Politique

Centrafrique : la coalition suspend ses opérations, le sommet de la CEEAC s’ouvre à N’Djamena

Des membres de la garde présidentielle à Bangui, photographiés en 2005.

Des membres de la garde présidentielle à Bangui, photographiés en 2005. © AFP

La coalition rebelle qui mène une offensive en Centrafrique s'est emparée d'une nouvelle ville jeudi 20 décembre. Après dix jours de troubles, elle a annoncé qu'elle suspendait ses opérations pour "donner une chance au dialogue". Un sommet extraordinaire des chefs d'État de la Communauté économique des États de l'Afrique centrale (CEEAC) s'est ouvert vendredi à N'Djamena.

Mis à jour le 21 décembre à 11 h 19

« La coalition a décidé de manière unilatérale à compter de jeudi soir de suspendre les opérations sur le terrain, afin de donner une chance au dialogue que nous réclamons depuis le début des opérations. Nous demandons à nos hommes de garder leurs positions et de ne pas céder aux provocations, en attendant l’ouverture d’un dialogue sincère », a déclaré M. Djotodia, l’un des responsables de la coalition rebelle centrafricaine Séléka.

Cette dernière a décidé de suspendre ses opérations tout en gardant ses positions sur le terrain afin de « donner une chance au dialogue ».

« L’arrivée des contingents tchadiens nous a fait penser à une intervention militaire aux côtés des forces régulières. Mais vu que le Tchad a clairement fait savoir que ses forces sont venues en mission d’interposition et non pas pour nous attaquer, nous suspendons les opérations et nous attendons la réponse de Bangui à propos de l’ouverture du dialogue », a affirmé le même responsable.

Les rebelles avaient conquis une nouvelle ville mais en perdu une autre. Selon les Forces armées centrafricaines (FACA), la coalition dite du Séléka a pris Batangafo, à 300 km au nord de Bangui, la capitale, mais l’armée a reconquis Kabo, à 60 km au nord de Batangafo, tombée mardi aux mains des rebelles.

Sommet de la CEEAC

Le Conseil de Sécurité de l’ONU avait appelé les insurgés à cesser les hostilités. Des négociations avaient été annoncées pour vendredi entre le gouvernement du président François Bozizé et les rebelles, qui ont repris les armes le 10 décembre pour réclamer l’application d’accords de paix. Ces pourparlers devaient avoir lieu au Tchad voisin, à l’occasion du sommet extraordinaire des chefs d’État de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC) qui s’est ouvert vendredi à N’Djamena . Le Tchad a dit jouer un rôle de médiateur dans la crise, bien qu’il ait envoyé des soldats cette semaine en Centrafrique en réponse à un appel de son allié, le président Bozizé.

« Il n’est pas prévu au cours de ce sommet de négociations entre belligérants centrafricains », a finalement affirmé le ministre tchadien de Communication Hassan Sylla Bakari. Le sommet « sera consacré uniquement à la crise centrafricaine et à la République démocratique du Congo », a-t-il déclaré.

Quatre chefs d’États sont présents au sommet : le Centrafricain François Bozizé, le Tchadien Idriss Déby Itno, le Gabonais Ali Bongo et le Congolais Denis Sassou Nguesso. La CEEAC regroupe l’Angola, le Burundi, le Cameroun, la Centrafrique, le Congo Brazzaville, la République démocratique du Congo, le Gabon, la Guinée équatoriale, Sao Tomé-et-principe et le Tchad.

Jeudi, « les rebelles ont pris Batangafo (15 à 20 000 habitants) vers 11h00 (10h00 GMT) et progressaient vers Bouca », à 280 km au nord de Bangui, a indiqué une source à la gendarmerie de Bouca. Selon elle, les gendarmes ont quitté cette ville de moins de 10 000 habitants qui n’est pas défendue par des forces armées centrafricaines (FACA).

Dialogue

De son côté, l’armée régulière a repris Kabo, tombée la veille au terme de « violents combats », d’après une source militaire centrafricaine. « Les FACA se sont reconstituées sans renforts et ont lancé une contre-offensive. Les combats ont été particulièrement violents. L’armée a finalement pris le dessus et a repris le contrôle de toute la ville, obligeant les rebelles à battre en retraite », a-t-elle déclaré. « Trois éléments des FACA et deux rebelles ont été tués lors des combats », a-t-elle précisé.

Mercredi, à New York, le Conseil de Sécurité a demandé que les rebelles « mettent fin aux hostilités, se retirent des villes qu’ils ont prises et cessent leur progression » vers Bangui, tout en appelant à un dialogue politique.

Un chef du Séléka, Michel Djotodia, a refusé d’évacuer les villes conquises avant l’ouverture d’un dialogue. « Nous avons pris acte de la résolution du Conseil de sécurité de l’ONU mais nous n’allons pas nous retirer des positions actuelles sur le terrain tant qu’il n’y aura pas un dialogue sincère avec le pouvoir », a-t-il déclaré par téléphone à l’AFP. « On ne cherche pas le pouvoir. On veut que nos droits soient reconnus, que des réponses puissent être trouvées à nos exigences, de façon à ce que le président Bozizé gouverne autrement », a-t-il dit.

Le Tchad en "facilitateur"

Le Tchad d’Idriss Deby, qui a aidé le président Bozizé à prendre le pouvoir en 2003 et qui était déjà intervenu contre des rebelles en 2010, a déclaré que ses soldats envoyés mardi en Centrafrique s’étaient déployés en force d’interposition.

Des négociations entre les parties adverses sont prévues vendredi. « Nous avons été sollicités par les belligérants pour jouer le facilitateur », a indiqué le ministre tchadien de l’information, Hassan Sylla Bakari.

En même temps, N’Djamena va accueillir vendredi un sommet des chefs d’État de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC) sur le dossier centrafricain.

Pays enclavé de 5 millions d’habitants, parmi les plus pauvres de la planète, la Centrafrique était engagée depuis 2007 dans un processus de paix après des années d’instabilité, de rébellions, de mutineries militaires et de putschs qui l’ont empêché de tirer profit de ses ressources naturelles.

(Avec AFP)

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