Politique

RDC – M23 : négociations interrompues à Kampala, scepticisme à Goma

Mis à jour le 11 décembre 2012 à 09:52

Les rebelles du Mouvement du 23-Mars (M23) ont provisoirement quitté la table des négociations avec la République démocratique du Congo (RDC), lundi 10 décembre à Kampala. À Goma, le scepticisme domine.

À peine commencées, les négociations de Kampala entre la RDC et la rébellion du Mouvement du 23-Mars sont mal en point. Selon Lambert Mende, ministre congolais de la Communication et des Médias  interrogé par RFI, il faut toutefois croire aux négociations en cours. « Je pense que, dans la mesure où il s’agit d’un groupe de Congolais qui a cru devoir se prêter à des projets funestes contre leur pays, ourdis à l’étranger, il est bon que le gouvernement parle avec eux. Ce n’est jamais mauvais qu’on les écoute, comme les chefs d’État ont demandé à notre président de le faire. » a-t-il déclaré.

Neutralité des médiateurs

Lundi, au deuxième jour des négociations de Kampala, les rebelles du Mouvement du 23-Mars ont décidé de boycotter les pourparlers, reprochant à Kinshasa son agressivité au début de la rencontre. « Nous sommes ici pour négocier, pas pour écouter la colère du gouvernement » a protesté René Abandi, responsable des relations extérieures du M23, sans se prononcer sur un retour aux négociations mardi. « Quand il nous semblera qu’il y a un cadre pour négocier, nous viendrons. » s’est-il contenté d’ajouter.

À Kinshasa, l’opposition a quant à elle refusé de participer aux discussions, de même que le gouverneur de la province du Nord-Kivu, Julien Paluku.

Avocats, syndicalistes, élus… Ils sont peu nombreux à croire en ces pourparlers. Kambale Lwanga Chernozem, le secrétaire provincial de l’Union Nationale des Travailleurs du Congo, « ne (voit) pas ces assises de Kampala réussir ». « Chaque partie va vouloir camper sur sa position » au prix d’un « sacrifice » de la population, a-t-il déclaré. Pour ce syndicaliste, c’est la neutralité des médiateurs, le Rwanda et l’Ouganda, qui est ici en cause : « Comment peuvent-ils être des médiateurs du conflit qu’ils attisent ? ». Kinshasa, mais aussi des experts de l’ONU accusent ces deux pays de soutenir activement le M23, ce qu’ils démentent.

« Les vraies victimes de la crise ne sont pas impliquées », déplore de son côté l’avocat Jean Paul Lumbulumbu.

Le M23 aux portes de Goma

À Goma, les habitants tentent malgré tout de retrouver une vie normale, depuis que les rebelles du M23 se sont repliés sous la forte pression internationale, le 1er décembre, après 12 jours d’occupation.

Mais contrairement aux conditions qui avaient été fixées pour l’engagement des pourparlers avec Kinshasa, les soldats mutins, des Tutsi congolais appuyés par le Rwanda et l’Ouganda selon Kinshasa et l’ONU, camperait à 3 km de la ville au lieu d’une distance minimum de 20 km.

Dans un communiqué, Me Omar Kavota, représentant officiel de la société civile du Nord-Kivu, déclare que « le M23 prépare la guerre et se passe (ne tient pas compte, ndlr) visiblement des pourparlers qui ont lieu à Kampala ». Selon lui, la rébellion s’infiltrerait au nord de la ville, notamment autour de l’aéroport, et envisagerait de couper la route de Sake, à l’ouest, qui mène au Sud-Kivu voisin.

Des déclarations confirmées par le porte-parole militaire de la Mission de l’ONU en RDC (Monusco), le colonel Prosper Basse. Selon ce dernier, des reconnaissances aériennes menées par des hélicoptères de la Monusco – dont plus de 6 000 hommes sur un effectif de 19 000 sont déployés au Nord-Kivu – ont confirmé que le M23 n’avait pas rejoint ses positions initiales.

Enfin, sur le terrain, la rébellion profite d’un autre avantage, celui de la réouverture lundi par l’armée ougandaise du poste-frontière de Bunagana. Situé entre la RDC et l’Ouganda, ce poste tenu par le M23 avait été fermé mi-novembre par Kampala après des plaintes de Kinshasa. Point stratégique par lequel transite un important flux de marchandises, il était tombé début juillet entre les mains du M23, qui en avait tiré de substantiels revenus en percevant des taxes à chaque passage de marchandises.

Crise humanitaire

Derrière cette crise, qui s’est intensifiée avec l’offensive lancée il y a 8 mois par le M23 – et qui a abouti à la prise de Goma – se dessine le spectre d’un nouveau conflit généralisé dans la région et d’une grave crise humanitaire.

Sur les 300 000 habitants que compte Goma, environ 138 000 se seraient déplacées pour fuir les affrontements de ces dernières semaines, selon les différentes organisations de secours présentes.

En attendant un retour à la normale, les Nations unies ont renforcé leur dispositif à Goma, et des Casques bleus patrouillent « jour et nuit dans la ville en collaboration avec la police nationale congolaise », selon le porte-parole militaire de la Monusco.

(Avec AFP)