Politique

Mali : les rebelles touaregs contrôlent le Nord, la junte rétablit la Constitution

Amadou Haya Sanogo s'exprimant dimanche 1er avril au camp militaire de Kati, près de Bamako.

Amadou Haya Sanogo s'exprimant dimanche 1er avril au camp militaire de Kati, près de Bamako. © Issouf Sanogo/AFP

Acculée, la junte malienne fait des concessions. Alors que les rebelles touaregs se sont emparés en trois jours de Kidal, Gao et Tombouctou, Amadou Haya Sanogo, le chef des putschistes, a annoncé le retour à l’ordre constitutionnel comme l’exigeait la Cedeao. En attendant une nouvelle réunion de l’organisation ouest-africaine ce lundi à Dakar, le Mali est coupé en deux.

La junte malienne a échoué à remplir la première des missions qu’elle s’était fixée en prenant le pouvoir : sauvegarder l’intégrité territoriale du Mali. De fait, en trois jours, les principales villes du nord du pays sont tombées sous le contrôle des rebelles touaregs du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) et de ses alliés salafistes du groupe Ansar dine d’Iyad Ag Ghali : Kidal, vendredi, Gao, samedi, et enfin Tombouctou, dimanche.

Officiellement, l’état de sécession du Nord n’est pas proclamé, mais dans les faits, le Mali est coupé en deux. Et l’armée malienne, en totale débandade, n’a rien pu – ou voulu – faire. Les quelques combats qui ont eu lieu au camp 2 de Gao ne peuvent faire oublier l’essentiel, à savoir que les soldats originaires du sud qui composent le gros des troupes refusent de se battre et de mourir pour un Nord où ils n’ont ni attaches ni racines, et où in fine, les négociations avec les rebelles ont toujours pris le pas sur les actions militaires, du moins depuis l’avènement de la démocratie en 1991…

Sacrifier le Nord ?

La junte se rend-elle compte que, même si elle le voulait sincèrement (ce qui reste à prouver), elle n’a pas les moyens d’assurer une transition démocratique au Mali sans sacrifier le Nord ? Certes, le Nord en question n’a jamais réellement profité de la répartition équitable de la richesse nationale ni même compté véritablement dans les programmes de développement successifs menés par Bamako et ses partenaires internationaux, mais il reste dans la conscience collective, pour des raisons historiques, inexorablement attaché à l’idée même de nation malienne.

D’où la réaction immédiate du chef des putschistes, le capitaine Amadou Haya Sanogo, à l’immense émotion suscitée à Bamako par l’avancée des rebelles. La junte a tout simplement fait marche arrière. « Nous prenons l’engagement solennel de rétablir à compter de ce jour la Constitution (…) ainsi que les institutions républicaines », a déclaré Sanogo, qui a annoncé « des consultations avec toutes les forces vives du pays dans le cadre d’une convention nationale » pour permettre « la mise en place d’organes de transition en vue de l’organisation d’élections apaisées, libres, ouvertes et démocratiques ».

La junte à l’écoute de la Cedeao

Si Sanogo a confirmé que la junte ne participerait pas aux élections à venir, il persiste à refuser de fixer une durée précise pour la transition. Mais la junte commence à tenir compte de l’avis de ses voisins ouest-africains qui ont unanimement condamné le coup d’État. Après une rencontre samedi à Ouagadougou avec Blaise Compaoré, dont le pays a été nommé par la Cedeao médiateur dans la crise malienne, Sanogo s’exprimait dimanche aux côtés du chef de la diplomatie burkinabè, Djibrill Bassolé.

Le président en exercice de la Cedeao, l’ivoirien Alassane Ouattara, a d’ailleurs annoncé dimanche soir un nouveau sommet régional lundi à Dakar. L’organisation avait menacé Bamako d’un « embargo diplomatique et financier » d’ici lundi si l’ordre constitutionnel n’était pas rétabli au Mali – ce qui a été fait – et mis une force d’intervention de 2 000 hommes en « alerte ».

Les salafistes et Aqmi sur le terrain

Autre point en suspens : comment la situation militaire va-t-elle évoluer sur le terrain ? La junte a dépêché au moins un émissaire à Tombouctou pour négocier un cessez-le-feu avec les rebelles. Il s’agit de Mohamed Ag Erlaf, un ancien ministre, qui a rencontré Mohamed Najem, l’un des responsables militaires du MNLA. Selon lui, celui-ci « a promis d’assurer la sécurité des populations ». Mais à Gao ou à Kidal, la situation paraît beaucoup plus précaire que dans la « Ville aux 333 saints ».

Les salafistes d’Ansar dine, principaux artisans de la prise de Kidal, affichent leur volonté de faire appliquer la charia au Nord-Mali. Ils seraient eux-même alliés au Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (Mujao), une dissidence d’Aqmi dirigée par des Maliens et des Mauritaniens, qui a également revendiqué sa participation à l’offensive. Selon certaines sources, les hommes du Mujao contrôlent aujourd’hui l’un des deux camps militaires de Gao, tandis que le MNLA est installé dans l’autre caserne en périphérie de la ville. Les portes de la prison civile ont été ouvertes par des inconnus et de nombreux bâtiments, dont des administrations et des hôtels réputés servir de l’alcool, ont été saccagés.

(Avec AFP)

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