Politique

UPM : un challenge pour le prochain président français ?

Les Printemps arabes ont remis en cause l'ossature que Nicolas Sarkozy avait donnée à l'UPM.

Les Printemps arabes ont remis en cause l'ossature que Nicolas Sarkozy avait donnée à l'UPM. © AFP

L'Union pour la Méditerranée (UPM) n'est-elle qu'une coquille vide ? A-t-elle un avenir dans le contexte de mondialisation à marche forcée ? Quelle sera sa vocation demain, et à quelles conditions répondra-t-elle aux attentes des pays du Maghreb ? Autant de questions qui étaient au coeur d'un forum de l’Institut de prospective économique du monde méditerranéen (Ipemed), le 30 mars à Paris.

Que comptent-ils faire de l’Union pour la Méditerranée (UPM) ? À trois semaines du premier tour de l’élection présidentielle en France, l’Institut de prospective économique du monde méditerranéen (Ipemed), le think tank dirigé par Jean-Louis Guigou et Radhi Meddeb, a interrogé sur ce sujet, le 30 mars, les représentants des principaux candidats (Nicolas Sarkozy, François Hollande, François Bayrou). Pour mémoire, c’est le président français qui a été à l’initiative de l’UPM, lors de sa campagne de 2007, et celle-ci a été portée sur ses fonts baptismaux en juillet 2008, lors d’un grand sommet des chefs d’État à Paris.

Mais, l’attaque israélienne contre la bande de Gaza en 2009, la crise financière mondiale et les Printemps arabes, qui ont provoqué la chute des présidents Ben Ali (Tunisie) et Moubarak (Égypte) ainsi que celle du « guide » libyen, Mouammar Kadhafi (dont le pays ne fait pas partie de l’UPM), ont sérieusement compliqué le processus.

Si aucun pays n’a officiellement demandé à sortir de l’union, « elle est aujourd’hui en panne de fonctionnement », de l’aveu même d’Henri Guaino, conseiller de Nicolas Sarkozy et père spirituel du projet. Pour le collaborateur du chef de l’État, la nouvelle donne politique au Sud nécessite toutefois de relancer l’UPM. « C’est là que se jouera l’avenir de la mondialisation », dramatise le conseiller. Le bassin méditerranéen compte quelques 400 millions de personnes vivant au sein d’un espace marqué par de profonds écarts de niveau de vie, des différences culturelles et religieuses.

Vincent Peillon, député socialiste européen auteur d’un rapport sur l’UPM, a regretté que « l’enthousiasme soit douché » et a appelé à se pencher auprès du malade, alors que la concurrence des puissances asiatiques et des pays arabes est de plus en plus soutenue. Le député ne souhaite pas toucher à l’architecture institutionnelle mais insiste sur le besoin de se recentrer sur certains programmes (énergie, eau), de relancer l’idée d’une Banque euro-méditerranéenne et d’apporter plus de flexibilité pour l’attribution des visas professionnels et étudiants.

En cas de victoire de François Hollande, Paris recentrera ses rapports avec l’UPM sur certains sujets, explique Vincent Peillon
en moquant, au passage, les ambitions teintées de "mégalomanie" qu’avait Nicolas Sarkozy pour l’organisation. (Vidéo : montage et réalisation par Pierre Boisselet)

Le sénateur Yves Pozzo di Borgo (Nouveau centre, qui a rallié François Bayrou), a pour sa part déploré que la rive sud de la Méditerranée ne soit pas une priorité pour l’Europe, contrairement au « partenariat politique et énergétique avec la Russie ». Il a proposé de sensibiliser les partis islamistes de la rive sud au sujet de l’UPM et de solliciter les fonds souverains des pays du Golfe en cette période de crise économique européenne.

Le sénateur Yves Pozzo di Borgo va jusqu’à qualifier l’UPM de "fausse bonne idée" et lui préfère un partenariat
de l’Union européenne avec une Union du Maghreb arabe plus solide. (Vidéo : montage et réalisation par Pierre Boisselet)

Tous ont déploré que la politique étrangère et la Méditerranée ne soient pas plus au cœur de la présidentielle française et admis, en toute franchise, les divergences de vue au sein des pays membres de l’Union européenne. L’UPM est donc loin d’être sortie d’affaire. S’il veut relancer le processus, le prochain président français devra prendre son bâton de pèlerin pour ressouder ses alliés du « Vieux continent » et surtout convaincre les nouveaux leaders du sud de son utilité.

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