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Cet article est issu du dossier «1962-2012 : le vrai bilan de l'Algérie indépendante»

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Politique

Archives de J.A. : juillet 1962, la fin d’une Algérie

Début juillet 1962, Jeune Afrique couvre l'indépendance avec trois envoyés spéciaux. © J.A.

En juillet 1962, les envoyés spéciaux de "Jeune Afrique" vivent les premières heures de l'indépendance algérienne. Après une introduction signée Mohamed Masmoudi, voici le récit de l'un d'entre eux, Mohamed Ben Samil, publié dans le J.A. n° 92 (daté du 9 au 15 juillet 1962).

Avec le référendum et le retour en Algérie du G.P.R.A., une certaine Algérie aura vécu. Non pas l’Algérie française. Celle-là, depuis longtemps, n’était plus qu’un cadavre qui pourrissait dans l’attente du 1er Juillet… pour le permis d’inhumer.

L’Algérie qui disparaît est un peu la nôtre ! C’est l’Algérie de « l’extérieur» ; celle de Tunis, de Rabat, de Tripoli, l’Algérie des barrages et des frontières, celle du droit de suite et des réfugiés, l’Algérie de « l’Organisation-extérieure-de-la-rébellion » qui a cessé d’exister.

L’Algérie qui disparaît est un peu la nôtre ! C’est l’Algérie de "l’extérieur" ; celle de Tunis, de Rabat, de Tripoli, l’Algérie des barrages et des frontières, celle du droit de suite et des réfugiés.

Cette Algérie nous était familière. Sentimentalement, elle nous manquera. Ses dirigeants vivaient parmi nous, en grand nombre. Notre imagination se plaisait à les idéaliser. Parce qu’ils représentaient la légalité, parce qu’ils incarnaient la souveraineté, ils étaient pour tous les Algériens une raison de lutter et d’espérer. Ils appartenaient à un monde presque mythologique. C’étaient plus des personnages que des hommes, d’autant qu’à force de clandestinité, ils savaient s’entourer de mystères, qu’ils avaient tous un passé de héros et que la plupart se comportaient avec une modestie et une dignité remarquables. Quand on n’était pas d’accord avec eux, on n’osait pas le dire et quand on les critiquait, c’était avec de tels ménagements…! 

N’était la vigilance des responsables, une certaine Algérie aurait été organisée sur l’irréel avec un ministère de l’Economie nationale et un ministère des Affaires sociales. En exil ! Mais cette vigilance même n’a pas empêché que certaines habitudes ont été contractées durant cette longue vie en dehors des réalités algériennes. C’était l’Algérie de l’extérieur, avec ses mythes, ses abstractions et ses problèmes. Il était temps que le référendum y mît fin.

Cette Algérie se préparait à affronter l’autre, l’authentique. Il était prévu que cet affrontement ne se ferait pas sans heurt.

Qu’avant de fondre dans l’Algérie de l’intérieur, celle de l’extérieur ait eu des difficultés, que l’organisation extérieure ait eu des grincements juste à la veille de traverser les frontières du territoire national, que le provisoire ait été ébranlé avant de toucher au permanent cela nous parait dans la nature des choses. Le contraire aurait surpris.
Les dissensions actuelles ne sont pas seulement normales. Elles sont le signe de la santé. Elles seraient sans doute salutaires si Ben Bella et ses amis décidaient d’affronter leurs compagnons d’armes. Si les uns et les autres acceptaient de se réunir de nouveau sur le sol algérien. 

La Tunisie qui a longtemps souffert des luttes fratricides d’un autre ordre, et le Maroc, peuvent conjuguer leurs efforts avec la R.A.U. pour sauvegarder sur le terrain l’unité de la Révolution Algérienne. Les nouvelles qui nous viennent d’Alger et qui nous réconfortent prouvent que la réconciliation des frères est encore possible et réalisable.

________

Par Mohamed Masmoudi

Fac-similé de l’article du J.A. n° 92.

Les deux affaires

par Mohamed Ben Smail

Entre Tunis, Tripoli, Ghardlmaou et Alger, la Révolution  algérienne a vécu à l’heure de l’indépendance des journées dramatiques.

Mardi dernier, à l’heure, où les premiers « drapeaux fellaghas » étaient hissés sur les places et les monuments publics de toutes les villes d’Algérie, j’étais à Bône. Cours Bertagna, au cœur de l’artère centrale où les Européens font les cent pas, les soirs d’été.

Ce jour-là, ce sont des Arabes qui peuplent « le cours », ce sont des jeunes à brassard vert et blanc et au sifflet bavard qui réglera la circulation et quand, sur un mât qui n’en finit plus, le responsable FLN hisse l’emblème national, la foule serrée sur le parvis du magnifique théâtre, serrée au coude à coude sur les trottoirs, la foule qui depuis ce matin applaudit pour un rien, rit, pleure, et s’embrasse : la foule délire.

