Arts

Sénégal : Omar Victor Diop s’offre un tour de Manège

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Omar Victor Diop au Manège de Dakar.

Omar Victor Diop au Manège de Dakar. © Antoine Tempé

Jusqu’au 30 mars, les photographies du jeune Sénégalais Omar Victor Diop sont présentées à la galerie Le Manège, à Dakar, dans le cadre de « Cyclicités ». Une exposition collective qui évoque de manière subtile les cycles de l’existence et de l’Histoire.

Nous l’avions rencontré en 2011, aux 9e Rencontres de Bamako, la biennale africaine de la photographie, dont il avait été l’une des révélations. Après des débuts dans la finance et la communication, le Sénégalais Omar Victor Diop, venu à la photographie à l’orée de la trentaine, avait postulé au culot, sur les conseils d’un ami, déposant son dossier cinq minutes avant la clôture des candidatures. Sa série Fashion 2112 exposait ce que pourraient devenir les canons de la mode si le neuf devenait de mauvais goût et que le recyclage des déchets s’imposait comme le comble de l’élégance. Un premier travail réalisé en lumière naturelle, avec les moyens du bord. Au passage, Omar Victor Diop avait appris à tisser une relation avec un modèle : « Faire revêtir à une ancienne mannequin sénégalaise des sacs d’oignons ayant servi, ce n’est pas simple ! »

En 2012, il est présent à Dak’Art, la biennale de l’art africain contemporain. Dans les coursives de l’Institut français, il expose Wax Dolls, poupées de cire, « prétexte à une réflexion sur la complexe relation qui lie l’Afrique contemporaine consommatrice au wax », ce tissu venu d’ailleurs que le continent a fait sien. C’est là qu’il se lie avec On The Roof, un collectif de commissaires d’exposition et de critiques d’art fondé par Elise Atangana, Yves Chatap et Caroline Hancock. Lorsque le trio conclut un partenariat avec la galerie dakaroise Le Manège pour organiser une exposition collective, il est convié à rejoindre Steeve Bauras (martiniquais) et Kapwani Kiwanga (canadienne d’origine tanzanienne), deux artistes vivant à Paris et venus en résidence à Dakar à l’invitation du Manège.

Écurie, entrepôt, puis galerie

Ce lieu mythique pour l’art contemporain en Afrique de l’Ouest servira de fil rouge à « Cyclicités ». « Ce terme a émergé à l’issue d’une réflexion commune entre les artistes et les commissaires, explique Elise Atangana. Nous sommes partis du lieu, Le Manège, qui suggère une forme circulaire et a par ailleurs vécu diverses existences successives – écurie, entrepôt, salle de cours, galerie –, d’où l’idée de cycle. Nous souhaitions établir ainsi une connexion avec la population dakaroise. »

À l’entrée, les photos d’Omar Victor Diop (série Architextures), fruits de ses déambulations dans Dakar, qui juxtaposent les formes et textures d’éléments industriels, architecturaux et naturels. Quelques mètres plus loin, trois bouquets de fleurs reconstitués par Kapwani Kiwanga d’après les images d’archives des cérémonies d’indépendance sénégalaise ou malienne. Une installation qui représente le premier volet d’une œuvre plus vaste, Flowers for Africa, suggérant le caractère éphémère d’événements à haute portée symbolique.

Skate-board

Plus loin, dans la pénombre, au fond de la galerie, un écran vidéo diffuse des extraits saturés du film Shock Corridor, de Samuel Fuller (1963), mêlées à des images urbaines tournées à travers Dakar à hauteur de skate-board. Devant l’écran, où un Africain-Américain, d’une voix mécanique, fait l’apologie du Ku Klux Klan et d’une Amérique blanche, deux skateurs revêtus d’un pardessus noir, un masque étrange recouvrant leur visage, vont et viennent d’un bout à l’autre d’une rampe créée pour l’occasion par des artisans dakarois. Une métaphore du racisme intracommunautaire, rythmée par des bruitages inquiétants et par le roulement lancinant du skate, aussi répétitif que les discours d’exclusion. L’œuvre, qui mêle performance et installation vidéo, est intitulée 3k.

« L’exposition commence par une promenade insouciante, aérienne, et s’achève par un détour du côté obscur, s’amuse Omar Victor Diop. Elle montre au passage la diversité créative de trois artistes issus d’une nouvelle génération. » Pour Elise Atangana, ce parcours atypique peut s’entendre comme une métaphore des cycles de l’existence et de l’Histoire. « Avant d’atteindre le renouvellement, il faut passer par quelque chose de plus sombre. »

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Par Mehdi Ba, à Dakar

– « Cyclicités », jusqu’au 30 mars, à la galerie Le Manège, Institut français du Sénégal, 3, rue Parchappe, Dakar.

– Le site de l’artiste : www.omarviktor.com

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