Société

France – Attentat de Toulouse : la presse internationale met en cause un « climat politique fiévreux »

Mis à jour le 20 mars 2012 à 18:47

Quatre morts, dont trois enfants. La fusillade qui a eu lieu lundi 19 mars devant un collège juif de Toulouse a ému le monde entier. L’hypothèse d’un tueur en série étant privilégiée, l’heure est à la traque du suspect et à l’union nationale, notamment pour les candidats à l’élection présidentielle qui ont presque tous suspendu leur campagne. Hors de France cependant, les langues sont plus déliées.

Toulouse, dans le sud-ouest de la France, est devenue en quelques minutes le centre des attentions de la presse internationale. Mardi 20 mars, au lendemain de la fusillade qui a eu lieu devant un collège juif, faisant quatre morts (voir encadré), les journaux du monde entier se sont interrogés sur les causes du drame mais également sur ses conséquences.

Si la presse est unanime et condamne l’acte perpétré lundi, journaux israéliens en tête, une bonne partie des médias étrangers s’interrogent sur les causes et les conséquences de l’attentat. Le Soir, quotidien belge, estime ainsi que « la poursuite de la campagne sera extrêmement difficile ». Surtout, il met en question l’avenir électoral de Nicolas Sarkozy, que l’événement aurait fragilisé alors même que le président français se voulait « chantre de la sécurité et de l’efficacité policière. » Plus prudente, La Libre Belgique, écrit quant à elle que « l’insécurité, thème absent de la campagne jusqu’à présent, pourrait s’imposer. »

"L’écho incommensurable d’une dangereuse aventure"

Surtout, certains quotidiens n’hésitent pas à pointer du doigt un climat politique qui aurait mené à cette tragédie. Au Portugal, Publico, quotidien de référence, se demande si « les balles venues d’un assassin inconnu » ne seraient pas « l’écho incommensurable de cette dangereuse aventure » symbolisée par « le discours anti-immigrants enflammé » du président Nicolas Sarkozy dans la campagne électorale.

L’analyse est la même du côté de Londres où les trois quotidiens de référence, The Times, The Guardian et le Daily Telegraph, évoquent respectivement « l’entrée du thème racial dans l’élection », « le langage de la haine », ou encore « le climat politique fiévreux » comme possibles éléments d’explication du drame.

Les quotidiens maghrébins accusent le "débat sur les étrangers et la place de l’Islam"

Les médias africains n’ont pas encore particulièrement commenté le drame. Mais une poignée d’entre eux sont néanmoins revenus sur ces mêmes éléments. « La radicalisation de la campagne électorale de la droite française, qui empiète sur les plates-bandes de l’extrême droite, a-t-elle fini par réveiller les démons antisémites dans l’Hexagone ? », s’interroge ainsi le journal Liberté en Algérie. Plus à l’Est, Le Progrès égyptien, quotidien francophone d’Égypte, écrit dans le même ton : « Si les questions d’antisémitisme ou la politique d’Israël ne sont pas présentes dans la campagne électorale, le débat sur les étrangers et sur la place de l’islam en France a été lancé par le président sortant comme par la candidate d’extrême droite. »

Les faits

La fusillade a eu lieu devant le collège juif Ozar Hatora de Toulouse, dans le sud-ouest de la France, et a fait quatre morts lundi matin : Jonathan Sandler, 30 ans, ses deux enfants Gabriel, 4 ans, Arieh Sandler, 5 ans, et la petite Myriam Monsonego, 7 ans. Un adolescent de 17 ans a également été grièvement blessé. Jeudi 15 mars, à Montauban, à une cinquantaine de kilomètres au nord de Toulouse, trois militaires, d’origine maghrébine et antillaise, avaient été également pris pour cible par un homme à scooter, deux d’entre eux étant tués tandis que le troisième est toujours entre la vie et la mort. Quelques jours plus tôt, une nouvelle fois à Toulouse, un autre militaire en civil avait été abattu d’une balle dans la tête en pleine rue. La police française privilégie pour l’instant la piste d’un tueur en série.

La concurrente du Front National (FN) en question, Marine Le Pen, est également la cible des colonnes du quotidien algérien El Watan qui l’estime désormais « mal à l’aise avec son discours constamment raciste » et la croit obligée de « forcer sa nature ». « Une véritable union nationale se constitue, alors qu’elle était stipendiée il y a peu au plan économique », ajoute le journal algérien, évoquant la suspension de la campagne présidentielle comme une « manipulation » du drame par les politiques.

Pour les deux principaux candidats, il s’agit surtout de ne pas faire de faux pas et de ne pas tomber dans l’instrumentalisation flagrante. Dans le camp Sarkozy, dont le costume de justicier est toujours prêt à l’emploi, ou dans celui de François Hollande, qui espère sans doute que le drame de lundi vienne apporter une ombre nouvelle au bilan de son rival, l’heure est à l’attente fébrile. La presse internationale l’a bien compris : au-delà de l’horreur de l’événement, la fusillade de Toulouse est, n’en déplaise à la langue de bois de certains, devenue un enjeu de campagne.