Le talisman

Je suis là, parmi eux, à l’heure où j’arrive de Tunis. Quand ils l’apprennent, ils me regardent comme un envoyé du ciel. Dans la bouche de ce militant à peine sorti de prison, un peu endurci par rapport au chef scout que j’ai connu naguère, dans la bouche de ce jeune à brassard, de ce vieil ouvrier hilare, édenté, émouvant, de cette femme voilée que je ne connais pas et qui m’embrasse « Tunis » c’est comme un talisman. Ils en parlent comme les plus pieux des musulmans parlent de la Mecque. De là vient l’espérance.

J’ai peine dans cette ambiance, à parler « crise ». Les deux camarades avec qui je m’isole et dont je connais la lucidité montrent eux-mêmes de la réticence à s’extraire de l’exaltation du grand jour pour évoquer l’affaire ».

Je dis :

« Que pensez-vous de tout cela, de la dégradation des trois chefs de l’état-major, de l’attitude de Ben Bella ?

Ma question les étonne. C’est de moi qu’ils attendent des clartés. Moi qui viens de Tunis et qui peux expliquer l’incroyable.

Ce qu’ils savent, c’est que des tracts sont arrivés de la frontière, ont été distribués des tracts accusateurs et violents qui mettent en cause le GPRA.

« C’est de paix qu’on a besoin, et de s’unir. Quiconque nous demandera autre chose que cela, aujourd’hui, va à l’échec. Cela dit nous voulons comprendre, nous voulons être renseignés dans le détail sur ce qui se passe : les querelles, les exclusions. Le peuple a fait la révolution, il a droit à la vérité ».

La vérité que puis-je leur en dire ?

Il faudra que se décantent beaucoup de situations, que se stabilisent beaucoup d’autres et que le tumulte de la passion s’apaise pour que vienne la clarté. Que s’est-il passé donc qui a fait du jour le plus attendu et le plus glorieux de l’épopée algérienne un jour de joie mais où, sourdement, pèse l’angoisse ?

Fac-similé de l’article du J.A. n° 92.

Une certaine confusion

Les initiés, certes, savaient que depuis le CNRA de Tripoli le feu couvait. A Tripoli des hommes se sont opposés plus que des théories. Quand les réunions ont commencé, Ben Bella, aux yeux de beaucoup, avait toutes les chances de succéder à Ben Khedda à la tête du GPRA. Mais le ton de ses interventions, l’acuité des altercations qu’il a eues avec l’un et l’autre, la querelle autour du parti nouveau et – surtout – de l’attitude à observer face à l’état-major, tout cela a bouleversé la conférence qui s’est terminée dans une certaine confusion.

De plus en plus, tout sépare le gouvernement des trois hommes de l’état-major. Ben Slimane, Boumedienne, Menjli.

Puis, ce fut la période de l’équivoque. A Tunis, l’ALN ouvre un bureau de presse et diffuse des communiqués, parallèlement aux services du ministre de l’Information du GPRA. Difficilement, on colmate, on étouffe, on remet, on évite l’éclat. Mais de jour en jour, l’affaire se détériore. De plus en plus, tout sépare le gouvernement des trois hommes de l’état-major. Ben Slimane, Boumedienne, Menjli.

De sourde qu’elle était depuis 18 mois, la querelle est maintenant publique et s’envenime. Vers l’intérieur partent des émissaires. Les wilayas sont travaillées, des tracts vengeurs circulent.

Les réunions du GPRA se multiplient. La dernière, l’historique, a eu lieu le 26 juin. Des délégués sont venus d’Algérie des wilayas 2, 3 et 4 et de la zone autonome d’Alger. Ils confirment ce que Krim et Boudiaf qui rentrent d’Algérie ont observé : gare à la faille grave. Le mot subversion est prononcé. Les ministres réunis, y compris Ben Bella, décident qu’il faut agir, vite, car on craint même que dans telle ou telle zone, la dissension ne prenne des formes concrètes, proclamées et organisées. Sur le fait qu’on doit réagir fort et vite, l’accord est total, à une voix près, celle de Khider, Pour des raisons « morales » et devant la tournure des événements, il préfère s’effacer. C’est ce que dans la nuit il annoncera à une agence de presse.

Fac-similé de l’article du J.A. n° 92.

Pas d’éclat avant juillet

Mais, au cours de cette réunion du GPRA, on n’a pas parlé que d’affaires militaires, on a surtout frôlé la solution du problème majeur de Tripoli : comment organiser le futur politique en Algérie, comment préparer le grand CNRA de l’indépendance, les assises du nouveau parti, sa charte, son programme. Comment, en un mot, prendre le pouvoir.

