Économie

Le Congo Brazzaville veut améliorer le climat des affaires pour les PME

Sévèrement jugées par la Banque mondiale en matière de climat des affaires, les autorités congolaises réagissent. Et quelques améliorations concrètes apparaissent déjà.

Mis à jour le 16 août 2013 à 10:11

La filière bois est l’un des secteurs clés de la relance industrielle. © Antonin Borgeaud/JA

À l’annonce, en octobre 2012, de la relégation du Congo au 183e rang sur 185 pays dans le classement « Doing Business » 2013 de la Banque mondiale sur l’environnement des affaires (il occupait déjà la 177e position sur 183 pays classés en 2011, et la 181e en 2012), les autorités congolaises ont accusé le coup. Et ce fut comme un électrochoc. « La stupeur passée, l’État a reconnu que ce qui avait été fait en matière d’amélioration du climat des affaires pour les PME-PMI n’était pas suffisant et qu’il fallait réorienter les choses. Car il n’est plus question que nous figurions parmi les derniers du classement », martèle Jean Pinda Niangoula, directeur de la promotion du secteur privé au ministère du Développement industriel.

Coup de pouce aux porteurs de projet

Du 21 au 23 novembre se tiendra à Brazzaville le premier Challenge entrepreneurial du bassin du Congo.

Le Challenge entrepreneurial du bassin du Congo est une initiative du Réseau international des Congolais de l’extérieur (Rice, créé en France en 2011), qui a mis sur pied plusieurs prix, dont celui du meilleur entrepreneur de la diaspora. « Nos sponsors nous ont encouragé à faire quelque chose de semblable au Congo et nous avons donc décidé d’organiser un forum sur l’entrepreneuriat à Brazzaville, explique Edwige Laure Mombouli, la présidente du Rice. Nous avons lancé un appel à candidatures afin de sélectionner les meilleurs porteurs de projet, qui bénéficieront de subventions et de financements bancaires. Les dossiers doivent présenter un business plan et s’inscrire dans des filières précises. » Le forum a obtenu le soutien de la Banque mondiale et de divers sponsors, dont la Société nationale des pétroles du Congo (SNPC). L’engouement est réel, puisque le Rice a déjà reçu plus de 300 dossiers.  M.D.

Un plan d’action pour l’amélioration de l’environnement des affaires avait pourtant été élaboré en 2009 et adopté en 2011, mais les mesures ont tardé à être appliquées… Cette fois, le gouvernement a réagi immédiatement après la publication du rapport « Doing Business », ainsi que le Haut Conseil du dialogue public-privé, qui associe depuis 2012 une plateforme de représentants des ministères et une de représentants des syndicats patronaux. « Des groupes thématiques, composés d’experts de l’administration et animés par le secrétariat permanent du Haut Conseil, ont examiné dix indicateurs du « Doing Business » et fait des propositions pour améliorer notre classement dès 2014. Ces propositions ont été soumises aux deux plateformes puis transmises au secrétaire général du gouvernement pour être validées et adoptées », explique Jean Pinda Niangoula. Prochaine étape : l’identification et la formulation des réformes nécessaires à moyen et à long termes.

Le processus enclenché, reste à attirer des investisseurs dans les secteurs identifiés par le Plan national de développement 2012-2016 et le Programme national de redéploiement industriel (en cours d’adoption) pour industrialiser et diversifier l’économie. Une nécessité, sachant que, comme le souligne le directeur de la promotion du secteur privé, « les investissements directs étrangers [IDE] hors pétrole ne représentent que 5 % du PIB ». Cette tâche est désormais confiée à l’Agence pour la promotion des investissements, également créée en 2012 et dont les statuts ont été adoptés en avril. Pour l’accompagner dans ses premiers pas, un accord a été signé avec le Board of Investment de l’île Maurice.

Le gouvernement veut aussi inciter les acteurs congolais à investir et à se structurer. « Nous avons identifié 590 entreprises formelles, dont 40 % sont dans le secteur des services (en particulier le commerce), et répertorié quelque 3 600 entreprises informelles qu’il faut aider à se professionnaliser, explique Niangoula. Nous projetons de constituer une banque de données sur les entreprises et leur contribution au PIB, secteur par secteur, pour avoir plus de visibilité. »

Pour favoriser la structuration des PME-PMI, le gouvernement, appuyé par des bailleurs de fonds (dont la Banque mondiale), a notamment créé un Fonds d’impulsion, de garantie et d’accompagnement (Figa) et apporté un appui financier à l’Association Pointe-Noire industrielle (Apni).

