Politique

RDC – M23 : la guerre est déclarée entre pro-Nkunda et pro-Ntaganda

Jean-Marie Runiga, chef politique du M23 demis de ses fonctions. © Phil Moore/AFP

Le Mouvement du 23-Mars (M23) éclate en deux branches. D'un côté, les hommes de Sultani Makenga, réputé proche de Laurent Nkunda, ancien chef de guerre et général déchu de l'armée congolaise, et de l'autre, les fidèles du général Bosco Ntaganda, recherché par la CPI, qui se sont regroupés autour de Jean-Marie Runiga, coordonnateur politique demis de ses fonctions. Un divorce qui complique encore un peu plus une situation sécuritaire délétère dans l'est de la RDC.

« Le M23 [Mouvement du 23-Mars, NDLR] souffre de ses propres contradictions, il doit cesser d’exister ». Les faits sur le terrain semblent donner raison à Lambert Mende, le porte-parole du gouvernement congolais, qui s’exprimait le 27 février à Kinshasa. La rébellion qui sévit depuis mai 2012 dans la partie est de la RDC, explose en plein vol. Tensions internes, suspicions mutuelles, affrontements entre deux branches rivales, immédiatement suivis par la destitution, le 27 février, de Jean-Marie Runiga de ses fonctions de « coordonnateur politique ». Le divorce est désormais consommé entre les pro-Nkunda et les pro-Ntaganda.

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Les deux groupes proviennent de l’ancienne rébellion du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP). En 2009, Bosco Ntaganda, commandant adjoint du CNDP, décide de se rapprocher de Kinshasa, en mettant hors-jeu le numéro un du mouvement rebelle, Laurent Nkunda, un général déchu de l’armée congolaise, aujourd’hui en résidence surveillée au Rwanda. Sultani Makenga, l’actuel chef militaire du M23, et les autres fidèles de Laurent Nkunda sont pris de court mais acceptent de jouer le jeu. L’accord du 23 mars est signé la même année. La guerre prend fin et les rebelles réintègrent les forces congolaises.

"Transcender les clivages antérieurs du CNDP"

Avril 2012. Après plusieurs atermoiements, le gouvernement congolais annonce son intention d’arrêter Bosco Ntaganda, son ancien allié, recherché par la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Ce dernier s’y oppose et se retranche, avec certains de ses hommes, dans le parc de Virunga. L’accord du 23 mars est suspendu. Au même moment, Sultani Makenga quitte Bukavu, capitale du Sud-Kivu, où il était affecté, pour se rendre à Bunagana, à la frontière avec l’Ouganda. Celui qui se fait désormais appelé « général » s’entoure alors des proches de Laurent Nkunda, mais aussi des lieutenants de Bosco Ntaganda.

De ce mariage de circonstance naît la rébellion du M23 : un pro-Nkunda, Sultani Makenga lui-même, se place à la tête de la branche armée, alors qu’un pro-Ntaganda, Jean-Marie Runiga, est nommé chef politique du mouvement. « La démarche consistait à essayer de transcender les clivages antérieurs du CNDP », avance un conseiller spécial de Sultani Makenga.

Soupçons

Mais au lendemain de la signature, le 25 février, à Addis-Abeba d’un accord-cadre par les onze pays de la région des Grands lacs visant à ramener la paix dans la partie orientale de la RDC, les dissensions se réactivent au sommet du M23. Le chef militaire soupçonne le responsable politique de jouer un double-jeu. « Nous ne pouvions pas tolérer qu’un membre de notre mouvement, qui que ce soit, entretienne en cachette des rapports avec Bosco Ntaganda qui nous avait trahi en 2009 », explique Vianney Kazarama, porte-parole militaire du M23. On essaye alors de « surveiller » davantage le « suspect » Runiga. Sans succès.

Avec un « groupuscule de troupes restées fidèles à Bosco Ntaganda », ce dernier se retire, le 26 février au soir, à Kibumba, un village sous contrôle du M23 situé à près de 30 km au nord de la ville de Goma. Avant d’être suivi le lendemain par le colonel Baudouin Ngaruye, commandant adjoint du M23, qui s’est également désolidarisé du camp Makenga. « Ils ont rejoint les hommes du colonel Innocent Zimurinda, un autre proche de Bosco Ntaganda, confie un membre de l’entourage de Makenga. Au total, leurs troupes ne dépassent pas une fourchette de 500 soldats », tente-t-il de minimiser.

La ligne de front a donc changé de nature. Désormais, les rebelles eux-même se tirent dessus. Selon plusieurs témoins sur place, le crépitement des armes automatiques s’est fait entendre, le 28 février, autour de Kimbuba. Les deux factions rivales du M23 se regardent aujourd’hui en chiens de faïence, prêts à en découdre à tout moment.

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Par Trésor Kibangula

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