Ce qu’on n’a pas réussi à définir à Tripoli, on avait fini à Tunis par l’esquisser: une sorte de comité composé notamment de Ben Bella, Boudiaf, Krim, Ben Khedda était chargé du travail de préparation, une sorte de bureau politique avant la lettre, qui avait pour mission de préparer le congrès de la grande explication. Ainsi voulait-on honorer l’engagement plus ou moins explicite pris par chacun de ne provoquer aucun éclat avant juillet, de se présenter en rang compact au jour de l’indépendance et de remettre les secousses au jour de la confrontation avec l’intérieur, ses cadres, ses militants, son armée, sa réalité.

C’était une véritable espérance que ce compromis. Une réunion prévue le 28 juin devait sceller ce compromis et définir les mesures à prendre à l’égard des officiers de l’état-major. Mais le 28 juin, Ben Bella n’est pas là. Les dépêches qui annoncent son départ sont évasives. On parle de précipitation, c’est tout juste si l’on ne dit pas fuite. En fait, c’est une surprise pour tout le monde. Pour les ministres du GPRA en premier lieu. On saura sans doute bientôt les raisons et les circonstances précises de cette initiative de Ben Bella. On ne peut aujourd’hui que la raconter.

Un avion égyptien est arrivé à Tunis avec des réfugiés algériens en provenance de Libye. L’appareil devait rentrer à vide, vers Tripoli. Au moment du départ, il s’est trouvé que Ben Bella était à l’aérodrome pour saluer le ministre marocain, le Dr Khatib, son ami personnel qui repartait à cette même heure pour le Maroc après une brève visite au GPRA. Ben Bella « pour saluer l’équipage de l’avion égyptien » est monté à bord. Il n’en est pas redescendu. On saura plus tard, et sans certitude, que l’autorisation de l’ambassadeur du Caire à Tunis avait été sollicitée et obtenue par le vice-président du GPRA.

Le départ de Ben Bella crée une situation politique explosive, aiguise les complexités, met la crise en lumière et ouvre la voie aux commentaires les plus divers.

Le départ de Ben Bella crée une situation politique explosive, aiguise les complexités, met la crise en lumière et ouvre la voie aux commentaires les plus divers. C’est incontestablement un geste lourd de conséquences et que les « observateurs » sur le moment, estiment porteur des pires implications.

On espère…

Le GPRA n’en poursuit pas moins l’action définie la veille et l’on apprend que les colonels Boumediene Ben Slimane et Menjli sont dégradés. En écho, Ben Bella déclare simplement aux agences de presse « qu’il ne peut se solidariser avec  cette décision. Il n’accuse pas il ne dénonce pas, ii se dissocie. De même, à Tunis, quand il s’agit de Ben Bella, les Algériens parlent avec prudence. Rien n’est rompu. Rien n’est compromis. Le vice-président est toujours vice-président, Officiellement, il est seulement absent.

Alors on espère. A travers ce branle-bas, ces inquiétudes, parviennent comme en sourdine, comme un bruit de fond, réconfortant, les nouvelles d’Alger où se passe comme prévu le référendum, les échos de joie populaire, l’immense majorité des « oui » et l’indépendance.

Au lendemain du jour où l’Algérie a voté, au stade du Belvédère à Tunis, les gouvernements algérien et tunisien se réunissent. Bourguiba et Ben Khedda parlent. Tous les deux passent vite sur les sentiments. Les évocations et les congratulations et abordent les préoccupations plus sombres qui sont au fond de la joie comme la lie au fond du verre. Le président algérien prend un ton vigoureux et trouve des mots sévères pour condamner ceux qui sont « tentés par les aventures militaristes, par la soif du pouvoir et entendent accéder par la manœuvre et la démagogie ».

Comment ne pas penser au yousséfisme ? L’histoire ne se répète pas. Les situations ne sont jamais semblables. Mais en l’occurrence le rapprochement est séduisant. Bourguiba s’empare de ce thème et en fait l’essentiel de son intervention pour dire que la Tunisie à qui cette situation a été hélas familière est aux côtés du GPRA, face au danger de la subversion.

Le vol de nuit

Voilà mixées les deux affaires : Ben Bella-état-major. Y a-t-il encore une chance de les dissocier, de récupérer avant le grand départ pour Alger – et l’on part demain – le vice président du GPRA ? Tout le laisse espérer car dans la tribune officielle, au stade municipal, il y a un homme qu’on n’attendait pas, arrivé quelques instants auparavant dans un avion spécial aux couleurs de la RAU. C’est M. Ali Sabri, conseiller écouté du président Nasser, qui est venu accompagné de M. Bassanine Heikel, éditorialiste fameux d’Al Ahram. Il n’est pas là seulement pour présenter ses compliments au GPRA. Son déplacement est la preuve que l’affaire Ben Bella a ému le Caire et que Nasser, très tôt, tient à faire connaître sa position et tenter d’intervenir dans le sens de la conciliation. En début de soirée, le GPRA donnait à l’hôtel Majestic une soirée d’adieu. Vers 11 heures, Krim Belkacem s’éclipsait discrètement et l’on apprenait qu’avec Ali Sabri et Hassanin Keikel il s’envolait dans la nuit pour Benghazi.