Créée en 2003 avec pour mission de faire émerger un tissu local d’entreprises viables, l’Apni compte parmi ses membres fondateurs la Chambre de commerce, d’industrie, d’agriculture et des métiers de Pointe-Noire, le Forum des jeunes entreprises du Congo ou encore Total E&P Congo. Elle appuie 260 sociétés, dont 160 en activité, qui représentent un chiffre d’affaires de 100 millions de F CFA (plus de 152 000 euros), contre 30 millions il y a dix ans. Pour bénéficier de ses services, les entreprises doivent adhérer à un centre de gestion agréé (CGA) qui les aide à tenir une comptabilité à jour et à passer du secteur informel au formel. Il en existe actuellement un à Pointe-Noire et un dans le département voisin du Kouilou. Pour développer l’arrière-pays, le gouvernement soutient d’ailleurs le projet de mise en place d’un CGA à Brazzaville, afin d’étendre l’expérience de l’Apni.

Sous-traitance

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Plus largement, les autorités planchent sur la création de Bourses de sous-traitance dans tous les secteurs, qui permettront d’offrir des opportunités d’affaires aux entreprises locales. Elles cherchent également à élaborer un nouveau cadre juridique et fiscal pour le local content (« contenu local », politique consistant à valoriser le recours aux ressources nationales, en matière d’emploi et de financement notamment). Total a déjà mis en oeuvre ce principe dans le cadre de la première phase de développement des gisements pétroliers de Moho, à 80 km des côtes congolaises.

Reste à s’atteler à la question des ressources humaines, et en premier lieu à la formation. « L’État fait un gros effort pour développer les infrastructures de base et améliorer l’environnement des affaires, mais la pénurie de main-d’oeuvre qualifiée dans tous les domaines reste l’un des plus grands freins à l’essor du privé », insiste Jean-Jacques Samba, le secrétaire général de l’Union patronale et interprofessionnelle du Congo (Unicongo).

Nous avons répertorié quelque 3600 entreprises informelles qu’il faut aider à se professionnaliser.

Pour y remédier, les pouvoirs publics et les industriels étudient la création de centres de formation, notamment dans les métiers du bois – avec le Forum des jeunes entreprises -, et de l’industrie – avec la collaboration de partenaires publics et privés de Singapour. La reconversion des diplômés d’université dans les métiers de l’industrie, via une formation en entreprise, est également envisagée. Autant de projets qui seront intégrés dans la stratégie globale de formation professionnelle, actuellement en cours de finalisation.

Alphonse Missengui : « Le sujet des ressources humaines est crucial »

Alphonse Missengui est le président délégué de l’Union patronale et interprofessionnelle du Congo (Unicongo).

Jeune afrique : Quelles réformes le Haut Conseil du dialogue public-privé doit-il mettre en oeuvre en priorité pour améliorer le climat des affaires ?

Alphonse Missengui : Ces réformes seront désormais définies à travers les mécanismes de concertation entre les deux plateformes (représentant le secteur public et le privé) du Haut Conseil, dont il faut souligner la nouveauté. Sans vouloir anticiper sur ses futures décisions ni sur les travaux en cours, on peut déjà dire que les priorités portent sur le cadre fiscal, dont il faut poursuivre l’assainissement et la simplification, et sur le cadre juridique, notamment en matière de respect mutuel des engagements contractuels.

Le dialogue public-privé aborde-t-il le manque de qualification des ressources humaines ?

La question des ressources humaines est en effet cruciale pour l’essor du secteur privé, pour sa diversification et pour le développement économique et social du pays. La qualification de la main-d’oeuvre est également nécessaire pour répondre à l’évolution des métiers liée aux innovations technologiques et commerciales, ainsi qu’aux évolutions en matière d’organisation que la mondialisation impose aux entreprises privées. Des solutions de formation sont ébauchées dans certains secteurs, tels que le bâtiment et la maintenance industrielle, à travers des centres d’éducation, de formation et d’apprentissage créés dans le cadre d’un partenariat entre le ministère de l’Enseignement technique, professionnel, de la Formation qualifiante et de l’Emploi, l’Agence française de développement et Unicongo. Cette première expérience de partenariat public-privé en matière de formation, avec l’appui d’un organisme de développement, est encourageante et mérite une attention particulière au regard de l’importance des besoins dans la quasi-totalité des secteurs.

Que font les entreprises pour pallier le déficit à court terme ?

À Pointe-Noire, des entreprises privées accueillent des étudiants de l’Institut supérieur de technologie d’Afrique centrale dans le cadre d’un partenariat pour la formation en alternance, avec des possibilités d’emploi à la fin du cursus. Il n’existe pas encore de projets d’envergure en matière de formation interentreprises, mais il semble que la mutualisation des moyens soit la piste à suivre par les sociétés opérant dans le même secteur et confrontées au même problème de qualification de leurs ressources humaines.