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Cet article est issu du dossier «Algérie - Accords d'Évian : les archives de Jeune Afrique»

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Politique

Algérie – Accords d’Évian : l’OAS ou « chacun ses neuf »

La Une de J.A. n° 78 : Benkhedda et Ben Bella, et au centre le roi Hassan II. © J.A.

À l'occasion du cinquantenaire des accords d'Évian, qui mirent fin à la guerre d'indépendance algérienne, Jeune Afrique met au jour ses archives. Publié dans son n° 78 (26 mars- 2 avril 1962), l'article qui suit présente le fonctionnement de l'Organisation de l'armée secrète (OAS), du moins en l'état des connaissances de l'époque.

Pour lutter contre «  le communiste Benkhedda » et la « dictature sanglante de De Gaulle », douze hommes (dont dix officiers généraux français) se battent le verre de whisky à la main et le dos au mur.

On commence à avoir des renseignements assez précis sur l’organisation de l’OAS en Algérie et ses méthodes.

L’OAS est dirigée par un « Conseil supérieur » comptant environ 12 membres et présidé par Salan. Parmi ces hommes, on connaît Gardes, Godard, Gardy, Jouhaud, Susini, Perez, Broizat, Chateau Jobert. C’est une armée, disent ses chefs, et non pas un parti. D’où la structure suivante :

La direction est divisée en cinq branches :

1.    Organisation des masses dirigée par Gardes. S’occupe des hébergements, des armes, des voitures, des boîtes aux lettres.

2.    Structure militaire : recrutement et entraînement.

3.    Information et opérations. Perez est le chef de cette branche qui collecte les renseignements et accomplit les exécutions.

4.    Action psychologique, coiffée par Broizat et Susini. Propagande, tracts, émissions-radios, etc …

5.    Finances. Organisation des hold-up, des contributions forcées. Soldes des permanents.

L’Algérie est divisée en trois régions :

Région d’Oran dont le responsable était Jouhaud capturé dimanche soir dernier, et transféré à la Santé.

Région d’Alger, dont le responsable est Gardy ; le responsable de la troisième région, celle de Constantine, n’est pas identifié avec certitude. On pense que c’est le colonel Château-Jobert.

Chacun de ces hommes ou presque, a reçu à différentes reprises, au centre même d’Alger, dans des villas confortables, le verre de whisky à la main, les représentants de la presse.
Les régions sont divisées en zones, secteurs, sous secteurs quartiers, blocs et îlots. La zone d’Alger est commandée par l’ex colonel Vaudrey et ses six secteurs (dont chacun compte 155 000 habitants), par des capitaines dont par exemple Achard, chef du secteur Orléans-Marine.

Toutes les techniques du meurtre sont utilisées, du plastic au bazooka ; mais c’est le pistolet américain de calibre 45 qui est l’arme favorite des tueurs dont la plupart sont déserteurs de la Légion Étrangère.

Tableau de chasse

Pour l’ensemble de l’Algérie, il y a environ 3 500 permanents, 100 à 150 tueurs, 1 500 à 2 000 commandos. De mai 1961 au 15 février 1962, l’OAS a abattu au moins 160 Européens et 190 Musulmans dans la seule ville d’Alger. Sur l’ensemble du territoire, elle a perpétré 5 630 opérations contre des personnes ou des biens. Luttant contre les commandos anti-OAS qu’elle dit constitués de Vietnamiens, de Corses, de condamnés à mort FLN et de communistes français, l’OAS prétend avoir fait 50 victimes.

Toutes les techniques du meurtre sont utilisées, du plastic au bazooka ; mais c’est le pistolet américain de calibre 45 qui est l’arme favorite des tueurs dont la plupart sont déserteurs de la Légion Étrangère.

La Une du J.A. n° 78. Cliquer pour agrandir.

La guerre révolutionnaire

L’OAS semble avoir renoncé à tenter un putsch. Elle estime être au pouvoir actuellement en Algérie mieux que l’autorité française. Le but poursuivi actuellement est de provoquer l’anarchie en Algérie, de tuer tous les cadres musulmans pour obtenir le discrédit et la chute de De Gaulle.

La première phase de mise en condition a été consacrée à la population européenne des villes d’Algérie. « Mobilisation générale » décrétée par Salan, interdiction de quitter l’Algérie, stockage obligatoire des vivres pour une période de trois semaines.  D’autre part, pour contraindre les Européens à la grève, l’OAS frappe tour à tour chacune des corporations et, par la terreur, les amène à cesser le travail.

La deuxième phase concerne la France. « Il s’agit, explique Susini (l’éminence grise de Salan) de développer des sentiments de haine entre les divers groupes sociaux.
Par les plastiquages, les exécutions sommaires, creuser un tel fossé entre droite et gauche que la guerre civile devienne inévitable. A ce moment, les chefs des partis, des groupements, associations, demanderont le départ de De Gaulle. Le pouvoir sera alors assuré par un gouvernement d’unité nationale ».

Ce processus ne tiendra, bien sûr, qu’au seul cas où une partie importante de l’armée française rejoindrait l’OAS. Au cas où cette tactique échouerait, Susini envisage une guerre révolutionnaire sur une large échelle ».

L’OAS se dit volontiers partisan d’une révolution sociale favorable aux Musulmans pauvres, contre la ségrégation raciale et surtout hantée par la peur du communisme qu’incarnerait Benkhedda.

Dès à présent, l’OAS recrute de «  jeunes patriotes » en France, en Algérie pour former des unités de combat. Tout cela au nom de la lutte sacrée contre de Gaulle, accusé surtout d’avoir violé la Constitution, installé un pouvoir personnel qui étouffe la démocratie et envoyé des tortionnaires en Algérie.

L’OAS se dit volontiers partisan d’une révolution sociale favorable aux Musulmans pauvres, contre la ségrégation raciale et surtout hantée par la peur du communisme qu’incarnerait Benkhedda.

Degueldre, organisateur des commandos de tueurs, prétend que « personne n’est jamais exécuté sans un ordre écrit, après un jugement ». L’assassinat sélectif justifie la politique de l’OAS, à son avis.

Actuellement encore, la plupart des Européens soutiennent l’OAS et si l’armée est en train de virer du côté de De Gaulle, il n’en reste pas moins que les fascistes de Salan jouissent d’une autorité presque complète sur les Européens des villes.

L’effort de propagande actuel de l’OAS consiste à montrer que seule sa politique est juste et que même les Musulmans sont de son côté. Mais la réflexion d’un coiffeur à une journaliste anglaise, citée par le New York Times, montre le but que poursuit en fait Salan : « Tout ce que nous devons faire, Madame, c’est que chaque Européen tue 9 Musulmans. alors, nous serons sauvés ! »

Fac-similé de la double page du J.A. n° 78 dans laquelle l’article est paru.

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