Politique

Madagascar : la tentation d’une nouvelle transition

Quatre ans après la prise du pouvoir par Andry Rajoelina et à moins de trois mois du premier tour prévu de l’élection présidentielle (24 juillet), la médiation inter-malgache qui s’est achevée dimanche 5 mai recommande une nouvelle période de transition, ce qui implique le report du scrutin présidentiel prévu en juillet. Une proposition forte dont la mise en œuvre demeure incertaine.

Par - Arnaud Froger, à Antananarivo
Mis à jour le 6 mai 2013 à 11:44

L’initiative a été menée par les chefs des 4 églises chrétiennes de Madagascar. © Bilal Tarabey/AFP

« Madagascar doit retrouver la paix. Pour atteindre cet objectif, il faut dissoudre l’actuelle transition », lance Monseigneur Odon Razanakolona, le président du conseil œcuménique des églises chrétiennes, lors de la clôture du dialogue entre Malgaches, dimanche 5 mai. Dans la salle, la plupart des participants se lèvent et applaudissent. Aux premiers rangs, la réaction des leaders politiques est plus mesurée.

« La Cour électorale spéciale (CES) a commis une forfaiture en acceptant des candidatures qui ne répondent pas aux exigences de la loi, assure Monja Roindefo, candidat à la présidentielle et ancien Premier ministre de la transition, présent lors de la médiation. Mais installer un nouveau pouvoir intérimaire ne résoudra rien. Et les Malgaches continueront à souffrir ».

Référendum

Menée par les chefs des 4 églises chrétiennes, l’initiative pour la réconciliation nationale revendique la participation de 673 personnes appartenant à 231 organisations issues de la société civile, de partis politiques ou d’autorités militaires. Après 15 jours de discussions, la conclusion est ambitieuse.

La nouvelle période de transition ne devra pas excéder 18 mois. L’objectif est de proposer par référendum une nouvelle Constitution, élaborée par une Assemblée constituante. Le schéma comprend également un Premier ministre aux pleins pouvoirs et une présidence à 4 têtes : l’actuel président de la transition Andry Rajoelina et les anciens chefs d’État Marc Ravalomanana, Didier Ratsiraka et Albert Zafy, dont le rôle serait limité à une autorité morale.

Des irrégularités qui "gênent"

Le chemin vers la sortie de crise semble donc s’obscurcir à Madagascar, alors que la présidentielle n’a jamais été aussi près de se tenir. La plupart des 41 candidats affirment souhaiter le maintien du scrutin. Mais celui-ci est désormais très contesté.

La candidature d’Andry Rajoelina, enregistrée hors du délai légal, fait en particulier polémique. « Certaines irrégularités nous ont gênées, concède Joachim Chissano, le médiateur en chef de la SADC, la communauté de développement d’Afrique australe. Mais nous souhaitons maintenir les élections pour qu’il y ait une réussite dans tout cela », ajoute l’ancien président mozambicain. Officiellement, la SADC, les Nations unies et l’Union Européenne continuent d’appuyer un processus électoral dans lequel ils se sont engagés politiquement et financièrement. Pour combien de temps encore ?

Partie-prenante du dialogue inter-malgache, une coalition très hétéroclite s’est donc formée pour approuver l’idée d’un report et d’un nouveau départ. Mais ce rassemblement n’a cependant pas de force exécutoire. Comment ses conclusions peuvent-elles être mises en œuvre ? Lors de la clôture de la médiation, les sièges d’Andry Rajoelina et du Premier ministre Omer Beriziky sont restés vides.