Energie

Chakib Khelil : tout ce qu’il faut savoir sur l’ancien homme fort du clan Bouteflika

Chakib Khelil (g) fait partie de ceux qu'on a surnommés les Boutef' Boys pour leur très grande proximité avec le président algérien Abdelaziz Bouteflika (d). DR ©

La chute est rude pour l'ancien homme fort du clan Bouteflika. L'ancien ministre de l'Énergie, Chakib Khelil, est visé par un mandat d'arrêt international lancé par la justice algérienne pour son implication présumée dans l'affaire de corruption à Sonatrach. Tout ce qu'il faut savoir sur le "Monsieur Énergie" algérien.

Ex-ministre et proche du président algérien, Abdelaziz Bouteflika, Chakib Khelil se voit visé par un mandat d’arrêt international pour une affaire de corruption liée au groupe pétrolier Sonatrach dont il était le PDG dans les années 2000. Actuellement exilé aux États-Unis, Chakib Khelil se dit prêt à comparaître devant la justice algérienne. Businessman redoutable et homme de réseaux, le « Monsieur Énergie » algérien affiche un parcours riche en rebondissements. Jeune Afrique se propose d’en éclaircir sept aspects marquants.

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Khelil chez l’Oncle Sam

Chakib Khelil a passé plus de dix ans aux États-Unis. Arrivé chez l’Oncle Sam en 1960, il y poursuivra ses études jusqu’à l’obtention d’un master en mines et pétrole à l’Ohio State University puis d’un doctorat en ingénierie pétrolière à la Texas A&M University en 1968. Après avoir travaillé quelques années pour les compagnies Shell, Phillips Petroleum et D.R. McCord & Associates à Dallas, il rentrera à Alger en 1971. Malgré les allégations de la presse algérienne et du procureur général près la Cour d’Alger, Belkacem Zeghmati, Chakib Khelil a démenti être détenteur de la nationalité américaine dans une interview accordée à trois quotidiens algériens le mercredi 14 août 2013. Par ailleurs, il se trouverait actuellement aux États-Unis avec sa femme et ses deux enfants.

Malgré les allégations de la presse algérienne, Chakib Khelil a démenti être détenteur de la nationalité américaine.

Une enfance entre le Maroc et l’Algérie

Chakib Khelil est né à Oujda, une ville située au nord-est du Maroc. La proximité d’Oujda avec l’Espagne et l’Algérie lui permet de jouer un rôle de carrefour entre l’Afrique du Nord et l’Europe. Le jeune Khelil a grandit entre Oujda, Tlemcen et Oran où il possède désormais plusieurs propriétés.

Khelil, le « Boutef’ boy »

Chakib Khelil fait partie – aux côtés de Noureddine Zerhouni et Hamid Temmar – de ceux qu’on a surnommés « les trois mousquetaires » ou les « Boutef boys » afin de souligner leur très grande proximité avec le président algérien, Abdelaziz Bouteflika. À Oujda, ce dernier aurait fréquenté la même école que son futur ministre de l’Énergie qu’il recrutera dans son équipe de campagne en 1999, à la veille de la présidentielle. Affaibli par les scandales liés à Sonatrach, Chakib Khelil se verra finalement « lâché » par son ancien ami d’enfance qui le limogera en mai 2010. Le « mousquetaire » a rendu son épée.

Les années fastes

Après avoir fait l’essentiel de sa carrière à la Banque mondiale, Chakib Khelil rédige une partie du programme d’Abdelaziz Bouteflika consacré aux hydrocarbures et convainc son mentor de la nécessité de libéraliser le secteur. Ainsi, il devient ministre de l’Énergie et des Mines le 26 décembre 1999. Cumulant ce poste avec celui de PDG de la compagnie Sonatrach, le « Boutef boy » peut se targuer d’avoir fait passer les capacités de production pétrolière de 800 000 barils par jour (bpj) à plus de 1,2 million de bpj, d’avoir multiplié par trois le chiffre d’affaires de la société nationale ainsi que d’avoir développé l’activité à l’international.

Avec la complicité de Farid Bedjaoui Khelil octroyait des contrats juteux aux groupes étrangers parmi lesquels Saipem.

L’affaire « Sonatrach 2 »

En 2005, son projet de réforme du secteur des hydrocarbures pour ouvrir davantage le pétrole algérien aux groupes étrangers est annulé par Abdelaziz Bouteflika, réélu une année plus tôt à la tête de l’État. La liquidation de BRC (Broot Root & Codor, filiale entre Sonatrach et la société de services pétroliers américaine Haliburton), suite à une enquête du DRS (services secrets) à laquelle Chakib Khelil avait toujours refusé de se soumettre, porte un nouveau coup à ses ambitions. Mais Monsieur Énergie conserve de l’influence et commence alors à tremper dans des affaires de corruption impliquant des milliards de dollars. Avec la complicité de son ami, Farid Bedjaoui, Khelil octroyait des contrats juteux aux groupes étrangers parmi lesquels Saipem, filiale du groupe énergétique italien ENI. C’est ce que la justice algérienne baptisera « l’affaire Sonatrach 2 ».

La fuite

En 2008, Saipem avait décroché plusieurs contrats d’un montant supérieur à huit milliards de dollars. Suite aux révélations faites par la presse italienne, début 2013, sur les pots de vin versés par Saipem pour décrocher des contrats en Algérie, Khelil subit les premières perquisitions de la police judiciaire. Inquiété, il quitte le pays et se voit visé – ainsi que sa femme et ses deux enfants – par un mandat d’arrêt international pour corruption.

Bientôt un procès ?

Convoqué par la justice algérienne le 20 mai dernier, l’ancien ministre ne s’était pas présenté pour « raisons médicales ». Cependant, Chakib Khelil a annoncé mardi 13 août au quotidien algérien Echorouk être « prêt à comparaître devant la justice ». Si l’on se réfère au procès de l’ex-milliardaire, Khalifa, il est peu probable que Chakib Khelil échappe à une épreuve similaire.

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