Politique

Côte d’Ivoire : l’alliance RDR-PDCI fragilisée par les élections locales

Mis à jour le 25 avril 2013 à 19:48

Le mauvais déroulement des élections locales, marquées par de nombreuses violences et des suspicions de fraudes, exacerbe la rivalité entre le RDR de Alassane Ouattara et le PDCI de Henri Konan Bédié, deux partis au pouvoir. Leur alliance au sein du RHDP survivra-t-elle ?

Alors que la proclamation complète des résultats des élections locales est presque achevée, la cartographique électorale n’a pas vraiment changé. Avec 63 maires et 7 présidents de conseillers régionaux, le Rassemblement des républicains (RDR, parti présidentiel) s’affirme comme la première formation politique du pays, suivi par le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), qui compte 46 maires et 4 présidents de conseils régionaux.

Cette situation favorable aux deux partis moteurs de l’alliance au pouvoir n’occulte pas la percée des indépendants, pour la grande majorité issus des rangs du RDR, signe d’une incompréhension entre la direction et les militants de base qui n’ont pas apprécié le « parachutage » de nombreux candidats. La sanction ne s’est pas fait attendre. Plusieurs barons du parti d’Alassane Ouattara comme Amadou Soumahoro, le secrétaire général par intérim, Ibrahima Fanny ou encore Cissé Ibrahim Bacongo (ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique) ont perdu les élections dans leurs municipalités respectives de Séguéla, Bouaké et Koumassi.

Désamour de l’élite

« Le RDR tirera des leçons de ses élections. C’est un signe du désamour profond entre l’élite au pouvoir et la base. Le parti a une belle occasion de rattraper les choses même si les indépendants rejoindront leur formation initiale comme ce fut le cas pendant les législatives de décembre 2011 », estime un homme politique ivoirien. Cependant, le scrutin restera surtout entaché par les irrégularités, les fraudes et la violence commises.

Les partisans de plusieurs candidats du parti au pouvoir ont basculé dans la violence pour contester les résultats. Dans une dizaine de communes, les mouvements de protestations avaient des allures d’émeutes. À Koumassi, un quartier sud d’Abidjan, les supporteurs de Cissé Ibrahim Bacongo se sont livrés pendant 48 heures à des violences, parfois en usant d’armes à feu, pour protester contre la défaite de leur chef.

Une situation insurrectionnelle qui dû être contenue par les forces de sécurité. À Guiglo, dans l’extrême ouest, les soutiens d’Anne Ouoloto, ministre de la Solidarité, de la Famille, de la Femme et de l’Enfant, candidate aux régionales dans la région du Cavally, se sont opposés à la proclamation des résultats à la Commission électorale Indépendante (CEI) de la localité.

Effritement du PDCI

«  Le président n’a pas apprécié cette flambée de violence postélectorale de la part des partisans de ses ministres. Il l’a signifié ouvertement aux intéressés lors du Conseil des ministres du 24 avril », révèle une source proche de Ouattara. «  Malgré la victoire de son parti, le président sort fragilisé de ces élections, car il a perdu une belle occasion de montrer qu’on pouvait organiser un scrutin crédible et transparent sans contestations », assure de son côté une source diplomatique occidentale à Abidjan.

Le Rassemblement des houphouétistes pour la paix et la démocratie (RHDP) a perdu sa cohésion d’antan. Le PDCI, membre de cette coalition avec le RDR, suspecte son allié de fraudes. «  Le PDCI s’estime désormais mal rétribué par son allié parce que les élections font la part belle au RDR dans des conditions contestables. Cela va effriter à coup sûr ce parti qui est plus que moribond. Son prochain congrès sera déterminant pour la marche à suivre au niveau du RHDP », poursuit la même source diplomatique. En attendant, les principales formations du RHDP s’invectivent via leurs journaux respectifs…