Politique

Libye : 45 jours de détention préventive pour l’équipe de la CPI accusée d’espionnage

Quatre membres d’une délégation de la Cour pénale internationale (CPI) ont été placés en détention préventive pour 45 jours en Libye. Ils sont accusés d’espionnage pour avoir tenté d’échanger des documents avec Seif el-Islam Kadhafi.

Mis à jour le 11 juin 2012 à 10:30

Mis à jour à 15h25.

Une détention préventive de 45 jours en Libye. Voilà la peine infligée dimanche 10 juin aux quatre membres d’une délégation de la Cour pénale internationale (CPI) détenus depuis jeudi à Zenten, à 170 kilomètres au sud-ouest de Tripoli. Ils étaient venus rencontrer Seif el-Islam Kadhafi et sont accusés d’espionnage après avoir tenté d’échanger des documents avec le fils de l’ancien dictateur libyen.  

« Ils ont été placés en détention préventive pour 45 jours dans le cadre de l’enquête », a indiqué un responsable du bureau du procureur général libyen, sous couvert de l’anonymat et sans donner de détails. De son côté, Ajmi al-Atiri, le chef de la brigade de Zenten qui détient ces quatre personnes, a indiqué que l’équipe de la CPI détenue jusqu’ici dans une maison, a été « transférée dimanche vers une prison sur ordre du procureur général ».

Dimanche 10 juin, une délégation de la Cour pénale internationale (CPI) s’était déplacée en Libye pour négocier la libération de leurs collègues. Ahmed Jehani, représentant de la Libye à la CPI, a toutefois précisé que seulement deux membres de l’équipe – l’avocate australienne Melinda Taylor et son interprète libanaise, Helen Assaf – ont été arrêtées à Zenten par d’anciens combattants rebelles, tandis que deux hommes, un Russe et un ressortissant espagnol, sont restés avec elles de leur propre gré.

Un stylo caméra

Selon le responsable libyen, les deux femmes sont accusées d’« espionnage » et de «communication avec l’ennemi ». « Melinda a été arrêtée parce qu’elle a été surprise en train d’échanger des documents avec l’accusé Seif el-Islam ». Quant à son interprète libanaise, elle est considérée comme « complice », a-t-il souligné.

« Elle (Melinda Taylor) avait un stylo caméra et une lettre d’un des hommes les plus recherchés par la justice libyenne », Mohammed Ismaïl, ancien bras droit de Seif el-Islam, a-t-il ajouté.

« Les autorités libyennes doivent respecter l’immunité (des émissaires de la CPI), mais Melinda a très gravement enfreint la loi », a indiqué Ahmed Jehani. « Selon la loi libyenne, elle est accusée d’espionnage et de communication avec l’ennemi ». Il a précisé que les deux femmes étaient sous l’autorité du procureur général. Il a par ailleurs affirmé travailler en coordination avec la juridiction internationale pour la libération de l’équipe de la CPI et espère un règlement de cette affaire « à l’amiable ».

Me Taylor travaille à la défense de Seif el-Islam, actuellement représenté par le chef du Bureau du conseil public pour la défense (OPCD), Xavier-Jean Keïta, désigné par la CPI. Me Keïta n’a pas souhaité faire de commentaire dans l’immédiat. La délégation de la CPI, qui compte des membres du greffe chargés de discuter avec Seif el-Islam de l’option de désigner un avocat de son choix, s’était rendue en Libye mercredi.

L’avocate australienne, "avec nous pendant un moment"

Le président de la CPI, le juge Sang-Hyun Song, a exigé dans un communiqué « la libération immédiate de tous les membres du personnel détenus ». Il a également exprimé sa préoccupation pour leur sécurité, « en l’absence de tout contact avec eux ».

Un responsable du ministère libyen des Affaires étrangères, Mohammed Abdelaziz, a déclaré samedi que la Libye allait demander à la CPI de lever l’immunité de l’avocate, afin qu’une enquête officielle puisse être menée. « Je pense que cette femme va rester avec nous pendant un moment, jusqu’à ce que l’immunité soit levée », a-t-il martelé.

Les autorités libyennes souhaitent juger chez elles le fils du dirigeant déchu. Elles ont déposé le 1er mai une requête contestant la compétence de la CPI pour poursuivre Seif el-Islam, seul fils de l’ancien dirigeant à être détenu en Libye.

Outre la CPI, les autorités libyennes doivent aussi convaincre les responsables de Zenten de leur livrer Seif el-Islam. Selon Ahmed Jehani, les ex-rebelles retardent son transfert à Tripoli en raison d’arriérés de soldes non perçus.

(Avec AFP)