Politique

Présidentielle égyptienne : un islamiste face à un cacique de l’ancien régime au second tour ?

Par - Tony Gamal Gabriel
Mis à jour le 25 mai 2012 à 16:05

Selon les premières estimations du 25 mai, le second tour de l’élection présidentielle égyptienne devrait opposer le candidat des Frères musulmans, Mohamed Morsi, au dernier Premier ministre du président déchu Hosni Moubarak, Ahmed Chafiq.

Les résultats officiels ne devraient pas tomber avant mardi 29 mai, mais les premières estimations commencent à circuler : le second tour de l’élection présidentielle égyptienne devrait opposer le candidat des Frères musulmans, Mohamed Morsi, à l’ancien Premier ministre de Moubarak, Ahmed Chafiq.

« Il y aura un second tour entre Mohamed Morsi et Ahmed Chafiq, selon les chiffres dont nous disposons » affirme ainsi Ikhwanweb, le site d’information des Frères musulmans, qui précise que Mohamed Morsi « conserve son avance devant tous les candidats, selon les résultats du dépouillement de 90% des bulletins de vote. »

Un résultat défendu également par le quotidien indépendant « Al Masry al Youm », qui donne Morsi en pole position avec 28% des voix et Chafiq le talonnant avec 20% des voix, selon les résultats de 20 des 27 gouvernorats égyptiens.

Mohamed Morsi serait très populaire dans les régions défavorisées de la Haute-Égypte, avec près de 42.83% des voix dans le gouvernorat de Beni Souef, ou encore 43.14% des voix dans la région de Minya, connue pour ses affrontements confessionnels. Son meilleur score reste la région du Fayoum, où Morsi ne remporte pas moins de 47.96% des voix.

L’ingénieur originaire de la province égyptienne de Sharqiyah, a bénéficié de l’impressionnante machine électorale et de la base militante de la puissante confrérie islamiste. À la tête du parti de la Liberté et de la Justice (PLJ), organe politique des Frères musulmans, Morsi fait partie de la branche conservatrice de la confrérie. En 2007, il a ainsi supervisé la mise en place d’un programme politique qui refuse aux chrétiens et aux femmes le droit d’être président.

Ahmed Chafiq semble populaire dans les régions agricoles centrales de l’Égypte : il remporte ainsi près de 40% des voix dans le gouvernorat de Qalyubiya et 53% des voix dans le département de Menoufeya.

Le dernier Premier ministre d’Hosni Moubarak, nommé le 29 Janvier, a démissionné le 3 mars, après un passage remarqué sur la chaîne de télévision ON TV : le chef du gouvernement avait perdu toute contenance face au célèbre écrivain Alaa el-Aswani, qui lui reprochait son appartenance à l’ancien régime. Lors d’une récente interview, Ahmed Shafiq s’est ainsi dit déçu de voir la révolution réussir. Il a d’ailleurs axé sa campagne sur la sécurité et la stabilité, afin de rallier les Égyptiens exaspérés par les remous politiques et la dégradation de la situation économique depuis le soulèvement populaire qui a renversé Moubarak.

Les premiers sont les derniers

Mais la surprise de ce scrutin est indéniablement le Nassérien Hamdeen Sabahi, qui après avoir été donné 5e par de nombreux sondages, devient le troisième homme de cette élection. L’ancien journaliste semble particulièrement populaire dans les grandes villes du pays, puisqu’il arriverait en tête à Alexandrie et à Port Saïd, avec respectivement 34.16% et 41.07% des voix.

Sabahi, héraut des paysans et des classes défavorisées, peut se targuer d’avoir un passé d’opposant. Un enregistrement audio circule sur internet pour le prouver. On y entend le militant de longue date reprocher au président Sadate ses politiques de libéralisation économique.

Quant aux deux favoris des sondages et des médias, Amr Moussa, l’ancien secrétaire-général de la Ligue arabe, et Abdel-Moneim Aboul-Foutouh, ils seraient hors-jeu. Les deux seuls candidats qui s’étaient affrontés lors d’un débat télévisé historique ne semblent pas avoir attiré les électeurs avec leur discours qui se voulaient consensuel et rassembleurs.