Politique

Centrafrique : affrontements et lynchages à Bangui

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Une victimes des violences du weekend dernier emmenée par les secours à Bangui.

Une victimes des violences du weekend dernier emmenée par les secours à Bangui. © Pacôme Pabandji

Un peu plus de trois semaines après la chute de François Bozizé, le chaos règne à Bangui. À la fin de la semaine dernière, une vingtaine de personnes ont été tuées et des dizaines blessées lors d’affrontements entre des membres de la Séléka et la population. Mardi matin, des habitants en colère s’en sont pris aux ex-rebelles, lynchant au moins l’un d’entre eux dans un quartier du nord de la capitale.

La vague de violences a débuté samedi 13 avril alors que des ex-rebelles menaient des opérations de désarmement dans différents endroits de la capitale centrafricaine. Les quartiers de Boy Rabé et Gobongo, dans le 4e arrondissement (nord), et d’Ouango, Kassaï et Ngaragba, dans le 7e arrondissement (sud), ont été les plus durement touchés.

Sous couvert d’effectuer des fouilles dans les maisons, certains ex-rebelles de la Séléka se sont livrés à des pillages et des assassinats. De nombreux tirs d’armes automatiques et lourdes ont été entendus. Quelques lieux de cultes ont aussi été ciblés. Dimanche matin, un tir de RPG a visait une église évangélique du 4e arrondissement, faisant sept morts – dont des femmes et des enfants – parmi les fidèles. Au total, 23 personnes ont été tuées et plusieurs dizaines blessées lors des seules journées de samedi et dimanche.

Fraîchement élu président par le Conseil national de transition, le chef de la Séléka, Michel Djotodia, a accusé dimanche soir à la télévision les partisans de François Bozizé d’être derrière les tueries du weekend. « Les évènements survenus ces 48 heures à Boy-Rabé s’expliquent par le fait que nos hommes sont allés dans ce quartier (…) mais des nostalgiques de l’ère Bozizé, à qui des armes et des tenues ont été distribuées (…) ont assassiné nos hommes », a-t-il affirmé. Dans un communiqué transmis à l’AFP, l’ex-président Bozizé a vivement démenti ces affirmations « grossières », destinées selon lui à « justifier [l’incapacité de la Séléka] à ramener la paix et la sécurité sur l’ensemble du territoire national ».

Renforts

En début de semaine, des pillages et des tirs sporadiques avaient toujours lieu dans certains quartiers de Bangui, poussant les habitants à quitter leurs maisons. Face à cet inquiétant climat d’insécurité, Michel Djotodia a annoncé mardi matin différentes mesures pour tenter de ramener le calme dans la capitale. L’ancien chef rebelle a indiqué que 500 policiers et 500 gendarmes allaient être envoyés en renfort à Bangui. Il a également évoqué le casernement des combattants de la Séléka présents dans la ville.

Un ex-rebelle de la Séléka lynché par les habitants de Boy Rabé à l’hôpital Communautaire de Bangui, le mardi 16 avril 2013.

© Pacôme Pabandji

Ces annonces n’ont visiblement pas calmé les habitants de Boy Rabé. Mardi matin, des soldats de la Fomac (Force multinationale d’Afrique centrale) en patrouille ont désarmé des éléments de l’ex-rébellion qui se livraient à de nouveaux pillages. Certains de ces pillards ont alors été pris à partie puis lynchés par une foule en colère. S’il est encore provisoire et imprécis, le bilan fait état d’au moins un mort et plusieurs blessés dans les rangs de la Séléka. D’après une source à l’hôpital communautaire de Bangui, sept ex-rebelles auraient été tués depuis le début des violences le weekend dernier.

Ces troubles récurrents préoccupent fortement les nouvelles autorités centrafricaine. Mardi soir, le Premier ministre Nicolas Tiangaye a ainsi demandé dans un message radiotélévisé « l’appui » de la France et de la Fomac, « en tant que forces impartiales, pour la conduite des opérations de sécurisation de la ville de Bangui et toutes les régions de notre pays ». Pour l’instant restée lettre morte, sa requête pourrait en partie être satisfaite lors du sommet des chefs d’État d’Afrique centrale prévu jeudi à N’Djamena.

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Benjamin Roger

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