BTP & Infrastructures

Éthiopie : le plus grand barrage d’Afrique sort de terre

Le barrage de la Renaissance en est encore au stade du terrassement. © Grégoire Pourtier

Sur le Nil Bleu, en Éthiopie, les travaux du barrage de la Renaissance - qui sera le plus important d'Afrique - ont commencé. Au grand dam de l'Égypte.

C’est jour de visite sur le chantier du barrage de la Renaissance, dans l’ouest de l’Éthiopie. « Cela va devenir l’une des meilleures destinations touristiques du monde. Les voyageurs apprécient ce genre d’infrastructures spectaculaires et symboliques du développement. » L’auteur de ces mots, Simegnew Bekele, n’est pas un guide touristique. S’il vante aujourd’hui les mérites du site, c’est en tant qu’ingénieur de la société nationale d’électricité, EEPCo, et en temps que chef de projet pour la construction de cet ouvrage pharaonique qui générera, à son potentiel maximum, 6 gigawatts, soit la plus importante production hydroélectrique du continent. Cette infrastructure constitue par ailleurs l’un des piliers de l’ambitieux plan de transformation et de croissance adopté en 2010 par le gouvernement pour faire de l’Éthiopie un pays à revenu intermédiaire d’ici à 2025.

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Pour l’heure, le gigantisme du projet ne saute pas aux yeux. On en est encore au stade du terrassement, et il faut faire preuve de beaucoup d’imagination pour visualiser le mur de 144 m de haut qui abritera les seize turbines. Quant au Nil Bleu, son lit n’a été décalé que de quelques mètres. Depuis une colline qui surplombe tout le chantier – ses dizaines de camions et de pelleteuses, sa cimenterie et sa base de vie logeant aujourd’hui 5 000 travailleurs (dont 206 expatriés) -, Simegnew Bekele pointe le sommet d’en face, à plus de un kilomètre. « Le barrage ira jusque là-bas et toute la plaine sera inondée. » Cette immensité paisible et arborée sera donc bientôt sous les eaux ? Difficile à concevoir sans cette précision : « Vous voyez ces montagnes là-bas, à plusieurs dizaines de kilomètres ? Eh bien, ce ne seront plus que des îlots… »

JA2746p086 infoL’ingénieur esquive les questions sur le coût des travaux (passé de 2,2 milliards à 3,8 milliards d’euros), le sort des populations déplacées (officiellement 3 000 personnes) et les conséquences du remplissage du réservoir. D’une étendue de 1 874 km2, celui-ci contiendra plus de 70 milliards de m3 d’eau. En aval, l’Égypte a des raisons de craindre que le débit du Nil n’en soit affecté pour quelques années… Pour se défendre, Simegnew Bekele rappelle régulièrement que les « normes internationales » sont respectées. Pourtant, aucune étude d’impact socio-environnemental n’a été rendue publique, et le groupe italien Salini (déjà partenaire du chantier du barrage Gibbe 3, dans le Sud) a obtenu le marché d’ingénierie civile sans appel d’offres.

Donations

Si notre guide promet que les bénéfices énergétiques seront partagés et que la régulation du flot sera positive pour les pays voisins, la rhétorique officielle fait surtout état de la souveraineté du pays, soucieux d’exploiter son potentiel hydroélectrique – le deuxième d’Afrique, après la RD Congo. Le pays vise une production de 40 gigawatts à l’horizon 2035. Le barrage de la Renaissance, censé être achevé en 2017, est le plus important des projets et revêt une forte dimension symbolique. Alors que les bailleurs de fonds traditionnels se montraient réticents, Addis-Abeba a lancé une vaste contribution publique pour le financer. Le salaire des fonctionnaires a été directement ponctionné, et des millions de citoyens ont acheté des bons ou fait des donations. Du côté des groupes impliqués, China Electric Power Equipment and Technology a signé en avril un contrat de 750 millions d’euros (financé par China Exim Bank) pour installer les lignes électriques. Quant au français Alstom, il devrait fournir les turbines pour un montant de 250 millions d’euros.

À Assosa, la ville la plus proche – quatre heures de piste tout de même -, on est enthousiaste. Certes, en dehors de la construction d’un terminal en dur pour l’aéroport, les changements se font attendre. Et le chantier n’a pas offert de travail à tout le monde, le recrutement (13 000 ouvriers au pic d’activité) se faisant sur la base d’un ratio démographique par région. Mais Ahmad, toujours chômeur, veut y croire : « Ce barrage marque une véritable renaissance, pas seulement de l’Éthiopie mais de l’Afrique, dit-il. Dieu a eu la bonté de nous fournir en eau, et nous démontrons au monde entier que nous pouvons faire les choses par nous-mêmes. »

 

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