Politique

Côte d’Ivoire : au FPI, l’après-Gbagbo a commencé

Au FPI, les dirigeants intérimaires comme Miaka Oureto ont désormais les pleins pouvoirs. © D.R.

La convention du FPI qui s'est tenue dimanche dernier a consacré la direction intérimaire dans ses fonctions, sous l'égide de Miaka Oureto. Alors que de nombreux cadres sont encore en exil ou sous les bareaux, le parti de Laurent Gbagbo commence à tourner la page de la crise postélectorale.

Un temple archicomble : l’hôtel Belle Côte d’Abidjan. Un pasteur improvisé : Sylvain Miaka Oureto, président par intérim du Front populaire ivoirien (FPI, de Laurent Gbagbo). D’ex-barons du parti et de fidèles militants qui dansent en criant « Alléluia ! ». Dimanche 29 avril, le FPI a renoué avec ses messes patriotiques, à l’occasion de sa première convention depuis la chute de son fondateur, le 11 avril 2011. De quoi rendre définitivement légitimes des dirigeants intérimaires qui jouent avec prudence leur propre carte politique ?

Miaka Oureto n’a en tout cas pas pu se retenir. Il a dansé au son de la musique de propagande bien connue d’un groupe zouglou (aujourd’hui en exil en France). Il y avait de quoi être joyeux : « sa » convention, le plus grand rendez-vous statutaire après le congrès, a été un franc succès. Les 3 000 participants ont approuvé à l’unanimité une motion assurant la direction intérimaire « de leur soutien indéfectible » tout en la félicitant « pour la sérénité et l’efficacité dont elle fait preuve, tant dans la gestion du parti que dans ses relations avec le pouvoir actuel ».

Une légitimité dont Oureto avait bien besoin. Lui qui n’était que secrétaire général du parti avant la chute de l’ancien président ivoirien, doit son ascension politique au destin. De fait, Laurent Gbagbo, Pascal Affi N’Guessan, Sangaré Aboudramane, Simone Gbagbo respectivement fondateur, président et vice-présidents du FPI sont aujourd’hui tous en prison…

Pleins pouvoirs

Le seul vice-président en liberté, Mamadou Koulibaly a fini par créer son propre parti après avoir assuré l’intérim de la présidence du FPI pendant plus de deux mois. Le 23 juillet dernier, Oureto est devenu président par intérim et Laurent Akoun, qui était jusque-là secrétaire général adjoint, est devenu secrétaire général ; Alphonse Douati, jusqu’alors secrétaire national, a été promu au rang de secrétaire général adjoint, après une session extraordinaire du comité central du parti. Désormais tous les membres de la direction intérimaire sont détenteurs des pleins pouvoirs.

« L’intérim n’est pas une délégation, explique Eugène Djué, membre du comité central du FPI et ex-leader de la galaxie patriotique. Le président et le secrétaire général par intérim ont les mêmes pouvoirs qu’un président et un secrétaire général normaux ». La convention a fixé une feuille de route à la direction intérimaire, à commencer par « la libération du président Laurent Gbagbo et de tous les détenus politiques ».

Agendas secrets

Mais Oureto a conscience que la libération de son mentor de la Cour pénale internationale (CPI), est très hypothétique. Il le reconnaît à demi-mot, même s’il prêche la seule parole que les fidèles de Gbagbo souhaitent entendre : « Laurent (Gbagbo) sera là. L’Éternel des armées, le Dieu de justice a déployé son programme et personne ne peut l’arrêter ».

Mais comme bien souvent en Côte d’Ivoire, derrière les professions de foi se cachent des agendas secrets. « Les dirigeants intérimaires savent qu’ils resteront les maîtres du jeu au FPI tant que Simone Gbagbo et Affi N’Guessan seront en prison et que les exilés resteront hors du pays, affirme un fin connaisseur du FPI. Ils continueront toutefois de surfer sur la popularité de Gbagbo dont l’évocation du seul nom suffit à mobiliser ses supporteurs ».

En clair, les dirigeants intérimaires du FPI pensent tous à l’après-Gbgabo, mais aucun n’ose tenter un parricide qui risquerait de provoquer l’isolement de son auteur, à l’instar de ce qui est arrivé à Mamadou Koulibaly. Ils savent qu’au FPI, il n’y a pour l’heure qu’un seul messie : Laurent Gbagbo. Et personne d’autre.

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Par André Silver Konan, à Abdijan

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