Politique

Mali : la junte proclame une nouvelle Constitution et s’institutionnalise malgré les menaces de la Cedeao

Pendant ce temps là, la vie reprend son cours au Mali. © AFP

À 48 heures de la visite au Mali d'une délégation de la Cedeao menée par Alassane Ouattara, la junte au pouvoir à Bamako a proclamé une nouvelle Constitution. Selon cet "acte fondamental", la junte est "l'organe suprême" d'une transition dont aucun dirigeant ne sera autorisé à se présenter aux élections générales prévues à une date non déterminée. Le chef des putschistes, Amadou Haya Sanogo, se proclame "chef de l'État".

Alors que la communauté internationale lui intime (en substance) l’ordre de « dégager », la junte au pouvoir au Mali répond habilement en s’institutionnalisant… et en offrant des gages de bonne volonté. De fait, après avoir œuvré à la normalisation de la vie quotidienne et libéré quelques prisonniers comme l’ancien Premier ministre Modibo Sidibé, les putschistes dirigés par Amadou Haya Sanogo ont annoncé mardi soir l’adoption d’une nouvelle Constitution pour la durée de la transition.

Selon une déclaration lue dans la soirée par un militaire à la télévision nationale (ORTM), le nouveau texte présente quelque 70 articles, dont le préambule qui stipule que le peuple malien « affirme solennellement sa détermination de perpétuer un État de droit et de démocratie pluraliste dans lequel les droits fondamentaux de l’Homme (…) sont garantis ».

Un modèle nigérien de transition ?

Selon la nouvelle Constitution, aucun membre du Comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l’État (CNRDRE, junte) ni de son futur gouvernement ne sera autorisé à être candidat aux élections législatives et présidentielle, dont les dates ne sont cependant pas plus fixées que la durée programmée de la transition.

Au terme de ce qui tient lieu de nouvelle Loi fondamentale, le capitaine Amadou Haya Sanogo se proclame « chef de l’État », et la junte qu’il dirige se définit comme « l’organe suprême » d’une transition qui semble avoir pour modèle celle ayant eu lieu au Niger après le renversement de Mamadou Tandja par Salou Djibo, en février 2010. Un putsch qui avait abouti à l’élection de Mahamadou Issoufou un an plus tard, en mars 2011.

La rébellion touarègue aussi dans le collimateur de la Cedeao

La junte prend en tout cas à contre-pied la Cedeao, qui s’est réunie mardi en sommet extraordinaire à Abidjan pour « permettre un retour rapide à l’ordre constitutionnel » au Mali – ordre constitutionnel désormais officiellement mis entre parenthèse, ou plus exactement changé par un autre. Dans son communiqué final, l’organisation régionale a annoncé l’envoi d’une délégation de chefs d’État à Bamako « sous 48 heures ». Celle-ci sera conduite par le président de l’organisation Alassane Ouattara (Côte d’Ivoire), qui sera notamment accompagné par Boni Yayi (Bénin, également président de l’UA), Ellen Jonhson-Sirleaf (Liberia), Mahamadou Issoufou (Niger), Goodluck Jonathan (Nigeria) et Blaise Compaoré (Burkina Faso), qui a été quant à lui nommé médiateur dans la crise malienne avec pour « mission de prendre contact avec toutes les parties prenantes en vue d’engager un dialogue fructueux pour la restauration de la paix dans le pays ».

La Cedeao « autorise » enfin « la montée en puissance de sa force pour parer à toute éventualité », ont prévenu les participants au sommet, qui ont aussi exigé un cessez-le-feu immédiat à travers tout le Mali où la rébellion touarègue maintient la pression dans le Nord. « En cas de non-respect par les mouvements de cette décision, la conférence prendra toutes les mesures pour mettre fin à la rébellion et veillera à préserver l’intégrité territoriale du Mali y compris par l’utilisation de la force », ont mis en garde les chefs d’État ouest-africains présents à Abidjan.

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