dans la société ? Dans tous les cas, la relance paraît bien incertaine. Et, avec un mandat qui ne vaut que pour la durée de la Constituante, le gouvernement est désormais engagé, 100 jours après sa formation, dans une vraie course contre la montre.