L’avion emmenait trois personnes. 0n espérait que les passagers seraient 4 au retour. Il n’en fut rien. Pendant la longue nuit de veille à Benghazi, le représentant d’Abdel Nasser et Krim Belkacem ont écouté Ben Bella et lui ont longuement parlé. Ce fut d’abord une conversation à trois pendant laquelle Sabri transmit un message de Nasser à Ben Bella, l’invitant instamment à résoudre par le dialogue avec ses compagnons les problèmes qui l’opposent à eux, à exorciser très vite ce symptôme redoutable et dangereux de désunion, Sabri fait clairement comprendre devant Krim que l’Égypte, en aucun cas, n’attiserait ce foyer de discorde et n’y interviendrait autrement: que pour tenter de ramener l’harmonie.

Puis ce fut le dialogue Krim-Ben Bella. Que le premier se soit déplacé est déjà un acte de conciliation de la part du GPRA et de Krim Belkacem lui-même. Il est devenu banal de dire que les deux hommes ne sont pas, sur le plan personnel, liés par une amitié chaleureuse. En choisissant cet émissaire, le GPRA voulait faire apparaître que l’intérêt de la révolution devait passer au-dessus du reste, L’entretien est grave, sévère, Ben Bella est résolu, il n’accepte pas de rentrer. Il s’engage toutefois à ne rien entreprendre contre ses collègues, contre le gouvernement dont il fait partie. Ses projets il semble bien qu’il n’en ait pas lui-même une idée très précise encore.

– « Je rentre chez moi à Marnia, en willawa 5 ».

– « Cela veut-il dire que tu veux faire du régionalisme ? »

– « Absolument pas».

Voilà. C’est peu, c’est sec. On ne peut pas conclure que la situation est tragique. Mais l’avion rentre sans Ben Bella et l’on garde de ce vol de nuit négatif un arrière goût amer d’occasion perdue. Et mardi, alors que Benkhedda et ses collègues se préparent à prendre l’avion pour Alger, chacun essaie en vain de comprendre « l’inexplicable obstination ».

Alger, mardi soir une foule délirante, secouée par une joie qu’on ne fabrique pas, et toute proche des larmes, une foule qui s’époumone à glorifier le peuple et ses martyrs.

Les lampions éteints

Alger, mardi soir une foule délirante, secouée par une joie qu’on ne fabrique pas, et toute proche des larmes, une foule qui s’époumone à glorifier le peuple et les martyrs, la république et la révolution, une foule qui ne prononce pas de noms, s’entasse par centaines de milliers sur le bord de la route et dans les avenues de la ville pour accueillir le GPRA sans Khider, sans Ben Bella. Et pourtant un moment, lorsque, entourés par le Commandant Ezzedine et ses hommes de la zone autonome, les ministres sont montés à la préfecture d’Alger ils ont dû eux aussi s’accorder un moment de répit pour savourer cet instant d’histoire.

« Cette préfecture, a dit Saad Dahlab, nous y entrions il y a quelques années, mais les menottes aux mains ».

Mais les lampions éteints, les problèmes demeurent. Après avoir vu Nasser, Ben Bella va sans doute rentrer en Oranie et il faudra quelques jours pour mesurer la secousse suscitée dans les wilayas par l’arrestation de Ben Slimane, et la dégradation de Boumedienne et Menjli.

« Ainsi vont les révolutions, m’a dit un ministre du GPRA. Ceux que nous avons dégradés, ce sont des frères qui ont travaillé avec nous et souffert avec nous. Nous ne le nions pas. Mais ils avaient de l’ambition, trop d’ambition. Dans une révolution comme la nôtre, il est normal que les gens montent et descendent, qu’il y ait des promotions, des disgrâces, des bouleversements, Mais ce qu’il faut avoir présent à l’esprit, c’est qu’il existe un gouvernement mandaté par le CNR, doté d’une autorité. S’il n’agit pas en présence de ce qu’il considère comme une menace grave ; il fait preuve de faiblesse, d’inefficacité. Donc il se disqualifie. Quelle sera l’attitude de ceux que nous avons dégradés ? Je n’en sais rien. Ce que je sais, c’est que jamais nous ne prendrons l’initiative de taire tirer sur des frères ».

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