Politique

Législatives sénégalaises : large victoire de la coalition présidentielle

© Seyllou/AFP

La victoire sans appel de Benno Bokk Yakaar aux élections législatives du dimanche 1er juillet, selon les résultats officiels publiés mercredi 4 juillet, fortifie le camp de Macky Sall. Le nouveau président sénégalais a désormais les mains libres pour mettre en œuvre son programme. Au risque de décevoir ses électeurs.

Et de deux pour Macky Sall ! Après avoir été plébiscité le 25 mars, à l’élection présidentielle avec plus de 65% des voix, le nouveau président sénégalais a demandé et obtenu une majorité écrasante aux législatives de dimanche dernier, ce qui le place loin devant une opposition très divisée. D’après les résultats officiels publiés mercredi 4 juin, sa coalition, Bennoo Book Yakkar, aurait remporté une quarantaine des 45 départements du pays et caracole ainsi en tête avec 119 sièges à l’Assemblée nationale contre seulement 12 sièges pour le Parti démocratique sénégalais (PDS) et 4 sièges pour la coalition Bokk Gis Gis (dissidence du PDS).

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La percée des religieux

Le succès des listes dirigées par des religieux a été la grande surprise des législatives du 1er juillet. Pour sa première participation à une élection, Bës du niak, le mouvement du marabout Sérigne Mansour Sy Djamil, proche de la confrérie tidiane, rafle 4 sièges, selon les premières tendances. Il est suivi du Parti pour la vérité (PVD) de Sérigne Modou Kara Mbacké, proche de la confrérie Mouride, qui est au coude à coude avec le MRDS d’Imam Mbaye Niang : 2 sièges chacun.

Même le MPS/Faxas, crée à quelques jours des élections législatives par le fils aîné du célèbre guide religieux Cheikh Béthio Thioune sera représenté à l’Assemblée nationale par un député. Un phénomène nouveau que le constitutionnaliste Babacar Guèye explique comme une défiance des Sénégalais à l’égard des partis politiques traditionnels. « Jamais on a vu autant de religieux accéder à l’Assemblée nationale. Ceux-ci profitent d’une crise de leadership en mettant en avant les valeurs morales ». Le sociologue Djibi Diakhaté va plus loin encore. « La caractéristique du religieux, c’est qu’il est proche des populations, dans les deuils, les mariages notamment. Donc il est en quelque sorte député avant la lettre. C’est de ce type de profil que rêve actuellement le citoyen Sénégalais ».

Désormais majoritaire à l’hémicycle, le nouveau président de la république peut dérouler sans crainte son programme de « rupture » avec l’ancien régime. « Si les populations ont donné la majorité à Macky Sall, c’est parce qu’elles ont été convaincues par son programme qui comporte un volet social très important. Mais aussi par ses actes positifs, comme les audits, la réduction du prix des denrées, etc… », estime Imam Mbaye Niang, ministre conseiller du chef de l’État, chargé des affaires religieuses.

"La voie du développement"

Mais ce dernier, qui a battu campagne sous les couleurs de son propre parti, le Mouvement pour la réforme et la démocratie sénégalaise (MRDS), prévient aussitôt : « Macky Sall est attendu sur les résultats. Si d’ici 5 à 6 ans, il n’y a pas eu de changement, les gens vont changer de camp ». Un avis que partagent de nombreux analystes et observateurs pour qui l’ancien opposant n’a plus d’excuses. « Il avait besoin d’une majorité pour réaliser son programme appelé Yonou Yokouté [la voie du développement, NDLR]. Le peuple lui a donné. Donc Sall est face à ses responsabilités. Il ne peut plus utiliser d’alibis ou de faux-semblants en disant qu’il manque une pièce dans le puzzle », affirme le sociologue Djibi Diakhaté.

Le risque pour Sall est évidemment de se retrouver aux prochaines élections dans la même situation que le PDS, en pleine déconfiture avec 14 ou 15 députés contre 131 auparavant. Mais le nouveau président devra aussi composer avec une Assemblée qui ne compte pas jouer le rôle de chambre d’enregistrement. « La nouvelle majorité va certes appuyer la politique du président, explique le constitutionnaliste Babacar Guèye. Mais elle le fera de façon critique. Vue sa composition [coalition de plusieurs partis, NDLR], elle ne sera certainement pas très docile »…

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Par Nicolas Ly, à Dakar
 

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