Politique

Maroc – Internet : les « pure players », nouveaux leaders de la presse d’opinion ?

Indépendants, gratuits et réactifs, les site d'information en ligne séduisent les Marocains.

Indépendants, gratuits et réactifs, les site d'information en ligne séduisent les Marocains. © AFP

Depuis le Printemps arabe, les sites d’information en ligne se sont imposés au Maroc comme des sources crédibles d’information, reléguant presque la presse traditionnelle au rôle de figurant. Enquête.

Ils s’appellent Hespress, Hibapress ou encore yabiladi.com. Ils comptabilisent des centaines de milliers de visites par semaine et démentent quotidiennement l’idée préconçue qui voudrait que les Marocains ne s’informent pas, ou si peu.

Aux sources de ce stéréotype, les chiffres de vente de la presse papier, faméliques. Selon le dernier rapport de l’Organisme de justification de diffusion (OJD Maroc), Al Massae, le quotidien arabophone le plus lu du royaume, vend 108 509 exemplaires par jour. Un chiffre honorable, certes, mais qui devient inquiétant lorsqu’on le compare à celui de ses homologues. Assabah, le deuxième journal le plus diffusé au Maroc vend en effet moins de 70 000 exemplaires. Loin derrière, Akhbar Al Youm est sur la dernière marche du podium avec un peu plus de 18 000 journaux vendus. On est très loin du tirage à 500 000 exemplaires d’Echorouk El Yaoumi, le quotidien algérien.

Mais les chiffres des « Pure players », ces sites d’information en ligne indépendants, sont là pour remettre les pendules à l’heure. Hespress fait partie de ceux-là, créé en 2007, il capitalise plus de 800 000 visites par jour, devenant le sixième site internet le plus visité du Maroc (source Alexa), après les mastodontes mondiaux que sont Facebook, Google et YouTube. Pour Mohamed Ezzouak, directeur de publication de yabiladi.com (qui se revendique premier site d’information francophone du pays avec 120 000 visiteurs uniques par jour) les raisons d’un tel succès sont multiples. Au-delà de la réactivité d’internet, il y a aussi la plus-value du format, à savoir « un ton nouveau, décomplexé, loin des connivences dont peuvent être victimes les média mainstream ».

Virage mal négocié

« La claque a été ressentie avec douleur au moment des révoltes arabes où les médias traditionnels, notamment la presse papier, ont senti qu’ils étaient complètement largués. Car c’est sur Internet que la majorité des Marocains s’informaient », poursuit le directeur de yabiladi.com. Les journaux historiques ont en effet très mal négocié le virage du web et n’en maîtrisent toujours pas les codes. « Ils n’ont pas compris, poursuit Mohammed Ezzouak, qu’Internet est un média à part entière, avec ses propres codes, et qu’il fallait donc produire un contenu propre et ne pas se limiter à publier les articles du journal papier avec plusieurs heures, voire plusieurs jours de retard ».

Dans un pays où 51% de la population a moins de 25 ans, l’exode vers le web est-il inéluctable ? La conclusion d’Ezzouak est sans ambigüité : le retard à l’allumage « sera indubitablement préjudiciable pour l’avenir de certains titres de presse qui n’ont pas évolué ».

Dans ces conditions, les « Pure players » se sont donc imposés depuis quelques années comme des sources fiables d’informations, notamment pour les MRE, les Marocains résidant à l’étranger. À la faveur de la très faible présence des journaux historiques sur la toile et de l’émergence d’une génération « Y » hyper-connectée.

Populisme contre liberté d’opinion

Quand un bon nombre de journaux traditionnels se font le porte-voix de formations politiques, les nouveaux acteurs de la presse n’hésitent pas ouvrir leurs colonnes à toutes les sensibilités du pays. Il n’est donc pas rare de voir cohabiter des tribunes de laïques et de salafistes, un mélange des genres qui n’est pas sans leur valoir quelques volées de bois vert. Mohamed Douyeb, spécialiste des médias et éditeur de Visamedias, fustige ainsi un « contenu populaire avec une grande dimension populiste ».

Mais Amin El Guennouni, directeur de rédaction de Hespress, dément toute volonté de plaire à tout prix. « Quand nous couvrons des activités royales, on nous traite de makhzénistes, quand nous publions des sujets sur le Parti justice et développement (PJD, au pouvoir), nous devenons des adlistes (d’Adala wa-Tanmiya), et quand nous couvrons les manifestations du mouvement du 20 février, on nous taxe de févrieristes », constate-t-il. Avant d’ajouter : « Ce qui importe, c’est ce que diront de nous les gens et l’Histoire dans 10 ans ».

Quant au directeur de publication de yabiladi.com, il revendique avant tout la liberté d’opinion de son média : « Va-t-on reprocher à l’Humanité (journal communiste français) d’être d’indécrottables anticapitalistes ? Bien sûr que non, et c’est grâce à ces différents positionnements que naît la pluralité dans la presse. L’essentiel pour moi est de respecter les valeurs de l’éthique et de la déontologie journalistique ». Un vrai défi, d’autant plus difficile à relever que l’information sur Internet circule parfois aussi vite que la rumeur…

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