Politique

Leïla Ben Ali : « Ce sont les manipulateurs de l’ombre qui ont fait tomber Ben Ali »

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L'ex-première dame de Tunisie séjourne actuellement en Arabie Saoudite.

L'ex-première dame de Tunisie séjourne actuellement en Arabie Saoudite. © Hassene Dridi/Sipa

La femme de l’ancien président tunisien, Leïla Ben Ali, brise le silence en publiant jeudi 21 juin une autobiographie intitulée « Ma vérité ». Rédigée à partir d’une série d’entretiens effectués de janvier à mai sur Skype par le journaliste Yves Derai, l’ex-« régente de Carthage » y donne une vision très personnelle de la révolution de janvier 2011.

« J’ai décidé d’écrire ce livre pour l’Histoire, celle de mon pays qui m’a jugée sans m’avoir entendue ; celle de mon peuple à qui je dois la vérité ». C’est par ces mots que l’ancienne première dame de Tunisie, Leïla Ben Ali introduit Ma vérité, son autobiographie sorti jeudi 21 juin.

Dans sa quête pour balayer les « folles rumeurs, allégations mensongères et preuves fabriqués de toutes pièces qui entourent la journée du 14 janvier 2011 », jamais l’ancienne première dame de Tunisie ne qualifie la révolte tunisienne de « révolution », lui préférant l’expression alambiquée de « coup d’État spirituel ».

Le grand complot

« Ce sont les manipulateurs de l’ombre qui vont faire tomber Ben Ali et non les élites, ni les jeunes de Facebook », assène Leïla Ben Ali. Selon elle, l’immolation de Mohammed Bouazizi n’est qu’une action savamment préparée par les fomentateurs de cette « déstabilisation planifiée ». « Il était prévu d’allumer la mèche à la mi-décembre pour créer un climat propice et frapper un mois plus tard », peut-on lire. Tous les acteurs du scénario bien connu de la théorie du complot sont réunis : des personnes de l’entourage de l’ancien président, comme l’ancien chef de la sécurité présidentielle, Ali Seriati; des déçus du régime comme le lobbyiste tunisien Kamel Eltaïef. Mais aussi de mystérieuses agences de renseignements étrangères.

Ben Ali est monté dans l’avion sans lunettes, sans bagages, sans passeport et sans médicaments.

Leïla Ben Ali, épouse de l’ex-président tunisien

Non Ben Ali n’a pas fui la Tunisie, « on l’y a forcé », conclut celle que les journalistes Nicolas Beau et Catherine Graciet ont qualifié de « régente de Carthage ». Au cœur de ce complot, on retrouve Ali Seriati, qu’un tribunal militaire a récemment acquitté dans l’enquête sur les jeunes tués par balles à Kasserine et Thala pendant la révolution, auquel Leïla Ben Ali qui impute le brusque départ de son mari. « Sans son insistance, le président ne serait jamais monté dans l’avion », assure-t-elle.

Sans surprise, son récit de la journée du 14 janvier est teinté d’un misérabilisme difficilement acceptable. « Nous avons quitté le palais de Sidi Bou Saïd, suivis par les gémissements des chiens qui semblaient avoir reniflé l’odeur du drame », débite-t-elle. Ou encore : « Ben Ali est monté dans l’avion sans lunettes, sans bagages, sans passeport et sans médicaments ».

Visiblement vexée par « le retournement de veste »  de la France, elle ne se fait pas prier pour évoquer les accointances entre les deux pays, assurant que le gouvernement tunisien a eu d’excellentes relations avec les deux derniers présidents français, Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy.

Ben Ali aurait « beaucoup à dire »

Celle qui se définit comme une femme soumise, sans influence politique, pas intéressée par l’argent, s’aventure à une légère autocritique en admettant que certains membres de sa famille « n’en ont fait qu’à leur tête ». Mais là encore, Leïla Ben Ali se  dédouane de toute responsabilité assurant ne jamais avoir été au fait « de leurs projets ou de leur parc de voitures. Encore moins les parts des entreprises qu’ils s’octroyaient ou les faveurs qu’ils obtenaient des administrations et des banques ».

Lors de la série d’entretiens effectués de janvier à mai sur Skype par le journaliste et éditeur Yves Derai pour recueillir son témoignage, Leïla Ben Ali se présentait affublée du voile et des larges lunettes de soleil qu’elle porte depuis son arrivée en Arabie Saoudite. « De temps en temps, je voyais passer son mari derrière elle, raconte Yves Derai. Une fois, il est même intervenu : « moi aussi, un jour, j’aurai beaucoup à dire ! ».

 

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